Le jury est parti en délibération. Il n’obtiendra jamais les explications promises par Mehdi Nemmouche.

Mehdi Nemmouche s’est tenu à la ligne de conduite qu’il a adoptée depuis le début de son procès. Invité, comme le prévoit la procédure, à s’exprimer en dernier, il en a dit le moins possible et a renvoyé, une fois de plus, à son avocat.

Son intervention n’a pas duré 20 secondes. "J’ai été piégé. Me Courtoy vous a expliqué les raisons pour lesquelles je me suis tu depuis le début. N’y percevez pas une attitude irrespectueuse de ma part. Je n’ai vraiment pas cherché à être licencieux", a dit Mehdi Nemmouche d’une voix calme.

Il a repris les mots de sa défense qui, lundi, avait répété, sans éléments concrets, que Nemmouche avait été piégé par des services de renseignements libanais et/ou iraniens. Me Courtoy avait motivé le manque d’explications par le fait qu’il ne "veut pas d’un épisode en 80 secondes chez moi", une référence aux 80 secondes de la tuerie au Musée juif.

À l’image de son conseil, Nemmouche s’est voulu énigmatique : "Si c’était à changer, je changerais tout", a-t-il dit - en insistant sur le "tout" - avant de remercier le jury "pour son attention pendant ces deux mois".

"Changer quoi ? Le modus operandi ? La cible ?", a ironisé, après l’audience, l’avocat du Musée juif, Me Adrien Masset, dénonçant le côté "sibyllin" de ces déclarations. Les parties civiles et les procureurs n’accordent en effet pas le moindre crédit aux explications de Nemmouche et de sa défense, jugées "hallucinantes, délirantes, complotistes".

Place à la délibération

Le jury est parti en délibération. Si la culpabilité de Nemmouche ne semble pas faire le moindre doute, le jury, à qui 56 questions, ont été posées, pourrait éprouver davantage de difficultés à s’accorder sur Nacer Bendrer, qui, avec ses mots, a répété son innocence : "J’ai peur. Je n’ai rien à voir avec cette histoire. Cette histoire, c’est un cauchemar pour moi."

Bendrer a toujours démenti être radicalisé et, s’il reconnaît bien que Nemmouche lui a demandé des armes, il nie avoir donné suite.

S’il n’acquitte pas Bendrer, le jury pourra moduler le degré de culpabilité. Il pourra - comme l’ont requis les procureurs - le déclarer complice (soit une aide accessoire, passible de 30 ans maximum) plutôt que coauteur (aide indispensable, perpétuité).

Les jurés ont la latitude de ne pas retenir le "contexte terroriste", ce qui permet aussi de baisser la peine.

Le verdict des jurés devra être motivé par les juges professionnels. Pour les observateurs, la date la plus probable est jeudi matin.