Me Mayence, avocat de Bernard Wesphael, a terminé mercredi à 18h00 sa plaidoirie d'environ cinq heures devant la cour d'assises de Mons. Il est revenu avant de clôturer sur un dernier élément de l'enquête, à savoir les témoignages des occupants des autres chambres, notamment ceux qui n'ont pas été entendus. "Je terminerai sur les chambres et les bruits. Si les heures d'entrée dans les chambres correspondent bien à celles des clés, les voisins ne peuvent pas avoir entendu quoi que ce soit en lien avec ce qui est reproché à l'accusé aujourd'hui. C'est in-com-pa-tible!", avance Me Mayence. Lors du procès, un débat a été lancé quant à savoir si les clés magnétiques donnant le timing d'entrée dans les chambres fonctionnaient correctement. "Dans tous les PV, on écrit qu'il doit y avoir une erreur pour ces clés, car cela ne correspond pas à ce que disent les témoins." Mais l'avocat, citant la pièce, ajoute que la société gérant le système des clés a été interrogée, et que des vérifications ont été réalisées. Il en ressort que l'enregistrement mentionné dans les procès-verbaux est en temps réel, avec un différentiel éventuel de quelques minutes.

Selon les données d'activation de la 502, un des occupants de cette chambre dit y être allé vers 11h00 le 31 octobre. "Oh, c'est incroyable! A 10h56, il y a bien une activation de la clé. Le matin, c'est juste, mais le soir non, parce que ça ne colle plus à la ligne du temps?"

Dans la 601, le mari du couple de Britanniques dit qu'il est passé vers 16h30 dans sa chambre. "Là aussi, ça marche! Mais plus tard, non, parce que ça n'intéresse plus les enquêteurs!"

Des témoins disent avoir entendu du bruit aux alentours de 22h05 dans la chambre 602, occupée par Bernard Wesphael et son épouse. "Tiens, c'est bien ça, ça colle. Ils entendent ce qui se passe, mais pas le tohu-bohu d'après, du défilé de policiers, médecins etc. car ils dormaient. Excusez-moi, mais c'est complétement risible!"

La défense estime par ailleurs que "c'est une honte" que les occupants des chambres 503 et 603 n'aient pas été auditionnés, alors qu'ils n'ont rien entendu. "La personne qui est à côté de la chambre litigieuse à l'heure exacte où, selon les dires de la partie civile et de l'avocat général, les faits se seraient déroulés, n'entend rien. (...) Le fait de ne pas entendre est une confirmation absolue de ce que dit Bernard Wesphael! Et on n'a pas droit à un procès-verbal? Le moins que je puisse faire, c'est considérer ces personnes qui n'ont rien entendu comme des témoins qui nous sont favorables", poursuit le conseil de l'accusé.

"Voilà, j'ai tout dit. Subsiste son attitude. Mais on ne juge jamais quelqu'un sur son attitude. Le seul policier qui n'est pas venu ici, lorsqu'il a effectivement ramené M. Wesphael en prison le 4 novembre, a parlé avec l'accusé, qui lui a dit qu'il ne pouvait pas vivre sans sa femme et ne l'avait pas tuée. (...) On a oublié de vous le dire ça!"

"Alors voilà, mesdames et messieurs les jurés. La plus belle preuve du doute dans ce dossier, c'est que personne ne sera satisafait de ce débat judiciaire. Si, par sa tenue, mais par le résultat, je ne sais pas", conclut Me Mayence. "Je vous demande de le juger comme vous aimeriez être jugé, en interprétant tout de manière favorable à l'accusé. Non pas qu'on en ait besoin, mais ceci doit être une leçon pour notre monde judiciaire. C'est une catastrophe qui a été créée entre les deux familles, avec toute cette désinformation, à l'intérieur et à l'extérieur" de la salle d'audience.

