Enorme, incroyable, rocambolesque, ahurissant Les commentaires hésitaient, au cours du week-end, pour qualifier le malencontreux incident qui a permis à la rédaction de Sudpresse de suivre, en direct, 57 minutes de la rencontre de plus de 4 heures qui a eu lieu entre Jean-Denis Lejeune et Michelle Martin.

Vendredi, en fin de journée, le papa de Julie, une des victimes de Marc Dutroux, et l’ex-femme du prédateur se sont en effet retrouvés à la maison de Justice de Namur dans le cadre d’une procédure de médiation.

La rencontre avait été minutieusement préparée par Médiante, l’ASBL agréée par la Communauté française pour encadrer les médiations extrajudiciaires entre auteurs et victimes. Le lieu avait été tenu secret, pour éviter tout débordement et permettre à la rencontre de se dérouler dans les meilleures conditions. Tout avait été prévu dans les moindres détails avec la police pour éviter les incidents "extérieurs", comme on en a connu en août devant le couvent de Malonne, lors de la libération sous conditions de Mme Martin. Le téléphone des médiateurs devait rester branché pour, le cas échéant, prévenir la police ou le personnel de la maison de Justice.

Cinq personnes se trouvaient dans la pièce : Michelle Martin; Jean-Denis Lejeune et son fils (qui n’a pas pris la parole); et les deux médiateurs. Comme toute rencontre en processus de médiation, il y avait beaucoup d’émotion, indique Laurent Goffaux, de l’ASBL Médiante. Mais tout s’est passé "dans le calme" et "dans une certaine sérénité", assure-t-il. En refusant, logiquement, d’aborder le contenu de la rencontre, la confidentialité étant un point central du processus de médiation.

Des extraits de cette rencontre ont pourtant atterri dans certains quotidiens. Comment ? A un moment, le téléphone d’un des deux médiateurs, Antonio Buonatesta, qui devait rester allumé, est tombé par terre - ce que confirment à la fois Mme Martin et M. Lejeune. En heurtant le sol, le portable a rappelé le dernier numéro entrant, soit le numéro de téléphone fixe d’une journaliste de Sudpresse, qui avait appelé les médiateurs et les avocats à plusieurs reprises au cours de la journée.

A la fin de la réunion, alors que Jean-Denis Lejeune et son fils avaient déjà quitté la pièce, M. Buonatesta a ramassé son téléphone. Et constaté, catastrophé, qu’il s’était déclenché en tombant. Il est devenu encore plus livide en réalisant quel numéro avait été composé à son insu...

Samedi, sur son compte Facebook, Jean-Denis Lejeune déplorait les fuites dans la presse. Ironie de l’histoire (ou magie de la médiation ?) : les avocats du papa de Julie et de Michelle Martin déposeront ce lundi, en parallèle, une plainte pénale au motif que la rencontre, privée, avait été écoutée et divulguée par Sudpresse. "Le journaliste qui a écouté la conversation entre Mme Martin et M. Lejeune et qui en a diffusé certaines phrases a dépassé le fil rouge et violé le respect de la vie privée", a commenté, hors de lui, Me Georges-Henri Beauthier, avocat de Jean-Denis Lejeune. Il s’agit d’une infraction au sens de l’article 314bis du code pénal, précise-t-il. "Ici, il ne s’agissait pas de pardon, mais de respect mutuel entre les parties qui ont accepté de se rencontrer et de se parler. En divulguant ce qui a été dit, les parties n’ont pas été respectées : ça ne va pas !", scande Thierry Moreau, avocat de Michelle Martin. "Il est temps qu’on comprenne que chacun a droit à sa vie privée, madame Martin comme tout le monde". Les deux avocats vont également déposer plainte au Conseil de déontologie journalistique.

De son côté, l’Association des journalistes professionnels (AJP) a condamné, samedi, le comportement des médias du groupe Sudpresse : "Les journalistes et leur hiérarchie ne sont pas au-dessus des lois", indique l’AJP. Ceux-ci doivent en outre "respecter les principes déontologiques dont la protection de la vie privée et la non-intrusion dans les souffrances d’autrui", ajoute l’association professionnelle.