Belgique

J’ai été victime d’un "acte totalement gratuit. J e n’ai rien fait." Ce sont quasiment les derniers mots de Kevin Marichal. Il les a soufflés, le 14 janvier 2011, à un homme qui l’a soutenu alors qu’il titubait, à l’entrée du parc Georges Henri, à Woluwe-Saint-Lambert.

Il saignait abondamment du cou, il avait des plaies à la poitrine et dans le bas du ventre, qui laissait apparaître ses organes internes. Les secours seront vains : à 21 h 15, deux heures plus tard, ce jeune homme de 29 ans, agressé alors qu’il faisait son jogging, avait cessé de vivre.

L’homme qui l’a secouru parlera de deux agresseurs. Il insiste sur le fait que celui qu’il qualifie d’agresseur principal était dans "un état colérique invraisemblable", qu’il "hurlait de toutes ses forces".

Celui-ci "s’acharnait sur la victime et voulait aller juqu’au bout, dans le sens de ne plus laisser de chance à la victime de pouvoir témoigner". Le deuxième, explique-t-il, était quelque peu en retrait.

Une dame, qui revenait avec ses emplettes sur les bras, indiquera que Kevin Marichal semblait vouloir échapper à ses agresseurs et que la violence des coups portés l’a convaincue que ceux-ci voulaient tuer. Elle se dira "glacée, terrifiée" par la froideur de l’auteur principal, qui avait l’impression d’être en terrain conquis.

Une enquête compliquée

Les policiers exploitent les caméras de surveillance, installées dans le parc et dans les stations de métro toutes proches. Les premières montrent trois jeunes dans le parc : deux ressemblent à ceux qui ont commis l’agression. On les reverra dans le métro, utilisant une carte des transports intercommunaux Mobib dont le titulaire pourra être identifié. Des examens sur le trafic GSM seront également menés.

Le recoupement de ces informations conduira à l’interpellation de trois mineurs, âgés de 16 et 17 ans, originaires de l’ex-Union soviétique le 24 mars 2011.

Le rôle d’un de ces jeunes, Christian, est périphérique. Il n’aurait assisté qu’au début de la "bagarre". Il explique notamment qu’ils ont bien erré dans le parc et qu’ils y ont consommé pas mal d’alcool. Au moment où ils le quittaient, Victor aurait dit à ses deux compagnons qu’il avait envie de "coller un coup de poing à quelqu’un". Et Victor aurait abordé Kevin Marichal, à qui il a asséné ce coup de poing, sans raison apparente.

Mais l’inconnu est robuste. Il ne se laisse pas faire et riposte. Si bien qu’Arsen a voulu aider Victor car il voyait que ce dernier avait le dessous.

Deux jeunes déracinés

Mais Kevin Marichal était vraiment très fort : Arsen tombe lui aussi deux fois au sol. Il se redresse, sort son couteau, ouvre la lame. Il frappe, frappe et frappe. Kevin Marichal est atteint de 41 coups de couteau.

Victor prétendra d’abord qu’il n’a pas vu le couteau d’Arsen avant de préciser : "Je ne voyais plus le couteau parce qu’il frappait si vite que je ne voyais plus."

Les deux agresseurs, après avoir abandonné Kevin Marichal, ont rejoint Christian. Ce dernier sera le seul qui ne fera pas l’objet d’un dessaisissement.

Arsen est arrivé en Belgique avec sa mère alors qu’il allait avoir six ans. Celle-ci lui avait toujours fait croire qu’il était le fruit d’une insémination artificielle. Ce n’est qu’après son placement en IPPJ qu’il a appris qu’il avait bien un père.

En Belgique, avec ses traits asiatiques, il explique qu’il s’est toujours senti comme à part, comme un étranger parmi les étrangers.

Victor n’était arrivé en Belgique que 18 mois avant les faits. Les psychiatres ont relevé qu’il n’exprimait qu’un regret de façade et que ce qu’il a commis continue à s’apparenter pour lui à un fait d’armes.

Après avoir été placés en IPPJ, les deux jeunes ont été transférés au centre fédéral fermé pour jeunes de Saint-Hubert. Arsen, a relevé le personnel de l’IPPJ, ne ressent ni culpabilité, ni empathie. Victor, jugeront les experts, garde toujours un gros problème d’agressivité.

Arsen et Victor comparaissent à partir de ce jeudi devant la cour d’assises de Bruxelles, qui siégera à Nivelles. Ils répondent de meurtre.