"Je le crois totalement innocent. (...) Je vous demande de lui rendre sa dignité. Le fait que cet ardent défenseur de l'humanisme va être jugé par les siens est peut-être la meilleure des choses. C'est un formidable plaidoyer pour la justice populaire."

L'audience a été levée, elle reprendra jeudi matin avec les répliques, pour lesquelles le président a accordé un timing de maximum 15 minutes à chaque avocat. Le jury entrera ensuite en délibération quant à la culpabilité de l'accusé.

"Il est impossible que monsieur Bernard Wesphael ait pu commettre ces faits"

Me Mayence a poursuivi sa plaidoirie mercredi après-midi devant la cour d'assises du Hainaut. Pièces du dossier à l'appui, il a abordé les personnalités de Bernard Wesphael et Véronique Pirotton. L'avocat veut démontrer, au fil de son discours, que les déclarations de Bernard Wesphael sont vraies et vérifiables dans le dossier. "Pourquoi, alors qu'il a eu mille occasions de péter un câble, aurait-il agi ce jour-là contrairement à l'intégralité de sa vie? " "Il est impossible, dans mon esprit, que monsieur Bernard Wesphael ait pu commettre ces faits. Sa personnalité est totalement incompatible avec les faits reprochés", déclare l'avocat de l'accusé.

"Il a des amis dans tous les partis. Lors de son emploi d'éducateur, il a été mis en contact avec des délinquants graves et est toujours resté calme", cite notamment Me Mayence. Ce dernier revient aussi sur les témoignages des ex-compagnes de l'accusé, dont aucune n'a fait état de violence dans le chef de celui-ci. "La violence conjugale, c'est quelque chose de récurrent. Ca existe ou ça n'existe pas." "C'est un élément à prendre en considération."

"On dit que monsieur Wesphael est intéressé par l'argent. Mais c'est un homme désintéressé! Quelle que soit votre décision, il n'en veut pas de l'usufruit de la maison! Il veut que ça revienne à Victor. Il y renonce absolument formellement. C'est la seule chose qu'il peut faire pour lui aujourd'hui. C'est peut-être peu de choses, mais c'est important. Parce que ça, c'est Bernard Wesphael."

Me Mayence évoque ensuite Saphia, la fille de l'ex-député wallon. "Elle est au milieu des problèmes du couple. Elle a vécu une scène apocalyptique, avec Véronique Pirotton qui a essayé de la mordre et de la griffer et voulait se jeter dans la Meuse. Et comment a-t-il réagi lui? Il est resté calme, une fois de plus. Son objectif, c'était d'essayer de sauver celle qu'il aimait. Et il l'aimait fort."

La lettre parfumée d'Oswald D. à Véronique Pirotton, que Bernard Wesphael a découverte, est aussi un exemple, selon la défense, qu'il a eu "toutes les occasions de réagir". Après en avoir lu quelques passages, Me Mayence s'adresse aux jurés: "Il est à côté d'elle quand il lit cette lettre. On est le 19 octobre 2012, il a épousé le 14 août Mme Pirotton, dont il était fou amoureux. Mais qu'est ce qu'il doit penser? " "J'ai donc quand même bien le droit de dire que dans des situations catastrophiques, il réagit bien! "

Environ un mois avant les faits, Véronique Pirotton avait fait une tentative de suicide, et prononcé le prénom d'Oswald à l'arrivée des secours. "Super gai pour lui! ", s'exclame Me Mayence. "Et lui, qu'est-ce qu'il fait? Il organise son hospitalisation, et il essaie d'appeler Oswald D."

Le 31 octobre, poursuit la défense, ce même Oswald D. téléphone dans la chambre de l'hôtel Mondo en disant: "c'est ton grand méchant loup". Puis il rappelle et tombe sur Bernard Wesphael. "Là, on est dans une situation où le facteur déclencheur est top! Quelqu'un qui reçoit le grand méchant loup et se rend compte que sa femme raconte n'importe quoi! Il pète un câble, lui saute dessus et l'étouffe. Mais non, 11 minutes plus tard ils sortent de l'hôtel. Et il serait intolérant à la frustration ou impulsif? Il aurait mille fois plus de raisons d'être, à ce moment-là, dans un énervement total que plus tard! " "Pourquoi, raisonnablement, aurait-il agi différemment quatre heures plus tard alors qu'il n'y a plus aucun facteur déclenchant? Il faut constater cette incohérence et vous la confronterez aux hypothèses hallucinantes qu'on vous propose", ajoute Me Jean-Philippe Mayence.

