Belgique "Ils étaient vingt et cent, ils étaient des milliers”, chantait Jean Ferrat, en hommage aux déportés de la Seconde Guerre mondiale. Ce samedi, ils devaient être mille. Mille jeunes, mille adolescents âgés de 16 à 18 ans, de nationalités différentes, à bord d’un train exceptionnel à destination d’Auschwitz-Birkenau (Pologne). La comparaison peut paraître déplacée et pourtant, elle incarne bien la philosophie des organisateurs de ce voyage qui se veut mémoriel.

Car en affrétant spécialement un train dit “des 1 000” pour la circonstance, l’Institut des Vétérans – Institut national des invalides de guerre, anciens combattants et victimes de guerre, en collaboration avec la Fondation Auschwitz et la Fédération internationale des résistants (FIR), entend faire découvrir à la jeune génération la réalité de la déportation et des camps d’extermination.

“Notre ambition est de conscientiser les élèves à l’horreur des camps nazis en leur donnant la possibilité de vivre l’Histoire en 3D” , expose Jean Cardoen, directeur du département “Mémoire et Communication” de l’Institut des Vétérans. Qui poursuit : “Le passé doit servir à adopter une attitude présente.

Il faut faire comprendre aux jeunes qu’un régime extrémiste peut mener à ce genre d’atrocités humaines.” C’est aussi pour responsabiliser et impliquer les participants que la démarche se veut purement volontaire. “Toutes les écoles qui participent à ce voyage ont été recrutées via un appel à candidatures. Chaque établissement scolaire candidat devait remettre un vaste projet dans lequel il inscrivait la citoyenneté au programme des élèves. C’est un comité composé de personnes issues des trois communautés du pays qui a ainsi sélectionné les écoles partantes”, nous déclare-t-on encore à l’Institut des Vétérans.

720 jeunes (5e et rhétos) de toutes les provinces belges, soit 29 établissements scolaires, ainsi que 280 jeunes étrangers, soit une dizaine de pays européens, seront ainsi sur le départ ce samedi, pour ce grand rendez-vous avec l’Histoire. Concrètement, un train particulièrement long – 450 mètres ! – composé de seize voitures partira à 15h38, de la gare de Schaerbeek, jadis triste lieu de départ des déportés sous l’occupation nazie. En une vingtaine d’heures, le convoi tentera de rallier la ville de Cracovie, en Pologne.

Trois arrêts dans les villes de Liège, de Francfort et de Halle sont prévus afin d’embarquer les participants en cours de route. Pendant le trajet, de nombreuses activités telles que des animations radiophoniques, des projections de films ou encore des concerts permettront aux jeunes de se plonger dans le processus de commémoration dès le début du voyage. Une aventure que l’on pourra revivre dans “La Libre” qui sera aussi à bord.

Mais pourquoi donc partir en train ? Et comment justifier ce chiffre de 1 000 participants ? Le symbole est évidemment puissant. Entre 1942 et 1944, quelque 25 267 personnes d’origine juive ont été déportées vers Auschwitz à partir de Malines et du point de ralliement qu’était la caserne Dossin. Cela s’est passé en train. Au total, 28 convois (dont un composé de Tsiganes) sont partis, comptant chaque fois quelque 1 000 hommes, femmes et enfants. Environ la moitié de la population juive de Belgique fut déportée de cette manière. Presque tous périrent dans les chambres à gaz ou à cause du travail forcé, de la malnutrition, des violences, dans le cadre d’expériences médicales ou pour d’autres raisons. Seuls 1 240 de ces déportés revirent la Belgique en mai 1945.

C’est à toutes ces victimes que les jeunes et les autorités belges, le Premier ministre Di Rupo et la ministre de l’Intérieur Joëlle Milquet, en tête, rendront hommage à Auschwitz ce 8 mai, jour d’anniversaire de la fin de la guerre en Europe en 1945. Mais la Belgique n’oublie pas non plus ses autres héros et victimes ce jour-là car à Bruxelles à la colonne du Congrès et au Parlement, on se souviendra aussi des soldats, résistants et prisonniers politiques tombés pour la liberté. Cette autre dimension est chère aussi à l’Institut des Vétérans – INIG : en 2008, il avait organisé un train des 1 000 vers Buchenwald, symbole avec Dachau et Mauthausen et bien d’autres camps de concentration du sacrifice des prisonniers politiques…