Le tribunal correctionnel de Bruxelles a estimé ce vendredi que l'homme d'affaires chinois Zehyun Ye et les anciens entraîneurs du Lierse Paul Put et Patrick Deman s'étaient rendus coupables de corruption active dans le cadre du procès autour d'une vaste fraude dans le monde du football belge entre 2004 et 2006. Le tribunal a en outre estimé que la prévention de corruption passive à l'égard des ex-joueurs du Lierse était établie.

Ce procès, qui a frôlé la prescription et se clôt, étrange coïncidence, au moment où commence la Coupe du monde, a montré dans quel état de fragilité par rapport aux prédateurs que sont les mafias des paris sportifs se trouve un football belge désargenté, accueillant en son sein des clubs aux structures incertaines et alignant des joueurs dont a mesuré combien certains pouvaient être des proies faciles.

Comment le scandale a-t-il éclaté ?

Le 31 octobre 2005, la police est appelée dans une chambre de l’hôtel Hilton, à Bruxelles, pour un différend entre Zheyun Yé et la mère d’une jeune fille que l’homme d’affaires cherche à mettre dans son lit. La mère explique aux policiers que le Chinois s’est vanté de pouvoir manipuler à sa guise les résultats des matches du championnat. Zheyun Yé est interpellé mais pas placé sous mandat d’arrêt. On ne le reverra jamais. Début février 2006, l’émission de télévision flamande Panorama montre comment des parieurs asiatiques se passionnent pour le championnat belge et plus précisément le modeste club de La Louvière. Onze jours plus tard, les premiers joueurs du Lierse lâchaient le morceau. On apprend que Zheyun Yé a investi dans plusieurs clubs dont il est devenu actionnaire. Son but : profiter de son influence pour arranger des matches qui faisaient l’objet de gros paris en Asie. Pour y parvenir, il aurait usé de toute une série de méthodes de persuasion, certaines très musclées, pour corrompre dirigeants et joueurs.

Comment en est-on arrivé au procès ?

Après des mois d’instruction, la chambre du conseil de Bruxelles décide, en octobre 2012, de renvoyer 31 personnes physiques mais également une société privée luxembourgeoise devant le tribunal correctionnel. De nombreuses (ex)personnalités du football belge figurent sur la longue liste de prévenus, dont l’ancien gardien de l’équipe nationale et ancien entraîneur de La Louvière, Gilbert Bodart, l’ancien président du club hennuyer Filippo Gaone, l’agent de joueurs Pietro Allatta, les anciens joueurs Olivier Suray, Cliff Mardulier, Laurent Fassotte ou Marius Mitu, mais aussi l’ancien entraîneur du Lierse, Paul Put. Le 12 septembre 2013, le tribunal fixe le calendrier des audiences. La première est programmée pour le 3 février 2014. Les autres vont suivre selon un rythme endiablé, afin d’éviter la prescription.

Quels reproches ?

Les prévenus étaient poursuivis pour corruption active et passive, abus de confiance, escroquerie, organisation criminelle, association de malfaiteurs, faux en écriture, extorsion, menaces sous condition, menace par geste, abus de biens sociaux, blanchiment, organisation frauduleuse d’insolvabilité, faux en vue d’éluder l’impôt, détention d’armes à feu.