Les 12 mois qui ont suivi les attentats de Paris ont été particulièrement éprouvants pour la bourgmestre de Molenbeek. Retour sur un véritable annus horribilis.

Lorsque Françoise Schepmans (MR) s’empare, en octobre 2012, du mayorat molenbeekois aux dépens du socialiste Philippe Moureaux, jamais la libérale n’aurait pu imaginer la terrible année qui l’attendrait dans la foulée des attentats de Paris. Douze mois difficiles et éprouvants durant lesquels la quinquagénaire a dû à la fois s’employer à rassurer la population, demander plus de moyens pour sa commune et défendre celle-ci face aux déclarations fracassantes venant du fédéral comme de l’étranger. “Jusqu’à l’été suivant, toute ma vie a été consacrée à l’après-attentats”, résume la députée fédérale. Un an après les attentats, la DH revient sur cette année qui marquera à jamais Françoise Schepmans.

Ce vendredi 13 novembre, la bourgmestre passe la soirée avec des amis et son mari dans un restaurant de Jette, lorsque les convives reçoivent des alertes sur leurs smartphones : des attentats sont en train d’avoir lieu à Paris. “Nous étions choqués, mais nous n’imaginions pas à un instant qu’il puisse y avoir un lien avec Molenbeek”, se souvient la libérale.

Le lendemain, au salon, la bourgmestre apprend néanmoins à la radio la possible implication de jeunes de la commune dans les attentats. Alors qu'elle espère encore que cela ne soit pas le cas, un coup de fil dans l’après-midi du chef de corps lui confirme l'information. "Un véhicule a été retrouvé aux alentours de la station de métro Osseghem. Les policiers ont bouclé le quartier et ont arrêté l'individu", lui explique le commissaire divisionnaire.

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Durant les jours qui suivent, Molenbeek est alors pris dans un tourbillon médiatique. La pression sur les épaules de la bourgmestre est énorme et ses nuits sont courtes et perturbées. “Je vais faire le ménage à Molenbeek”, lui lâche le bourgmestre de l’Intérieur Jan Jambon (NVA). “Au lieu de bombarder Raqqa, la France devrait bombarder Molenbeek”, enchaîne le polémiste français Eric Zemmour. Les témoignages de soutien, eux, se font rares. “On a trop longtemps vécu dans le déni”, se défend la bourgmestre, accusant en substance son prédécesseur de laxisme. Des déclarations que l'opposition ne laisse pas passer, lui faisant remarquer qu'elle faisait aussi partie de la majorité à l'époque.

Dans la foulée, Françoise Schepmans demande, et obtient, une réunion lundi avec le premier ministre Charles Michel (MR) et les ministres de la Justice et de l’Intérieur. “Au-delà des paroles, vous proposez quoi ?”, insiste-t-elle, refusant fermement la proposition de Jan Jambon d'envoyer à Molenbeek des fonctionnaires fédéraux. "Les employés communaux font bien leur travail. Il leur manque juste des moyens", fait-elle valoir. Sa demande: des renforts policiers pour aider la commune à lutter contre la petite délinquance, qui nourrit, selon elle, le terrorisme.

Deux jours plus tard, le mercredi 18 novembre, entre 2.000 et 2.500 Molenbeekois se rassemblent place Communale pour témoigner leur tristesse aux victimes et défendre l’image de la commune. Ce jour-là, sa voix tremblera quelque peu en prononçant son discours. “C’est le moment le plus fort de ma vie de femme politique. Des personnes de tous les quartiers, de toutes les générations étaient venues”, se souvient-elle. Même si elle s'en défend, l'absence ce soir-là du premier ministre Charles Michel (MR), un temps espéré, reste probablement une déception.

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Jusque fin décembre, le téléphone de la bourgmestre n’arrête pas de sonner. La police la tient en effet informée de la tenue des perquisitions sur le territoire de la commune, tandis que les journalistes du monde entier cherchent toujours à l'interviewer. C'est que l'image de la commune s'est considérablement dégradée, et pour de nombreuses personnes, son nom est désormais synonyme, de terrorisme et djihadisme. Si la libérale ne refuse jamais une sollicitation, elle déplore le traitement médiatique de certains médias étrangers. "Certains comme M6 sont juste venus pour les images, car ils avaient déjà leur scénario en tête".

Mi-décembre, c’est une nouvelle déception. Le plan communal anti-radicalisme, qui combine approches préventives et sécuritaires, reçoit un accueil glacial de la Région et du Fédéral, qui refusent de s’engager à fournir le million d’euros nécessaire pour sa mise en place. Un mois après les attentats, aucun renfort humain - qu'il soit policier ou éducatif - n'est toujours en vue. Au sein du cabinet de la bourgmestre, c'est une demi-surprise, le manque d'engagement clair des autorités régionales et fédérales s'étant fait sentir dès le lendemain des attentats. Avec l'annonce du plan, l'objectif de la commune est d'ailleurs aussi de placer chacun devant ses responsabilités.

Quelques semaines plus tard, le 27 janvier, une dizaine d'habitants de la commune, dont Aboubakr Bensaihi, l’acteur vedette du film Black, remportent le concours du Molenbeekois de l’année. Organisée à l’initiative de la bourgmestre, la cérémonie vise à valoriser, les nombreux talents de la commune. En février, c'est la visite surprise du roi Philippe dans la commune, pour rencontrer des jeunes, qui met un peu de baume au cœur des Molenbeekois. "La visite du roi était importante pour les jeunes", insiste Françoise Schepmans. Petite polémique toutefois: alors que le niveau de la menace terroriste s'élevait toujours à 3, la bourgmestre et sa zone de police avaient gardé, jusqu’à la dernière minute, le secret sur la visite du souverain à la demande du Palais. Même le Centre de crise n’avait ainsi été averti qu’à la dernière minute…

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En février, le plan Canal, qui vise à s’attaquer au radicalisme violent, est finalement annoncé par Jan Jambon. Le plan prévoit l'arrivée de renforts policiers, ce que réclamait depuis longtemps la bourgmestre afin de lutter contre la petite délinquance. Reste que, dans les mois qui suivent, l'ensemble des effectifs promis n'arriveront pas en totalité. Une sortie médiatique de la bourgmestre, en septembre dernier, concernant le bilan positif dudit plan fera d’ailleurs grincer les dents ses partenaires de majorité Ecolo et CDH, ceux-ci lui reprochant alors une communication essentiellement basée sur le sécuritaire.

Selon Françoise Schepmans, il s’agissait au contraire de rassurer sur les efforts faits dans le cadre de la lutte contre le radicalisme. Un combat qui n’est pas fini, explique-t-elle. “Il y a un retour à la normale, mais on n’est pas à l’abri. Les événements ne sont pas juste derrière nous”, indique Françoise Schepmans, déterminée. Pour la libérale, c’est désormais une autre année chargée qui commence.