Le Congrès des économistes belges de langue française qui se déroule ce jeudi à Charleroi a pris le parti de mettre les pieds dans le plat sur le thème : l’Etat providence est-il encore viable ? En prélude, nous avons rencontré Philippe Maystadt, ministre d’Etat, qui a accepté de présider ce congrès.

Les économistes laissent entendre que le modèle social belge va dans le mur. Pourquoi ?  

Il y a d’abord un constat : le vieillissement de la population. Est-ce que les autorités publiques ont des moyens suffisants pour faire face aux dépenses croissantes en matière de pensions et de soins de santé dans les années futures ? A cette question, la réponse est clairement non et nous allons effectivement droit dans le mur.  

Le modèle traditionnel de financement de la sécurité sociale est mis en question ?  

Oui. Et le Bureau du Plan a identifié trois axes stratégiques pour assurer la soutenabilité du système. Un : celle du préfinancement, c’est-à-dire restaurer une marge de manœuvre par une diminution du poids de la dette. Deux : mettre en œuvre des réformes structurelles pour améliorer notre compétitivité, ce qui passe par la dimension coût du travail mais aussi par l’innovation, la recherche, la qualité de notre enseignement, etc. Cela doit permettre d’augmenter à terme le potentiel de croissance de notre économie, notre valeur ajoutée, l’emploi et donc d’augmenter la masse de ressources susceptibles de financer notre système de sécurité sociale. Trois : il faudra revoir les régimes de certaines prestations comme les pensions, à la fois au niveau des conditions d’âge d’accès à la pension et de carrière. Ce que démontre le Bureau du Plan, c’est qu’aucune de ces trois stratégies prises isolément ne peut compenser l’écart de soutenabilité du financement à long terme du système de sécurité sociale. Il faut donc combiner ces stratégies et les appliquer simultanément.  

Il y a des propositions concrètes ?  

Certaines contributions du Congrès sont très concrètes comme celle qui revient à réduire les prélèvements sur les bas salaires, ce qui aura à terme un impact positif sur l’emploi, et compenser ce manque à gagner pour le financement de la sécurité sociale par une imposition des revenus du patrimoine via une taxe de 25 %.

N’est-il pas compliqué en Belgique de mener des réformes structurelles, avec des coalitions où le consensus mène parfois au plus petit commun dénominateur ?

Je crois en la démocratie et qu’en menant le débat le plus large possible on puisse parvenir à dégager des réformes, même dans un gouvernement de coalition. L’Etat providence dans sa conception traditionnelle est mis en question. Ce système social n’arrive pas à traiter adéquatement ce que l’on appelle les nouveaux risques sociaux comme par exemple le chômage de longue durée que l’on observe de génération en génération dans certaines régions. Mais aussi la difficulté de concilier vie professionnelle et vie familiale avec l’explosion des familles monoparentales. On remarque aussi un lien de plus en plus clair entre le chômage de longue durée et le niveau d’éducation de certaines populations. Au point que certains risques sont tellement prévisibles qu’il devient très difficile de les assurer.  

Que faudrait-il pour faire avancer les choses ?  

Je pense qu’il faut mener un véritable dialogue social et politique. Regardons ce qui se passe en Allemagne : après de nombreuses années de stagnation, on assiste depuis dix ans à une hausse du taux d’emploi, même pendant la dernière crise. Une étude présente au Congrès démontre dans le cas allemand que les négociations entre partenaires sociaux ont eu un effet plus important que les initiatives politiques. Cela devrait interpeller nos partenaires sociaux ici en Belgique. Cela n’a pas de sens de dire que l’on va copier le modèle allemand. Mais les partenaires sociaux en Belgique devraient être capables de négocier une réforme du système d’indexation automatique des salaires, en préservant l’essentiel - assurer à la majorité de la population un maintien du pouvoir d’achat - mais en supprimant les injustices qui préservent mieux le pouvoir d’achat des hauts revenus que celui des bas revenus. Je suis convaincu que si Madame Demelenne (FGTB, NdlR) prenait connaissance de ces travaux, elle admettrait qu’il faut faire évoluer le principe de l’indexation.  


Le 20e congrès des économistes se tient ce jeudi, au Charleroi Espace Meeting Européen (CEME), Rue des Français, à Charleroi.

www.cifop.be/congres_des_economistes.