D evant la jolie villa blanche d’Ekeren, un des beaux quartiers d’Anvers, la voiture est prête à partir. Le porte-vélo est déjà installé. Cet après-midi de fin juillet, Wilfried Brackeva, alias "Monsieur De Coninck", ira chercher sa caravane puis partira en vacances avec sa ministre de l’Emploi d’épouse. Direction les Pays-Bas, puis la mer Baltique, dans le nord de l’Allemagne. Mais avant cela, le mari de Monica De Coninck (SP.A) prend encore le temps de recevoir "La Libre".

"Orange mécanique"

On sonne. Un homme à la moustache généreuse vient accueillir les visiteurs. Sourire engageant, pieds nus, T-shirt décontracté, Wilfried Brackeva est manifestement déjà en mode vacances. "Venez sur la terrasse", lance-t-il, dans un français plus que correct. Avant de se prêter au jeu de la pose photo, il décide de changer de T-shirt. Celui-ci, aux couleurs du film "Orange mécanique" - "un cadeau de mon fils, j’ai vu le film au moins dix fois" -, pourrait faire peur. Il en enfilera un blanc, plus sobre. Dommage…

La terrasse en bois donne sur un jardin soigné, au fond duquel passe le chemin de fer menant au port d’Anvers. "Il y roule plusieurs centaines de trains de marchandises par jour, mais je ne les entends plus", confie "Monsieur De Coninck". Cela fait vingt-cinq ans que lui et son épouse, rencontrée à l’université de Gand, ont élu domicile ici. A l’époque, ils donnaient tous deux cours de morale en secondaire. Aujourd’hui, M. Brackeva est directeur d’athénée à Brasschaat, le district voisin, tandis que son épouse a quitté l’enseignement - "elle en avait marre que rien ne change à l’école année après année" - pour la politique, d’abord dans les organisations de jeunesse du Parti socialiste, puis dans les cabinets de Leo Peeters et de Charles Picqué, ensuite à Ekeren, à la province et, enfin, au CPAS d’Anvers, dont elle prendra la présidence, avant de débarquer au ministère de l’Emploi à l’avènement de Di Rupo Ier.

La mousse à raser de l’Aldi

M. Brackeva (un nom de famille à la consonance est-européenne, mais qui remonte au Mouscron du XVIe siècle), lui, est resté fidèle à l’école. Parce qu’il aime trop cela. Et parce qu’il déteste les bouchons. "Cela me rend psychopathe", lâche-t-il, hilare. D’où, peut-être, cette passion pour "Orange mécanique"…

Avoir une épouse ministre, c’est difficile ? "Non, tranche-t-il sans hésiter. Pour moi, la période la plus difficile, c’est quand j’étais encore prof de morale et que Monica travaillait dans les cabinets à Bruxelles. Elle partait à 7h du matin et revenait à 22 ou 23h. Je devais m’occuper seul de notre enfant. Quand on est parent seul, on n’est plus si libre". Aujourd’hui, leur fils a trente ans. Et Wilfried Brackeva s’accommode bien de l’agenda chargé de son épouse. "Son absence ne me gêne plus. Je n’ai jamais demandé à Monica à quelle heure elle rentrait à la maison. Juste s’il fallait lui prévoir quelque chose à manger. Si elle rentre à 23h ou minuit, cela ne me dérange pas. Moi, je dors et je n’entends plus rien."

Mais les moments à deux ne lui manquent-ils pas ? "Ces moments sont rares, c’est vrai, mais je vois dans mon entourage que beaucoup de gens passent du temps en couple, et sont plus malheureux que moi. Cela dépend du caractère de chacun. L’avantage, quand on n’est pas ensemble, c’est qu’on ne se dispute pas", rigole-t-il.

Du reste, le portefeuille attribué à la socialiste anversoise n’a quasi rien changé à la vie du couple Brackeva-De Coninck. Même si on leur dit souvent qu’avec un salaire de ministre, ils pourraient se payer des vacances dans de beaux hôtels, ils restent fidèles à leur caravane. "On est plus libre en caravane, commente Wilfried Brackeva, en tirant sur sa cigarette. On prend son petit-déjeuner quand on veut. Et se doucher dans une salle de bains commune, tant qu’elle est propre, cela ne nous gêne pas, ni moi ni Monica".

De même, la ministre et son mari continuent à faire une partie de leurs courses à l’Aldi. "La mousse à raser de l’Aldi est aussi bonne que celle des autres magasins, hein ! Et le vin de l’Aldi, je le conseille à tout le monde. Ce qui est parfois gênant, dans les grandes surfaces, c’est quand les gens regardent de manière ostentatoire ce qui se trouve dans le caddie. Et si on achète des bouteilles d’alcool, ils se demandent peut-être si la ministre n’a pas un problème, ou son mari…"

Le pays de Cocagne n’existe pas

Quant aux apparitions publiques du couple, il est arrivé - rarement - qu’elles soient perturbées par l’interpellation d’un mécontent de la politique menée par la présidente du CPAS ou la ministre. "Mais les gens ont une perception partielle et subjective de la politique. Ils se sentent victimes, mais en politique, on ne peut contenter tout le monde. La politique, c’est faire des choix. Et chez Monica, ces choix sont partiellement inspirés par une idéologie socialiste, mais aussi par un certain réalisme. L’utopie, malheureusement, cela n’existe pas. Le pays de Cocagne n’existe pas."

Ou alors peut-être en Allemagne, quand on la visite avec son épouse, en caravane, au beau milieu de l’été…