La SNCB restera le seul opérateur ferroviaire pendant les dix prochaines années. Ainsi en a décidé le futur gouvernement fédéral, comme on peut le lire dans l'accord conclu ces derniers jours.

Pour se conformer aux exigences européennes, la Belgique devait choisir avant la fin de l'année entre deux options : ouvrir le rail à des opérateurs privés ou bien laisser l'opérateur public seul aux commandes pendant dix ans. C'est donc cette dernière option qui a été retenue par la coalition Vivaldi. Toutefois, pour répondre à une demande des libéraux flamands, un projet pilote sera mené dans "un bassin de mobilité", en Flandre et en Wallonie, "où un seul opérateur pour le réseau principal et le réseau secondaire pourra être désigné par voie d'appel d'offres". En clair, la gestion d'une zone du rail sera confiée à une entreprise privée pour valeur de test. Comme le souhaite l'Open VLD, il se pourrait bien qu'il s'agisse du Limbourg et de l'opérateur ferroviaire néerlandais Arriva, si celui-ci rentre la meilleure offre du futur marché public.

D'aucuns craignent tout de même une ouverture plus ou moins sournoise à la privatisation du rail. Outre les projets pilotes, l'accord prévoit l'arrivée d'experts privés au sein de la SNCB, "en vue de préparer la future libéralisation". "L’entrée de l’expertise privée au sein des chemins de fer belges ? Projet pré-électoral de M. Van Quickenborne ? Est-ce que c’est faire rentrer du capital privé ? Nous nous opposons bien entendu à toute forme de privatisation. Si c’est d’expertise privée au sens strict que l’on parle par contre, on connaît, nous avons eu notre lot de consultants, de managers experts du privé, etc. La seule vraie expertise qui a fonctionné de manière admirable pendant la crise du Covid, c’est celle des cheminots, qui ont assuré un service maximum, dès le premier jour", déclare Marianne Lerouge, responsable de la CSC-Transcom Rail. "Nos craintes de ces dernières années se sont avérées exactes au regard de l’exemple anglais pendant le Covid : ces sociétés privées ont jeté l’éponge et ont abandonné leurs voyageurs et leur personnel. C’est l’Etat de Boris Johnson qui a dû venir à la rescousse du rail anglais. La Belgique prend le risque de subir la même déconvenue avec ses conséquences en termes de sécurité, de coût pour le contribuable et pour le voyageur, sans parler des conditions de travail du personnel", ajoute-t-elle.

Plus d'accessibilité, d'offre et de ponctualité des trains

Que trouve-t-on d'autre dans l'accord gouvernemental concernant le rail ?

Eh bien, "de nouveaux financements pour mettre la SNCB et Infrabel en état de procéder aux investissements nécessaires à un transfert modal durable". Le futur gouvernement compte augmenter la dotation de la SNCB et d'Infrabel, avec, comme "priorité absolue" pour les investissements "l’amélioration du service aux voyageurs (rapidité, ponctualité, confort, offre, accessibilité)". A bonne source, on apprend que la SNCB recevra 285 millions d'euros en quatre ans et Infrabel 245 millions pour la même période et l'on se demande comment les deux entreprises vont pouvoir relever les ambitieux défis du futur gouvernement avec un budget aussi mince.

Un des objectifs annoncés est de rendre davantage de gares et de quais accessibles aux personnes à mobilité réduite. "Nous accélérerons les travaux de rehaussement des quais et raccourcirons la période de réservation pour une assistance. Toute gare accueillant plus de 5000 passagers par jour sera ainsi mieux accessible d'ici à 2024. Le nouveau matériel ferroviaire acheté par la SNCB sera accessible aux personnes en situation de handicap", est-il écrit dans l'accord.

En termes "d'amélioration de la ponctualité, de l'offre des services (y compris plus de correspondances en début, fin de soirée, la nuit et le week-end), du confort, de l'accessibilité (également via d'autres moyens de transport tels que le vélo en vue d'une mobilité multimodale), des infrastructures, de l'Internet dans le train, de la sécurité, de la rentabilité et de la productivité", des objectifs et des sanctions seront prévus dans les futurs contrats de gestion liant l'Etat à la SNCB et Infrabel.

Le prochain gouvernement annonce encore un système tarifaire "fortement simplifié", avec une plus grande indépendance pour la SNCB à fixer les prix des billets. Il veut aussi que le transport de marchandises par rail soit doublé d'ici à 2030 et faire de Bruxelles " un véritable pôle ferroviaire international".