Les petits plats sont dans les grands. Brigitte et Guido ont réservé la terrasse de leur maison logée au cœur du quartier européen pour cette rencontre estivale. La mare aux poissons laisse flotter dans l’air un petit clapotis. Et la chaleur de ce mois de juillet rend encore plus savoureuse la bière spéciale qu’affectionne le mari de la ministre bruxelloise de la Mobilité et des Travaux publics. Guido Ghekiere, c’est plutôt la force tranquille. Un zen, dirait-on même. Pourtant, à la fin des années septante, c’est plutôt sa fougue qu’avait remarquée Brigitte à l’occasion d’une réunion du CVP consacrée à l’engagement des femmes en politique. La jeune femme, passablement énervée par les arguments conservateurs de l’un des intervenants n’eut pas à répliquer. Puisqu’un jeune homme, "un illustre inconnu vêtu d’un pull rouge vif" , était monté au créneau pour défendre des thèses très féministes. "Je me suis donc intéressée à cet individu" , se rappelle en souriant Brigitte Grouwels. "C’était le CVP des Herman et Eric Van Rompuy, mais aussi de Frans Van Dael, (aujourd’hui chef de cabinet du Roi Philippe). Il y avait une bonne ambiance et beaucoup des jeunes Bruxellois de l’époque ont joué un rôle important" , se rappelle Guido.

Lui s’est rapidement dirigé vers une carrière de fonctionnaire. Au Sénat d’abord, où il fut secrétaire de la Commission Intérieur puis de la Commission Réforme de l’Etat. Il fut donc un des témoins privilégiés de l’élaboration de la loi spéciale qui institua la Région bruxelloise en 1989. C’est d’ailleurs au Parlement de la nouvelle institution régionale qu’il terminera sa carrière. En 1992, Brigitte Grouwels était élue à ce même Parlement. Les années 90 furent notamment marquées par une anecdote amusante. "Un soir, un fonctionnaire du Parlement m’a interpellé dans le parking du Parlement bruxellois", raconte-t-il. "Il m’avait suivi spécialement pour me parler en secret :"‘Je suis obligé de vous le dire, il y a une rumeur qui court selon laquelle vous auriez une affaire avec Madame Grouwels", m’a-t-il dit (le couple en rit aux éclats). Je lui ai répondu que j’étais marié à Madame Grouwels. Il était soucieux de ma réputation mais cela voulait dire j’avais la discrétion nécessaire. Mais enfin cela faisait presque vingt ans qu’on était mariés (rires)".


Expert en lessive

Guido Ghekiere, qui s’est "toujours intéressé à la politique, à l’histoire et au droit public", "connaissait la musique", donc. Mais, admet-il, c’est lorsque son épouse est entrée au gouvernement que "c’est devenu le bordel". "C’est une fonction beaucoup plus exigeante que celle de député", explique-t-il. "Il faut oublier le samedi, c’est six jours sur sept de 7 heures du matin à 11 heures du soir. Le jour où elle est devenue ministre, j’ai directement proposé de m’occuper de l’intendance à la maison… et des enfants". Un sacrifice ? "Non je savais ce que signifiait un engagement politique comme celui-là, cela ne m’a posé aucun problème", dit-il. Le mari s’occupe donc de gérer la maison familiale, de faire à manger "si on est plusieurs à table". C’est même un expert en lessive, si on exclut le repassage, précise-t-il. "Et puis il y a l’avantage du domicile.. Quand on compare à certains députés qui viennent d’Ypres ou d’Arlon. Brigitte a parfois l’occasion de passer à la maison entre 18 et 20 h, entre deux réunions".

L’homme est donc un habitué et un passionné de politique belge, ce qui alimente naturellement les conversations familiales. "Il faut dire qu’on s’est rencontré au CD&V, c’est donc assez normal", confie le retraité du Parlement. "En soi, la politique peut être énervante : il y a les manœuvres politiques et puis les idées politiques. On peut être d’accord ou pas avec une idée, être choqué ou pas. Mais en général je suis resté assez calme avec tout cela…"

"En fait je veux maintenir une certaine distance, poursuit-il. Je ne suis presque jamais présent à son cabinet. Et quand je passe c’est pour quelque chose de matériel ( "piquer les journaux" , glisse Brigitte Grouwels). A la maison c’est autre schose, on discute, parfois on s’énerve, on n’est pas toujours d’accord."

Mais ces conversations sont de nature à apaiser la ministre lorsqu’elle rentre énervée à la maison, elles lui permettent de s’exprimer librement, à distance, ce qui peut l’amener à réfléchir sur certains dossiers, indique-t-elle.

"Mais ce serait impossible pour moi d’imposer un point de vue, s’amuse Guido Ghekiere . On parle des choses qui la tracassent, c’est bien normal.."

Face aux critiques à l’encontre de son épouse, distance à nouveau : "Il est impossible de rester neutre bien sûr. Ce qu’on lit dans la presse est parfois exagéré, malhonnête même, mais cela fait partie du jeu. Moi, je suis tout cool. Je ne vais pas dire que je m’en fous, parfois je donne mon avis politique, mais se laisser emporter à cause d’un article, ça, jamais !" . Mathieu Colleyn