Belgique

REPORTAGE

Très dure après-midi mercredi au septième étage de l'hôpital Erasme. Là où a été reconvertie une salle de réunion en espace enfants pour ceux dont le parent est atteint d'un cancer. A l'occasion du premier colloque international consacré à l'enfant confronté à la mort d'un parent, nous avons voulu rencontrer ces enfants plongés dans une vie qui ne devrait pas être la leur.

Comme pour Clara (prénom d'emprunt), dix ans, dont le papa âgé de 44 ans est atteint d'un cancer du poumon. Pendant les vacances de carnaval, il s'est senti fatigué alors qu'il était en montagne. Difficultés respiratoires, vomissements importants, syncopes, rapatriement, hospitalisation et verdict. Clara sentait que la situation était sérieuse. Mardi, elle entend son père prononcer le mot cancer. A l'espace enfant, elle a réalisé un magnifique ange en plâtre pour lui. Un ange gardien qui l'aidera à affronter les séances de radiothérapie et de chimiothérapie prescrites.

JOUR DE FÊTE?

Sa maman dort toutes les nuits à l'hôpital. «Ici, à l'espace enfants, je peux dire ce que je ressens et dont je n'ai pas envie de parler à tout le monde»

Explique Clara. Pendant qu'elle parle, une jeune maman arrive avec ses deux filles dont le grand-père est malade. Elles commencent vite à découper un bouquet de fleurs en papier pour leur grand-père. Une famille de quatre enfants vient de quitter l'espace et la décharge émotionnelle de l'après-midi a été importante. Car il y avait aussi Christian (prénom d'emprunt), cinq ans, dont la maman atteinte d'un cancer du foie depuis quatre ans vient à nouveau d'être hospitalisée. Elle ne sait plus marcher, ne peut pas porter son enfant, ne peut pas le conduire à l'école, n'ose pas rêver à un week-end en bord de mer. Dans la chambre d'hôpital partagée avec une dame beaucoup plus âgée, Christian ne tient pas en place. La télécommande, la lumière du lit, tout l'attire. Comme les bras de sa maman. Il vient de Tournai et promet d'être sage pour pouvoir revenir le lendemain au lieu d'aller à l'école. Christian s'assume déjà presque seul. Il a appris à faire la vaisselle, à mettre la mayonnaise à table. Il a lui aussi réalisé deux moulages, a dessiné des coeurs cassés puis réparés.

Ensemble, à l'espace enfants, les petits ont joué avec une poupée. Des jeux qui n'avaient rien d'anodin. On dessine la radio du pied cassé du bébé, on lui met un plâtre, on l'opère, on écoute son coeur battant trop vite ou pas assez et parfois, il meurt.

Le mercredi est presque jour de fête pour toutes ces personnes meurtries. Le papa de Christian voudrait tant que le lieu soit aussi ouvert le samedi et le dimanche car quand il vient pour la journée avec son fiston, il a l'impression de mettre le petit en prison.

Pour canaliser ces émotions, une personne compétente et dévouée du nom de Sophie Buyse, psychothérapeute à l'asbl Cancer et Psychologie. C'est entre autres grâce à elle, ainsi qu'à sa collègue Béatrice Gaspard, qu'existe un tel lieu à Erasme depuis trois ans et à Bordet depuis deux ans.

Outre le matériel varié, peintures, plâtre, poupées, modèle réduit de squelette, papier, crayons, c'est toute une forme d'expression, parfois autre que la parole, qui est mise à la disposition des hôtes qui apportent leur lot d'inquiétude, de respiration, de non-dits, de mots lourds et de gestes forts. Chaque enfant attend le mercredi.

A sept heures du soir, le local est vide. Clara est alors dans la chambre de son papa au moral de battant. Malgré les rayons, il se sent bien. Il est entouré par ses proches, ses neveux et nièces et le personnel hospitalier qu'il trouve tellement dévoué. La petite famille soudée décide de manger en bas puisque la maladie le permet. L'heure est venue de prendre congé et de quitter cet étrange huis clos. Au rez-de-chaussée, dernier regard furtif et ému vers Clara, qui entre à la cafétéria en glissant sa main dans celle de son papa.

© La Libre Belgique 2001