Un détenu sur trois doit son incarcération à une ou plusieurs infractions liées à la (vieille) loi sur les stupéfiants de 1921. Si des discours politiques en faveur d’une approche sanitaire de la toxicomanie (soigner plutôt que punir) se font entendre, la répression reste bien la première réponse face aux usagers de drogues qui commettent des actes délinquants en lien avec leur consommation.

Face à ce constat, des acteurs de terrain, francophones et néerlandophones, se mobilisent pour soutenir une autre politique des drogues en lançant ce samedi la campagne #Stop1921*, qui s’inscrit dans le cadre de l’action internationale “Support Don’t Punish”.

Les Fédérations bruxelloise et wallonne des institutions pour toxicomanes (Fedito), des associations qui promeuvent une réduction des risques (comme Modus Vivendi) mais aussi le Centre d’action laïque, Médecins du Monde, Infordrogues, Univers Santé... veulent interpeller le législateur et l’opinion publique sur la nécessité de remettre en question la politique de prohibition des drogues.

Une loi obsolète

La loi belge qui régit les comportements liés à l’usage de drogues date de 1921. Elle est dépassée et ses effets sont désastreux, notamment en matière de santé publique et d’engorgement des prisons, jugent les acteurs de terrain. En près d’un siècle, ce dispositif légal a certes subi quelques modifications, notamment pour garantir la stérilité du matériel (il y a des comptoirs d’échange de seringues dans les grandes villes), pour légaliser des traitements de substitution (comme la méthadone) ou pour opérer une distinction entre cannabis et drogues dures. Mais l’esprit de la loi n’a jamais été modifié, regrettent les initiateurs de la campagne belge.

La prévention et la réduction des risques restent les parents pauvres des politiques menées pour appréhender les drogues: ces champs d’intervention sont de fait financés à hauteur de... 4 % seulement du budget global consacré à la lutte contre les drogues et leurs trafics. L’échec le plus cuisant de la prohibition se traduit par des effets particulièrement délétères en termes de santé publique.

Pours ces associations, qui représentent très largement le secteur, la consommation de drogues est un phénomène de moeurs, une question de santé publique et de consommation responsable. Il n’est donc, selon elles, plus concevable de pérenniser une loi “dont les effets sont plus dommageables que les comportaments qu’elle incrimine”.

“Une aberration”

Aujourd’hui, la dépendance est devenue la seule maladie dont on punit les conséquences: “C’est une aberration dont le législateur n’avait probablement pas conscience”. Mais la justice n’est pas un dispositif de promotion de la santé et le législateur actuel ne peut pas l’ignorer.

Ces acteurs de la société civile veulent (r)ouvrir le débat en lançant une plateforme citoyenne, notamment via un site et une page Facebook. La campagne se veut “large, pluraliste, diversifiée et progressive”. Elle démarre sans préjuger d’autre chose que “du caractère obsolète, particulièrement inadapté et contreproductif” de la loi de 1921 sur les stupéfiants.

*Kiosque du Parc royal à Bruxelles, le 24 juin de 15h à 22h. https://stop1921.be