Comme conclusion de la personnalité de l'accusé, l'avocat souligne que c'est un homme "pacifiste, pacifique, foncièrement non-violent, qui reste d'un calme olympien devant toutes les situations de crise".

Concernant Véronique Pirotton, il estime qu'elle n'a "jamais été amoureuse" de son client. Quelques mois après son mariage, "elle est de nouveau dans les bras d'Oswald D. C'est qu'elle a fait un autre choix". Entre le 1er septembre et le 31 octobre 2013, on retrouve dans le GSM de la victime 289 appels avec son amant, 146 avec son mari, soit à peu près la moitié et 105 pour son fils. "Ca vous donne peut-être effectivement un aperçu de la situation." "Mme Pirotton aimait son fils, et aimait la vie", mais il est aussi avéré "qu'elle avait des problèmes d'alcool, des tendances suicidaires et qu'elle réagissait de manière agressive dans des situations difficiles", conclut-il avant d'entamer l'analyse de la ligne du temps des 30 et 31 octobre 2013.

"Tout ce que Bernard Wesphael a dit a été vérifié et est exact"

Me Jean-Philippe Mayence sera long dans sa plaidoirie, il l'avait annoncé, et il a commencé à plaider durant deux heures mercredi vers 11h. Il poursuivra sa plaidoirie après la pause de midi. L'avocat ne veut pas surfer sur le doute, qui permettrait à son client d'être acquitté du meurtre de Véronique Pirotton, mais il compte démontrer que les déclarations de l'accusé, qui clame son innocence, sont exactes, et ce depuis le début de l'affaire. Me Jean-Philippe Mayence a poursuivi sa plaidoirie en rappelant aux jurés qu'ils devaient avoir un raisonnement rationnel sur la question qui leur est posée. "Vous lancer de la fumée est une injure car on laisse entendre qu'on essaye de vous tromper, ce n'est pas notre but", lance l'avocat carolo qui, au passage, règle compte avec quelques médias.

Il ajoute que la thèse de l'intoxication, jugée possible par certains experts dont un expert de l'instruction, lui suffirait pour ne pas plaider mais la défense souhaite enlever le moindre doute dans cette affaire. "Je n'ai vraiment pas de doute", affirme Me Mayence qui ajoute que certaines hypothèses avancées par les experts ne se retrouvent pas dans les rapports. Il pense notamment à la lésion au foie de la victime qui pourrait être consécutive, selon ce qu'a déclaré un médecin lors de l'audience, à un coup de genou.

"Je n'ai pas envie d'aller en cassation, j'ai envie d'être acquitté", dit-il au sujet de la réunion préalable au procès entre le juge d'instruction et le parquet général qui n'a pas fait l'objet d'un procès verbal. "On a le sentiment d'être cocus, mais dans ce dossier-ci, ce n'est pas original, j'en conviens", poursuit l'avocat qui a insisté, une fois de plus, sur l'importance de l'oralité des débats.

"Hier, tout le monde parlait du bras droit de la victime placé sous son corps. Il s'agissait du bras gauche et même l'expert a noté le bras droit dans son rapport", remarque l'avocat.

Me Mayence a demandé aux jurés de réflechir. Il estime que Bernard Wesphael n'a pas eu l'attitude d'un coupable, la nuit du 31 octobre au 1er novembre 2013. "Imaginez si on était arrivé à la sauver, elle aurait expliqué les faits et il aurait été mal. Vous pensez qu'il a pensé à mettre une sacoche entre les jambes de la victime? Vous ne croyez pas qu'il dirait tout de suite qu'il est parlementaire afin de bénéficier de l'immunité?".

