Pour la première fois en près de trois décennies, la Belgique a enregistré une diminution du nombre d’immigrants. En constante augmentation depuis le milieu des années quatre-vingt, ce nombre a diminué de 10 % entre 2011 et 2012, passant de 138 000 à 125 000 personnes. Parallèlement, le nombre de demandeurs d’asile a baissé de 25 % entre 2012 et 2013, alors qu’il grimpe dans la plupart des pays européens. Enfin, le nombre de visas délivrés pour regroupement familial a lui aussi chuté de 30 % entre 2011 et 2012. "Il est encore impossible de dire si cette tendance va se poursuivre", a précisé Patrick Charlier, directeur adjoint du Centre fédéral Migration, qui publie ces chiffres dans son dernier rapport.

Contrairement aux idées reçues, près de 40 % de l’ensemble des immigrants sont issus des 15 pays fondateurs de l’Union européenne, tandis que 24 % proviennent des nouveaux Etats membres. Cette immigration intra-européenne est, elle, en augmentation. " Cela signifie que les diminutions enregistrées portent exclusivement sur des ressortissants de pays extra-européens", explique Patrick Charlier.

Des mesures très à la limite

Un constat qui laisse penser que ces chiffres cachent une autre réalité. Depuis quelques années, la Belgique a durci les conditions de séjour pour les étrangers à travers une série de réformes et mesures qui ont touché, notamment, le regroupement familial, les régularisations médicales ou le code de la nationalité. Des réformes qui visent particulièrement les immigrés extra-européens et titillent ainsi certaines notions de droit fondamental. "En analysant les chiffres, on observe par exemple que la diminution du nombre de permis de séjour accordés dans le cadre du regroupement familial concerne surtout les Belges naturalisés. Cela montre que les mesures de restriction sur le regroupement familial visent particulièrement cette catégorie-là, ce qui est à la limite de la discrimination", pointe Patrick Charlier, qui cite d’autres exemples, comme l’exclusion de l’aide sociale pour les étrangers qui perdent leur emploi ou la taxe de 250 euros que la ville d’Anvers souhaite prélever aux étrangers.

Le Centre fédéral Migration appelle le gouvernement à introduire des mesures d’impact des politiques migratoires sur ces droits fondamentaux.