Mgr Léonard : plainte en diffamation en vue

Christian Laporte Publié le - Mis à jour le

Belgique

Le livre "Entretiens avec Mgr Léonard" et sa version nordiste "Mgr Léonard. Gesprekken" n’ont décidément pas fini de faire parler d’eux Après l’émoi suscité d’abord en Flandre par les propos de l’archevêque sur "le sida et la justice immanente" lors de sa récente parution en néerlandais puis celui subséquent à la diffusion de la fameuse note "Je vous dois quelques explications" d’André-Joseph Léonard (dont la publication d’abord non concertée avec son porte-parole a amené Jürgen Mettepenningen à rendre son tablier), voilà que l’affaire rebondit encore avec le dépôt probable d’une plainte en diffamation par l’auteur francophone de l’ouvrage, le journaliste et écrivain Louis Mathoux.

Ce dernier ne s’est absolument pas reconnu dans les justifications avancées par l’archevêque pour expliciter ses propos contestés et il a tenté d’obtenir un rectificatif de Mgr Léonard sur le site de catho.be. Comme l’archevêque le lui a refusé, notre confrère qui collabore depuis près de trois lustres au journal paroissial "Dimanche" n’a, semble-t-il, d’autre issue que de porter plainte en justice pour l’atteinte faite à son honneur.

"En raison de circonstances privées qui m’ont amené à m’occuper en priorité de mes proches, j’ai été averti tardivement par un de vos confrères que Mgr Léonard me chargeait lourdement dans son document. Je l’ai lu et j’ai été profondément abasourdi et indigné des propos qu’il y tient à mon encontre. Ils sont non seulement entièrement faux sur une série de points, mais injurieux à mon égard. Il me faut dès lors rétablir la vérité et préciser certaines choses à propos de ces fameux "entretiens" que j’ai eus en 2004 et en 2005, et qui ont conduit à la rédaction du livre et à sa sortie en 2006."

Pour Louis Mathoux, "certains de ses propos sont tout à fait faux : ainsi, il prétend à plusieurs reprises que je lui aurais "imposé" (sic) des questions (notamment la fameuse question sur le sida ???), et ce, "de façon insistante" (resic), et que "seule la politesse [lui] impose" (reresic) de répondre à mes questions. C’est tout à fait contraire à la vérité ! Bien avant notre tout premier entretien, il a exigé - et j’ai accepté car je n’avais pas le choix - que je lui soumette toutes les questions que je désirais lui poser trois semaines à l’avance (trois semaines avant chaque entretien) de sorte qu’il ait le temps de préparer ses réponses longtemps à l’avance. Mais, surtout, je lui ai bien assuré dès le départ, et le lui ai répété avant chaque entretien, qu’il allait de soi qu’il était entièrement libre de refuser de répondre à certaines questions".

Selon Louis Mathoux, "c’est donc bien en toute liberté qu’il a répondu à chacune de mes questions. Enfin, quand j’ai terminé la rédaction du manuscrit, il a exigé de le relire et m’a imposé - car c’est lui qui impose, pas moi - toute une série de corrections à ses réponses, ce que j’ai fait. Je lui ai laissé une liberté tellement totale que j’ai fini par me demander si j’étais encore un journaliste, ou si je n’étais plus que son secrétaire !"

"Aussi", renchérit notre interlocuteur "venir à présent prétendre que je lui aurais imposé ne serait-ce qu’une seule question ou quoi que ce soit, c’est non seulement tout à fait faux, mais carrément surréaliste !"

Mais Louis Mathoux a aussi été choqué par des "propos assez infamants" de l’archevêque : "Passe encore qu’il me fasse des procès d’intention tout à fait gratuits (du genre : "Alors que l’interviewer aurait peut-être été heureux que je dise que le sida était une punition divine " (sic); "Comme le journaliste semblait tenir, par la nature même de sa question, à cette catégorie de punition" et autres gentillesses à mon égard)... Mais qu’il affirme que "dans un livre d’entretiens, la personne interrogée dépend cruellement des préoccupations, voire des obsessions de celui qui l’interroge ", voilà quelque chose que je ne puis accepter. De quel droit cet homme prétend-il publiquement que je souffrirais d’"obsessions" (sous-entendu en matière sexuelle, étant donné que le contexte ici est celui de questions liées à la sexualité : sida, homosexualité, etc) ?"

Louis Mathoux se dit donc "écœuré par ce genre de propos et particulièrement inquiet de des conséquences auprès du public du mot "obsession" utilisé à [son] encontre, et de tout ce qu’il véhicule en termes d’insinuations implicites (homosexualité, sida, etc.). Tous ceux qui me connaissent savent très bien que je n’ai absolument rien d’un obsédé sexuel, mais quid de toutes les personnes qui ne me connaissent pas et qui auront lu la prose de Mgr Léonard à ce sujet ? Dans ma vie, ma seule obsession a peut-être été le football et de supporter le Standard !"

L’auteur des "Entretiens avec Mgr Léonard" n’a pas voulu en rester là et a donc contacté l’archevêque pour lui demander de publier un rectificatif, ce qui aurait mis fin à la polémique. Mais le "patron" de Malines-Bruxelles ne veut visiblement pas aller à Canossa, si l’on ose ainsi dire

"Dans sa réponse, il m’a dit qu’en parlant d’un livre d’entretiens dans sa note, il n’évoquait pas nécessairement uniquement le nôtre ! Et d’ajouter qu’il avait déclaré, à la fin des entretiens, regretter d’avoir été très peu interrogé sur le cœur de sa vie et de son travail pastoral, mais surtout sur des sujets périphériques (bioéthique, morale sexuelle, célibat des prêtres, ordination des femmes, etc.). Monseigneur m’a aussi dit que l’allusion à la réponse éventuellement attendue par son "interviewer" (à propos du sida) était une simple hypothèse taquine. Il m’a aussi rappelé qu’il était prêt à supprimer des questions, mais que c’était délicat, car cela aurait pu être interprété comme une censure. En outre, le fait de les avoir posées serait révélateur des priorités (personnelles ou journalistiques) de celui qui inter roge."

Dans ses explications à Louis Mathoux, Mgr Léonard dit encore avoir "beaucoup apprécié [son] travail consciencieux, à l’exception de quelques passages en italique qu’il n’a pu relire et corriger", mais qui n’avaient pas trait aux matières précitées.

"Face à cette réponse au ton à la fois doucereux, paternaliste et patelin qui refuse toute mise au point, j’envisage sérieusement de déposer plainte en diffamation contre Mgr Léonard. Je vais rencontrer tout prochainement mon avocat. J’ai en tout cas ma conscience pour moi "

Et Louis Mathoux de conclure par une mise au point : "Lors de la sortie du livre, on ne fut pas loin de me traiter de léonardien. Je vous dois de dire que je n’ai aucune connivence idéologique avec lui. Je voulais faire un livre sur Guy Gilbert ou sur le père Pire mais, finalement, j’ai dû opter pour le déjà très médiatique évêque de Namur. C’était évidemment un beau défi intellectuel et journalistique, mais cela ne m’a absolument pas rapproché de lui. Certainement pas à propos de la justice immanente et d’autres points de vue qui tranchent avec ma vision d’une Eglise qu’il s’impose de réformer en profondeur. Ma vision du christianisme m’amène à mettre l’accent sur les valeurs de compassion et de pardon, pas à compléter un catalogue d’interdictions moralisatrices "

Christian Laporte

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