Le calme de l'accusé le soir des faits avait interpellé les témoins directs. "On a seulement retenu ça mais pas son état tout de suite après, qu'on a qualifié de cinéma. On ne sait pas comment on va réagir face à une telle situation. Toute réaction a été interprétée". Les enquêteurs avaient noté dans leurs procès verbaux que Bernard Wesphael ne manifestait aucune émotion lors de ses premières auditions.

Me Mayence rejoint Me Bauwens en déclarant que l'accusé n'a jamais varié, contrairement à l'accusation, sauf sur le timing exact dans la chambre, "il a dit qu'il était incapable de le dire" et il ajoute que l'avocat général a interprété sa première déclaration.

L'avocat ajoute que Bernard Wesphael n'a jamais varié sur la connaissance de l'amant, Oswald, ni sur les tentatives de suicide de son épouse, ni sur son départ à Ostende, ni sur le caractère de Véronique Pirotton quand elle était sous influence d'alcool et de médicaments. "On n'a jamais parlé de suicide mais cela a été traduit comme ça", argue l'avocat.

Me Mayence estime que l'avocat général a manqué d'objectivité en déclarant que Bernard Wesphael avait fait un premier gros mensonge lors de sa première déclaration à la police. "Nous voulons vous convaincre de son innocence depuis trois ans, sur des éléments objectifs du dossier", dit-il en détaillant le procès-verbal.

L'avocat ajoute que Bernard Wesphael a été interrogé une seconde fois sur des données d'expertises médico-légales et toxicologiques, "alors que les rapports n'ont pas été rendus". Pour l'avocat, on lui a mis une pression incroyable dans un seul but.

Lors d'une quatrième audition, Bernard Wesphael s'est emporté quand il a été interrogé sur des lésions constatées sur le corps de son épouse. "Il a juste expliqué qu'il n'était pas scientifique."

La défense estime que le discours de l'accusé, qui n'a pas varié depuis le début de l'affaire, est conforme au dossier. "Quand l'avocat général dit que la seconde place au restaurant était pour Victor, c'est extraordinaire. A 14h20, il dit à sa mère qu'il ne vient pas à Ostende, qu'il part faire du skate avant d'aller à Maastricht". Véronique Pirotton avait réservé la table à 15h00, le 30 octobre 2013. Un témoin du restaurant confirmera que le couple a passé une bonne soirée et que c'est Bernard Wesphael qui a payé la note.

Me Mayence poursuivra sa plaidoirie durant l'après-midi. Il continuera à démonter les arguments des autres parties et cela risque de prendre beaucoup de temps.

"Bernard Wesphael n'est pas capable d'une imposture"

C'est Me Tom Bauwens qui a entamé la plaidoirie de la défense, mercredi, devant la cour d'assises du Hainaut dans le cadre du procès de Bernard Wesphael. "Pendant deux semaines, on a tenté de décrédibiliser M. Wesphael", a commenté l'un des deux avocats de la défense qui constate que les autres parties ont avancé des hypothèses différentes après trois semaines de procès. Enfin, il a comparé les enquêteurs aux gendarmes de Saint-Tropez... L'avocat est revenu sur la plaidoirie des parties civiles et le réquisitoire de l'avocat général, présentés mardi devant la cour d'assises du Hainaut. "On a entendu hier des scénarios, des hypothèses qui se contredisent. La preuve est libre mais quand l'accusation est lourde, la preuve doit être concordante. Je ne l'ai pas inventé, c'est un vieux Grec qui l'a dit il y a deux milles ans", dit-il.

A ces deux hypothèses, Me Bauwens ajoute une troisième hypothèse reprise par un médecin légiste qui n'avait finalement pas écarté l'intoxication alcoolo-médicamenteuse. Pour l'avocat, le procès aurait pu se terminer là-dessus mais la défense compte démonter point par point les arguments des autres parties.

