Entretien Christian Laporte & Paul Vaute

Ce dimanche 14 juillet, l’abbé Jean-Pierre Delville deviendra le 92e évêque de Liège, succédant à Mgr Aloys Jousten. C’est au Séminaire Saint-Paul de Louvain-la-Neuve, où il préside le collège destiné à accueillir les prêtres étudiant à l’UCL, que nous l’avons rencontré avant qu’il ne passe en retraite les derniers jours précédant son ordination.

Né à Liège en 1951, accompagnateur spirituel de la communauté Sant’Egidio en Belgique francophone, Mgr Delville est - ou plutôt était - également professeur d’histoire du christianisme à l’Alma Mater, fonction qu’il doit à présent abandonner.

Lors de votre présentation à la presse, le 31 mai dernier, vous avez cité parmi vos préoccupations celle des vocations.  
En effet, cela me tient à cœur notamment pour avoir présidé le Séminaire de Louvain-la-Neuve et donné cours au Séminaire de Liège. La crise actuelle des vocations ne doit pas être ramenée à la difficulté de vivre le célibat. Les Eglises protestantes connaissent aussi cette crise. Mais il faut revaloriser le profil du futur prêtre. Il faut qu’il soit appelé, désiré, porté.  

Vous avez aussi mis l’accent sur le rôle des laïcs et en particulier des femmes. Comment valoriser les vocations qui n’incluent pas le célibat ?
Il ne faut pas se limiter aux intitulés officiels des ministères laïcs comme l’acolytat ou le lectorat. Ils doivent être incarnés dans des activités nouvelles, y compris sociales. L’expérience des pays du Sud, où des laïcs sont responsables de communautés, peut nous aider à cet égard. C’est dans ce cadre que nous pouvons réfléchir au rôle de la femme, non pas comme prêtre mais dans les fonctions où elle a sa place. On voit beaucoup de communautés nouvelles dirigées par des femmes, comme les Focolari avec Chiara Lubich et maintenant Maria Voce. Il y a aussi des secteurs comme la santé et la famille où les femmes ont une sensibilité particulière, même si ce n’est pas exclusif. Il ne faut pas se focaliser sur l’idée de devenir prêtre. Depuis Vatican II, le prêtre n’est plus celui qui fait tout.  

Vous avez dit qu’il faut que les "clans" se parlent dans l’Eglise. L’unité dans la diversité, c’est le grand défi ?  
On s’est fort polarisé sur une vision gauche-droite ou progressistes-traditionnalistes. Aujourd’hui, on voit mieux qu’il n’y a pas de position idéale. Il y a des diversités qui sont quand même une richesse.  

C’est dans cet esprit que vous allez parfois célébrer la messe selon le rite préconcilaire à l’église du Saint-Sacrement à Liège ? Oui. Il y a une richesse et une beauté dans le rite d’avant Vatican II qui méritent d’être valorisées. Il faut cesser les exclusions réciproques. Eric de Beukelaer, comme doyen du centre-ville, a aussi cette volonté.  

Quel a été le rôle de la communauté Sant’Egidio dans votre parcours personnel ? J’ai rencontré Sant’Egidio à Rome où j’avais été envoyé pour étudier la théologie en 1978. L’équilibre qu’il y a chez eux entre la prière et la solidarité avec les plus pauvres m’a beaucoup frappé. Il faut voir l’enthousiasme des jeunes qui consacrent, presque chaque jour après 16 heures durant leur vie d’étudiant, un temps pour l’amitié avec les pauvres, qui se termine par un temps de prière. A l’époque, la communauté n’existait qu’en Italie et elle était considérée comme inexportable, surtout dans les pays du nord. Puis, cela s’est développé, à Anvers dès 1985 et ensuite du côté francophone.  

Mgr Jousten s’est signalé par quelques coups de gueule retentissants à propos des drames sociaux de la région liégeoise (Inbev, ArcelorMittal…) Vous comptez faire de même ? Je serai un évêque qui s’engagera dans la promotion de la justice sociale, certainement. L’idée même de justice sociale, à réaliser à travers les structures publiques (Etat) et intermédiaires (syndicats), est née dans l’Eglise catholique à la fin du XIXè siècle, à partir de la réflexion sur l’injustice sociale dont le prolétariat était la victime. Il y a eu à la fois intégration et réaction au socialisme qui envisageait alors la révolution. Aujourd’hui, chrétiens et socialistes se retrouvent sur un même terrain qui est celui de la social-démocratie. Mais il y a une grande différence, c’est que les problèmes dépassent le cadre de l’Etat et ont pris une dimension mondiale, qui les rend plus complexes. C’est au niveau mondial qu’il faut concevoir des lieux de solidarité entre nos pays, régions, diocèses et ceux du Sud.