Une vague de perquisitions d'une ampleur inaccoutumée a été lancée jeudi dans le monde de l'ultra-droite flamande. La cible: le BBET (Bloed-Bodem-Eer-Trouw, ce qu'on traduirait en français par "sang et sol, honneur et fidélité", avec la référence à la devise des "SS" nazies).

Il s'agit d'une scission de l'organisation néo-nazie de skinheads "Blood and Honour", dirigée par B.T., un militaire. Les moyens: quelque 150 agents de la police fédérale (des SJA d'Anvers, de Hasselt et d'Audenarde ainsi que de plusieurs corps de police locale) sont intervenus sous la houlette des enquêteurs du SJA de Termonde, du parquet de la même ville et du parquet fédéral.

Un nombre certes impressionnant, mais rendu nécessaire pour la "visite" de rien moins que cinq casernes (Bruxelles, Bourg-Léopold, Kleine Brogel, Peer et Zedelgem) et dix-huit domiciles privés, tous en territoire flamand.

Ces perquisitions ont porté des fruits: 17 personnes, dont B.T. qui fait figure de principal suspect, ont été interpellées. Seront-elles inculpées et arrêtées pour des faits liés à la détention ou au trafic d'armes, au racisme et à la xénophobie, au négationnisme et au terrorisme?

Il y a certes du mandat d'arrêt dans l'air, mais les interrogatoires du juge d'instruction Patrick Van Cauteren de Termonde (récemment désigné comme juge spécialisé en matière de terrorisme) s'étant déroulés au cours de la nuit et devant se poursuivre ce vendredi, il était impossible de l'affirmer jeudi soir.

Toujours est-il que les racines de l'opération remontent à l'année 2004. A la suite de diverses actions de "Blood and Honour", la justice avait indiqué qu'elle s'intéresserait à ces néo-nazis... Depuis lors, le SGRS (renseignement militaire) et la police fédérale menaient l'enquête pour le ministère public. Ils s'étaient donc penchés sur ces personnes - principalement des militaires - se montrant, comme l'a indiqué lui-même le parquet fédéral, jeudi, ouvertement racistes, antisémites et négationnistes en ne refusant pas l'étiquette du néo-nazisme.

Bref, c'est ainsi qu'il fut découvert que B.T. et ses affidés nourrissaient le dessein de commettre des attentats ayant pour objectif de déstabiliser les structures de base de l'Etat. "Il existait même un modèle de lettre de revendication", a précisé la porte-parole du parquet fédéral, Lieve Pellens.

Exercices secrets

B.T., du régiment "Libération 5 éme de ligne" (caserne Piron, à Bourg-Léopold), a donc fondé, en 2004, sa propre organisation clandestine en recrutant parfois à l'intérieur même des casernes. Il organisait, entre autres, à cet effet des exercices paramilitaires ou des "week-ends de survie", ainsi que des séances de tir. Le SGRS avait même appris que certains se déroulaient dans des domaines militaires, à l'insu de la hiérarchie.

Le BBET, dans la ligne de "Blood and Honour", développait comme lui des contacts à l'étranger. L'enquête en a mis en lumière aux Pays-Bas, avec le groupuscule extrémiste "Nationale Alliantie".

Si la justice ne peut tout dire déjà pour ne pas défavoriser l'enquête, le parquet fédéral précise que des éléments montrent les intentions criminelles du BBET, qui pensait mettre ses idées terroristes en pratique.

"A titre d'exemple, on peut se référer au commerce d'armes, intensif mais très secret, qu'il exerçait avec ses complices. Il était même question d'explosifs et d'armes de guerre très sophistiquées. Jusqu'à présent, l'enquête n'a pas encore prouvé que ces armes auraient été dérobées à l'armée", disait encore Mme Pellens. Les perquisitions (menées en coopération avec le régiment et les services de la sécurité militaire) ont d'ailleurs permis de mettre la main sur des explosifs et des armes d'alarme, de chasse, de sport, de défense et de guerre, sur des détonateurs de mines terrestres et une grande quantité de munitions, des gilets pare-balles et masques à gaz, sur des drapeaux, du matériel de propagande, des symboles et de la littérature néo-nazis, du haschisch et des anabolisants ainsi, enfin, que sur des ordinateurs.

"Dans une maison privée, on a même trouvé une bombe artisanale avec son détonateur, dans un sac à dos", a dit Mme Pellens. Bombe assez forte pour faire exploser une voiture. Même si aucun indice ne désignait un attentat spécifique, voilà qui a de quoi inquiéter.