Mardi, l'avocat général avait indiqué que l'enquête n'avait pas pu déterminer ce que Véronique Pirotton et Bernard Wesphael avaient fait, le 31 octobre 2013, entre 15h26 et 17h07. "On a créé un scénario sur base d'un trou de plusieurs heures durant lesquelles, selon les parties civiles, M. Wesphael auraient saoulé Mme Pirotton. Dès le début, Bernard Wesphael dit qu'ils se sont installés dans un bar art déco, à une table sur le côté gauche de l'établissement. La police est venue le chercher en prison pour refaire le parcours et les policiers ont indiqué qu'il avait désigné le café dans lequel ils ont passé l'après-midi. On dit que personne ne les a vus mais ces gens interrogés ont dit qu'ils ne savaient plus, c'est différent".

L'avocat note que la victime avait bu huit verres durant la journée du 31 octobre, sans manger beaucoup, ce qui pourrait expliquer le taux élevé d'alcoolémie (2,99 g/l). "Les médecins légistes ont estimé qu'elle avait bu une dizaine de verres. Elle avait 2,99 grammes dans le sang et c'est un fait scientifique".

Les enquêteurs ont utilisé des caméras de la Ville d'Ostende, "dont certaines ne marchaient pas", précise l'avocat qui ajoute que "pendant deux semaines, on a tenté de décrédibiliser M. Wesphael". L'avocat n'a pas hésité à comparer les enquêteurs "aux gendarmes de Saint-Tropez"

L'avocat a entendu, à trois reprises, le fils de la victime qui a déclaré que Bernard Wesphael pouvait rejoindre sa maman à Ostende. "Il est où le devoir d'objectivité du ministère public quand il déclare que Véronique Pirotton avait réservé une table pour elle et son fils ? ". Au sujet du fils, l'avocat note que l'enfant a déclaré que sa maman pouvait se montrer agressive quand elle avait bu.

"L'avocat des parties civiles avance deux hypothèses, soit Bernard Wesphael a vérifié les SMS de Véronique et il a lu les messages d'Oswald, soit elle a refusé d'avoir une relation sexuelle avec lui". Il ajoute que le dossier indique qu'aucun message n'a été retrouvé sur le téléphone de la victime. "L'hypothèse est contredite par les éléments matériels du dossier", argue l'avocat qui a poursuivi son exposé, prévu pour deux heures.

La défense avance 12 points pour contredire les scénarios présentés au jury mardi

Me Bauwens, avocat néerlandophone de Bernard Wesphael, a démonté en 12 points mercredi matin devant la cour d'assises du Hainaut les hypothèses avancées la veille par l'avocat général et les conseils des parties civiles. Selon l'avocat général et Me Moureau, Véronique Pirotton a été traînée par l'accusé dans la salle de bains. "Le tapis a été vérifié, on n'y a retrouvé aucune trace, ni sur la victime: rien", pointe l'avocat.

Les deux hypothèses justifiaient aussi la trace de fond de teint à 20 cm du sol sur l'armoire par le fait que la victime avait été tirée sur le sol. Là non plus, "pas de trace sur le visage".

Selon l'avocat général, il l'étouffe sur le lit. Pour les avocats de parties civiles, Véronique Pirotton dort, puis son mari l'étouffe. "Ca n'explique rien! Ca n'explique pas les blessures de Véronique Pirotton. Quelqu'un qui est étouffé, il se débat! Pourquoi n'y a t-il pas d'autres lésions chez monsieur Wesphael, à part une égratignure?"

Me Bauwens, pour son quatrième point, revient sur l'analyse des fibres réalisée par les experts de l'INCC. "Pour une strangulation ou un étouffement, le mode de fonctionnement est le même: on se rapproche de la victime, et il y a clairement parfois un transfert primaire de fibres de l'auteur vers la victime." La chemise blanche de l'accusé et le t-shirt noir de la victime ont été analysés et rien n'a été retrouvé. "Qu'on me l'explique hein! Qu'on me montre la pièce du dossier alors!"

