L'attentat perpétré lundi soir contre la mosquée Rida a provoqué de nombreuses réactions d'indignation. L'auteur de l'attentat aurait proférer des paroles hostiles aux chiites. S'agit-il d'un activiste sunnite ? L'enquête devra l'établir. Des représentants musulmans avaient en effet mis en cause lundi soir le mouvement salafiste sunnite dans l'incendie criminel qui a fait un mort et trois blessés.

Dans un communiqué, la Diyanet de Belgique, le réseau de mosquées liées à la direction des affaires religieuses turques, a fait savoir que rien n'ébranlera l'unité des musulmans de Belgique. "Nul ne réussira à atteindre l'unité et le sentiment de fraternité des musulmans de ce pays" a-elle réagi.

Tout comme les communautés juive, catholique et protestante, la Diyanet a présenté ses condoléances et a condamné "cet acte d'une extrême violence" en exprimant son "indignation".

Pour la Diyanet de Belgique, "cette attaque est le fruit d'un extrémisme qui tente à déstabiliser l'unité de la communauté musulmane de Belgique". La Diyanet se dit convaincue "que la communauté musulmane de Belgique, comme par le passé, surmontera ces difficultés dans le calme et avec sagesse".

L'Exécutif des musulmans appelle au calme et au dialogue

L'Exécutif des musulmans de Belgique (EMB) a lancé mardi "un appel au calme et à la retenue" et a prôné un renforcement du "dialogue" et "du vivre ensemble" de tous les musulmans de Belgique. L'EMB a condamné l'attaque "avec la plus grande fermeté". "Rien ne peut justifier une telle violence, quels qu'en soient les auteurs et leurs motivations".

L'EMB souligne enfin que les musulmans de Belgique "aspirent à vivre dans la paix et l'entente avec tous leurs concitoyens, quelles que soient leurs croyances, origines ou convictions".

Pas de mesure spécifique au niveau national

Aucune mesure spécifique au niveau national ne sera prise après l'attaque perpétrée contre la mosquée Rida à Anderlecht. Le Centre de crise de l'Intérieur a pris cette décision lors d'une réunion mardi midi.

La ministre de l'Intérieur, Joëlle Milquet, et le Centre de crise de l'Intérieur ont tenu mardi midi une réunion relative à l'attaque contre la mosquée Rida. La police locale de Bruxelles, le parquet de Bruxelles, la police fédérale et l'Organe de coordination pour l'analyse de la menace (Ocam) ont participé à cette réunion.

Le parquet de Bruxelles mène actuellement une enquête judiciaire sur l'attaque.

"En tenant compte de l'état actuel de l'enquête, les différents services de sécurité ont échangé des informations et estimé qu'il n'était pas nécessaire de prendre des mesures au niveau national", a expliqué Peter Mertens, le porte-parole du Centre de crise.

Le bourgmestre d'Anderlecht a déjà pris des mesures préventives lundi soir. La zone de police Bruxelles-Midi a ainsi élevé son niveau de vigilance. Des agents patrouillent aussi de manière intensive à proximité des mosquées d'Anderlecht.

Les services locaux et nationaux continuent cependant de suivre l'affaire attentivement.

Le respect des croyances est le garant d'une vie commune harmonieuse

"Le respect des croyances de chacun et la laïcité de l'espace public sont les garants d'une vie commune harmonieuse", a déclaré mardi le Centre d'Action Laïque (CAL), après l'attaque perpétrée lundi soir.

Tout comme les communautés juive, catholique, protestante et turque, le Centre d'Action Laïque a exprimé son soutien vis-à-vis de la communauté musulmane. Le CAL dit espérer "que le bon sens de l'immense majorité de ses membres continuera de l'emporter sur les tentatives de déstabilisation menées par quelques irréductibles fanatiques".

Se basant sur l'hypothèse actuelle qui évoque un acte perpétré par un salafiste, le Centre d'Action Laïque souligne que l'attaque "démontrerait une nouvelle fois combien le fanatisme religieux, l'intolérance et la volonté d'hégémonie de certaines factions religieuses peuvent fragiliser tout l'édifice d'une société multiple basée sur le respect mutuel".

Dès lors, pour le CAL, "le respect des croyances de chacun et la laïcité de l'espace public sont les garants d'une vie commune harmonieuse".

Une marche blanche sera organisée dimanche à 14h00

Le Centre culturel et islamique Rida, auquel est rattachée la mosquée, organisera une marche blanche dimanche 18 mars à 14h00 à la mémoire de Abdallah Baddou, l'imam mort lors de l'attaque contre la mosquée.

Le cortège s'élancera de la mosquée Rida, sise rue Docteur de Meersman à Anderlecht, pour rejoindre le Palais de Justice de Bruxelles, a indiqué le Centre Rida. Cette "marche blanche de type citoyen" est organisée à la mémoire de l'imam Abdallah Badou, mort lors de l'incendie de la mosquée Rida lundi.

Elle visera aussi à "empêcher que ce genre d'événement se reproduise", a déclaré Kamel M'Rabet du Centre Rida lors d'une conférence de presse mardi. "Ce sera un appel à la tolérance et au dialogue."

La marche sera organisée par le Centre Rida, avec l'aide des différentes mosquées de la commune, espère M. M'Rabet. Le chef de cabinet du bourgmestre d'Anderlecht a confirmé l'autorisation de la tenue de cette marche blanche dimanche à 14h00.

L'auteur voulait faire peur à la communauté chiite

L'homme interpellé lundi dans le cadre de l'attentat contre la mosquée chiite Rida à Anderlecht a accompli son acte afin de faire peur à la communauté chiite présente en Belgique. Il estime la communauté chiite responsable de la situation en Syrie, a indiqué le suspect lors de son audition devant la police et le juge d'instruction, a indiqué le parquet de Bruxelles mardi soir.

L'homme, probablement âgé d'une trentaine d'années, est actuellement maintenu en détention. "Le suspect a expliqué que les images de ce qui se passait pour le moment en Syrie, avaient eu un effet important sur lui", a noté le porte-parole du parquet Jean-Marc Meilleur. "Ce qui l'a incité à faire peur à la communauté chiite, responsable, selon lui, de la situation en Syrie. Il a dit être un musulman sioniste mais qu'il ne s'agissait en aucun cas d'un acte de vengeance. Il n'aurait également pas eu l'intention de tuer quelqu'un, il voulait simplement poser un acte."

L'homme aurait décidé il y a une quinzaine de jours déjà de commettre les faits et aurait agi totalement seul, selon ses dires. La juge d'instruction Marie Dagnely a maintenu l'individu en détention lundi soir et l'a poursuivi pour incendie volontaire ayant entraîné la mort d'une personne, avec pour circonstances aggravantes que le feu a été bouté pour des motifs religieux.

"L'homme n'est néanmoins pas encore poursuivi pour terrorisme, mais cela pourrait être le cas", selon le porte-parole du parquet. "Une concertation à ce sujet doit d'abord être menée avec le parquet fédéral, compétent pour les faits de terrorisme."

L'identité exacte de l'individu n'a pas encore été confirmée. Il a décliné trois identités différentes mais aucune d'entre elles n'a été reconnue par la police ou la justice.

"L'homme prétend être de nationalité marocaine et a probablement une trentaine d'années", poursuit le porte-parole du parquet. "C'est plus ou moins l'âge qu'il a lui-même avoué avoir. Il prétend également être en séjour illégal sur le territoire belge, mais a refusé de dire où il était établi. Son passeport s'y trouverait probablement".

Le suspect a enfin indiqué que son intention était de se rendre lui-même à la police, s'il n'avait pas été interpellé.