Les avocats du barreau de Bruxelles, au nombre de quelque 5.000, ont reçu vendredi après midi un courrier électronique émanant de leur bâtonnier contenant un rappel à l’ordre en lien avec la menace terroriste et les arrestations effectuées en Belgique après les attentats de Paris. Cela n’avait plus été le cas depuis l’affaire Dutroux.

Dans le courriel, le bâtonnier de l’ordre francophone, Stéphane Boonen, rappelle à ses confrères l’obligation du respect du secret professionnel, un devoir légal et déontologique qu’il estime avoir été mis en cause par "des avocats" lors d’interventions de ceux-ci dans les médias.

Contacté par la DH, Me Pierre Chomé, pénaliste et assistant de droit pénal à l’ULB, réagit positivement à ce rappel à l’ordre du bâtonnier. À ses yeux, et pour le dire simplement, des avocats de personnes suspectées d’avoir aidé Salah Abdeslam, seraient effectivement "allés trop loin" dans des déclarations publiques.

Le bâtonnier Stéphane Boonen menace de faire application de l’article 473 du Code judiciaire, un article traitant du conseil de discipline.

Dans son message, le bâtonnier fait le constat qu’à l’occasion des "récentes affaires de terrorisme", des avocats se sont exprimés publiquement "quant aux déclarations, à la personnalité ou au passé de leurs clients ou anciens clients".

Pour Stéphane Boonen, "ces propos ont mis en cause le respect du secret professionnel qui englobe, rappelle-t-il, tout ce que l’avocat apprend dans l’exercice de sa profession à l’occasion des dossiers qu’il traite ou a traités".

Pour avoir constaté des manquements, le bâtonnier annonce sa décision de faire une application stricte du code de déontologie. Selon celui-ci, l’avocat qui prévoit une intervention radio, télé ou lors d’une interview journalistique à propos d’une affaire en cours dont il est chargé ou a été chargé , "doit en informer préalablement son bâtonnier qui lui fait les recommandations qu’il juge utiles ou nécessaires".

Me Chomé cite des exemples (anonymisés) de confrères dont les interventions la semaine passée furent à ses yeux pour le moins discutables.

Selon Me Chomé, toutes les informations relatives aux clients sont couvertes par le secret de l’instruction et l’avocat ne peut en sortir que pour contrecarrer le parquet qui se serait exprimé publiquement, et dans ce cas en respectant les principes basiques de dignité, de proportionnalité et de distance à respecter par rapport au client. "On ne plaide pas dans la rue devant les caméras. On plaide dans le prétoire."

Le bâtonnier du barreau de Bruxelles menace de faire application de l’article 473 du Code judiciaire, du règlement d’ordre intérieur et n’exclut pas "d’autres mesures".

Selon Me Chomé, de tels rappels à l’ordre par le bâtonnier sont excessivement rares.

Cela avait été le cas lors de l’affaire Dutroux, il y a quinze ans.