Il demande également aux jurés de bien regarder dans le dossier les photos de la chambre 602, "dont on dit qu'elle est en désordre". "Quand on compare ces photos avec celles de leur domicile, c'est du minimalisme!", s'exclame Me Bauwens. "Moi je loge ici dans un hôtel depuis deux semaines. Si on prend des photos dans ma chambre, je peux vous dire, c'est une scène de guerre." Selon lui, les photos ne représentent pas une chambre où se serait tenue une bagarre, ou une lutte. "Une personne est étouffée et ne bouge pas? Elle ne bouge pas l'oreiller droit, ne fait pas tomber les GSM sur la table de nuit.... Le seul désordre que j'ai vu, c'est dans la salle de bains, où une trousse de toilette est tombée." Il ajoute que l'oreiller gauche ne présente pas la forme d'un coussin qui aurait servi à étouffer.

L'avocat général a décrit mardi une lutte sur le lit, où Bernard Wesphael étouffe son épouse. "Les blessures au crâne de la victime, elles se font comment, sur un matelas? Ce n'est pas logique! Cette hypothèse n'est pas correcte, point! Ca ce n'est pas du pragmatisme flamand, c'est de l'objectivité."

L'avocat soulève encore comme élément le sachet en plastique. "Dans les deux hypothèses, le coussin vient avant le sachet. Comment se fait-il que l'on retrouve des fibres d'étouffement sur le visage de la victime, mais pas sur le sachet?" "Les possibilités, j'en ai plus qu'assez, ça ne compte pas en droit pénal!" Il relève par ailleurs que rien d'autres que des traces de mascara et de salive n'a été retrouvé sur ce sachet, "alors que dans les deux hypothèses, monsieur Wesphael l'a touché pour l'étouffer!"

En guise de dixième point, Me Bauwens reprend la ligne du temps des événements. Les occupants de la chambre 502 disent avoir entendu du bruit le 30 dans la 602, de la même nature et depuis le même endroit que ceux du 31, alors que le couple n'était pas dans sa chambre à cette-heure là, soit autour de 20h30 ou 21h00. "On se moque de nous!", indique l'avocat. "Le 30, Bernard Wesphael a payé avec sa carte au restaurant Petit Nice à 22h07, et ils sont montés dans leur chambre à 23h44. Alors moi je fais une déduction logique, ça veut dire que le 31, ce n'était pas non plus" Bernard Wesphael et Véronique Pirotton.

Le conseil de l'accusé mentionne aussi les empreintes dentaires, mimées mardi par l'avocat général et Me Moureau, pour qui ces marques résultent de l'étouffement. Sauf que ces empreintes, précise Me Bauwens, ne se retrouvent pas sur l'intérieur des lèvres, mais à l'intérieur des joues, vers le fond de la bouche. "Ne vous laissez pas prendre par ça. Ils ont fait exprès ces gestes parce qu'ils savent qu'il y a un problème!"

Enfin il conclut en relisant la phrase finale d'un rapport de l'INCC: "On ne sait pas expliquer l'acte d'étouffement par le coussin, pour la simple raison qu'on a retrouvé que deux fibres dans la bouche" de la victime.

Pour nous, c'est clair que le décès fait suite à une combinaison alcool-médicaments

Me Tom Bauwens a poursuivi sa brillante plaidoirie, mercredi, devant la cour d'assises du Hainaut qui juge Bernard Wesphael, accusé du meurtre de son épouse, Véronique Pirotton. A la fois sérieux et ironique, l'avocat a critiqué l'instruction, et notamment l'inculpation pour assassinat qu'il juge rapide, et il a terminé en soutenant la thèse de l'intoxication alcoolo-médicamenteuse. Le tout en s'appuyant sur des éléments du dossier. Me Bauwens est revenu sur le carton huit du dossier, relatif à la détention préventive de l'accusé qui a duré dix mois à la prison de Bruges. "J'invite le jury à lire les déclarations de M. Wesphael et les conclusions déposées. Vous verrez que la défense n'a jamais changé de position."

Selon l'avocat, c'est le ministère public qui a changé à plusieurs reprises de position dans ce dossier. Il revient notamment sur la circonstance aggravante de préméditation, donc l'assassinat, premier chef d'inculpation retenu contre Bernard Wesphael, "sur base des déclarations d'Oswald", glisse-t-il.

Me Bauwens note aussi que le ministère public avait constaté "l'absence suicidaire chez Véronique Pirotton", ce qui a été contredit par les témoignages, et soutenu la thèse que Bernard Wesphael n'était pas le bienvenu à Ostende, "ce qui est contredit par la déclaration du fils de la victime".

L'avocat est revenu aussi sur le flagrant délit retenu par le juge d'instruction, Christine Pottiez. "Le 1er novembre, à 00h30, M. Wesphael déclare qu'il est parlementaire wallon et tous les feux rouges ont commencé à clignoter. A ce moment là, il y a un coup de téléphone entre le juge d'instruction et le parquet général de Gand. Après 30 minutes, on est arrivé à la conclusion que ce dossier devait être qualifié comme un flagrant délit. L'est-il réellement sachant que le juge d'instruction, arrivé sur place, va décrire ce qui est pour lui, à 4h15, les premiers éléments suspects ? ".

Le second avocat de Bernard Wesphael est passé à la lecture du procès verbal et il ironise: "la chambre est très en désordre. Ce qui est suspect, on trouve des médicaments, un petit cahier dans lequel il est écrit en français, un stylo à billes de couleur bleu, oulalala ! Un lit en désordre qui aurait été occupé par deux personnes, un bureau en désordre. A côté du bureau, une poubelle qui contient des canettes et des bouteilles en plastique".

L'avocat rappelle que les témoignages des voisins, à décharge, ont été jetés aux oubliettes. "Les enquêteurs n'ont retenu que les témoignages de ceux qui avaient entendu du bruit venant de la chambre 602".

Me Bauwens est revenu sur le suicide avec le sachet en plastique et sur un procès-verbal du 8 novembre 2013 envoyé par le parquet de Hasselt au parquet de Bruges, relatif à un suicide avec un sac en plastique qui a eu lieu dans le Limbourg, et il ajoute que ce procès-verbal n'est ressorti qu'un an plus tard, juste avant la clôture du dossier.

Il s'est ensuite penché sur les tendances suicidaires de la victime. "Le 16 avril 2012, Mme Pirotton invitait des gens de Livrer à domicile chez elle. Dans son living, il y avait un livre "Rien ne s'oppose à la nuit", dans lequel un enfant âgé de 15 ans, battu, s'est suicidé à l'aide d'un sac en plastique".

Me Bauwens se demande dans quel état d'esprit était la victime les 30 et 31 octobre 2013. "Deux choses m'interpellent. Tout d'abord, la lettre adressée à son fils. Pourquoi a-t-elle indiqué, à un gamin de 14 ans, que sa voiture était garée près de la gare. Comptait-elle revenir ou pas ? Dans la chambre, on a découvert une carte "ne pas déranger, sur laquelle était notée son adresse, le genre de carte sur laquelle on note rarement son adresse".

Il revient sur un incident qui s'est produit à Liège, le 16 septembre 2013. "Sans avertir personne, elle s'est retrouvée dehors et elle a vomi. Elle avait combiné alcool et benzodiazepines. Si elle n'avait pas vomi, elle serait morte".

L'avocat ajoute que la dose de clozan retrouvée dans le corps de la victime était cinquante fois supérieure à la dose thérapeutique minimale et dix fois à la dose thérapeutique maximale (deux comprimés), "une dose toxique selon les experts", poursuit l'avocat qui note que vingt-trois comprimés manquaient dans la chambre. Ce qui a entrainé plusieurs symptômes dont une détresse respiratoire. "La combinaison avec alcool nécessite une hospitalisation car le risque est mortel, c'est écrit noir sur blanc sur la notice", ajoute l'avocat.

L'avocat général avait insisté sur le fait que Véronique Pirotton était "tolérante" car elle était suivie depuis longtemps. "La tolérance ne change pas le résultat final".

Du Sipralexa a été retrouvé en dose toxique et presque létale dans l'estomac de la victime, avec risque de convulsions, perturbations du rythme cardiaque, saignements anormaux au niveau de la peau et au niveau gastro-intestinaux, gonflement du pharynx, de la langue, de la peau, etc. Il énumère la notice du produit.

"Si la cause de la mort est expliquée toxicologiquement, je ne comprends pas pourquoi la juge d'instruction a dit que ce n'est pas au toxicologue de se prononcer sur la cause de la mort. Pour nous, c'est clair que le décès fait suite à une combinaison alcool-médicaments", conclut l'avocat qui plaidé pendant près de deux heures.

"Il n'est pas capable de l'avoir tuée"

"Certains sont capables d'une imposture. Bernard Wesphael n'est pas capable d'une imposture", a déclaré Me Mayence. "Il n'est pas capable de l'avoir tuée, et encore plus d'avoir maquillé une scène de crime. Ce que j'ai entendu hier, c'est hallucinant! (...) Il n'a rien fait, il est innocent. Et je vous apporterai point par point des réponses."

"Moi je le sais, je ne connaissais pas cet homme, mais je l'ai testé, nous l'avons testé. Je n'ai pas peur de vous dire que c'est un exemple de sincérité, et je pèse mes mots", poursuit l'avocat. "C'est un homme de principes, qui l'ont poussé en dehors de tout, en dehors du podium politique. Quand on veut un poste en politique, il ne faut pas faire trop de vagues. Ça, c'est la réalité, mais ce n'est pas monsieur Wesphael, un homme qui défend ses idées."

Me Mayence est ensuite revenu sur le parcours judiciaire du dossier, en passant par le coup de fil qu'il a reçu au sujet de cette affaire et par la première chambre du conseil, où "le cirque commence". "On se dit qu'on va voir le dossier: rien. Zéro éléments médicaux. Juste le PV de la juge d'instruction et le mandat arrêt pour assassinat. Ce qui veut dire qu'il est allé à Ostende pour la tuer, parce qu'il a notamment envoyé un message à l'amant de son épouse ce jour-là. L'histoire était splendide!"

"J'ai vu un type complétement brisé, détruit", poursuit le conseil de l'accusé. "J'avais le rapport d'autopsie, qui a l'air accablant. Nous lui avons expliqué, donné la hauteur des peines. On lui a dit: 'Si vous avez pêté un câble, dites-le'." "On s'en serait sortis comme une fleur" en plaidant la provocation, l'absence d'intention. "Mais il nous a répondu: 'Il n'en est pas question'. On lui a rappelé ce qu'il risquait, il a dit: 'Oui, mais c'est comme ça'. Ce n'est pas du déni ça, c'est de la sincérité", ajoute l'avocat. "Et je vous demanderai de prendre en compte sa sincérité pour apprécier sa culpabilité."

"Il a tenu bon, avec le soutien indéfectible d'une famille magnifique." Me Mayence déclare encore que son client espérait toujours des contacts avec Victor, "on le lui a d'ailleurs reproché". "Sa première phrase à la juge d'instruction a été de dire: 'qu'est ce que Victor va penser, il va croire que j'ai fait quelque chose'. Aujourd'hui, ils n'ont plus de contacts."

"Nous avons tout vérifié mesdames et messieurs les jurés, pour nous battre avec cet homme qui se bat pour la quête de la vérité. On y a tout mis, parce qu'on a eu l'impression de jouer dans une mauvaise pièce."

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