Le principal suspect dans la tuerie du Musée juif de Bruxelles aurait également été l'un des gardiens de James Foley.

Mehdi Nemmouche, l'auteur présumé de la fusillade au Musée Juif de Bruxelles en mai dernier, aurait été l'un des geôliers des otages occidentaux détenus par l'Etat islamique (EI) en Syrie, selon plusieurs témoignages, indique samedi le quotidien français Le Monde. Ces témoignages feraient partie des informations transmises par la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI) à la section antiterroriste du parquet de Paris. Il s'agit notamment de témoignages d'ex-otages journalistes français libérés le 20 avril, poursuit Le Monde.

Le djihadiste français Mehdi Nemmouche a séjourné en Syrie dans les rangs de l'Etat islamique (EI), avant son arrestation en France pour l'attentat perpétré au Musée Juif de Bruxelles.

Certains ex-otages évoquent "une possibilité", tandis que d'autres affichent une plus grande certitude quant à la présence de Mehdi Nemmouche parmi les gardiens de l'EI. Il aurait ainsi été présent sur le lieu de détention en Syrie des quatre journalistes français Didier François, Edouard Elias, Nicolas Hénin et Pierre Torres, enlevés en juin 2013 et libérés en avril dernier.

Depuis leur remise en liberté, ces derniers sont régulièrement consultés par les services secrets français de la DGSI et de la DGSE. Selon certains témoins, Nemmouche n'aurait été qu'un exécutant de base de l'Etat islamique chargé par l'organisation de surveiller les otages occidentaux. Il aurait, néanmoins, fait montre d'une grande brutalité et commis des actes graves, selon Le Monde.

Plusieurs éléments retenus par les services de renseignement font également état de la présence de Mehdi Nemmouche parmi les geôliers de l'ancien otage américain James Foley, égorgé et décapité le 20 août.

Mehdi Nemmouche comparaîtra pour la deuxième fois devant la chambre du conseil de Bruxelles le vendredi 12 septembre prochain. Il est inculpé d'assassinats dans un contexte terroriste. Il avait été transféré de France vers la Belgique en juillet dernier et placé en détention préventive à la prison de Bruges. Nemmouche est soupçonné d'avoir ouvert le feu au Musée Juif de Bruxelles le 24 mai dernier, entraînant la mort de quatre personnes.


Hénin: "Quand Nemmouche ne chantait pas, il torturait"

L'interview de Nicolas Hénin devait rester secrète, mais l'hebdomadaire Le Point, son employeur, a publié des extraits de son témoignage "glaçant" après que Le Monde a révélé que Nemmouche "aurait été l'un des geôliers des otages occidentaux détenus" en Syrie par l'Etat Islamique (EI).

Le ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve, sans entrer dans les détails, a confirmé que les services avaient "transmis à la justice des éléments laissant à penser qu'il (Nemmouche) aurait pu être le geôlier de nos otages" dès que les autorités ont été en possession de ces informations.

"C'est à la justice de faire son travail. Ce funeste personnage doit être jugé, il le sera," a poursuivi le ministre.

Dans les premiers extraits de son témoignage, Nicolas Hénin décrit un Nemmouche "membre d'un petit groupe de Français dont la venue terrorisait la cinquantaine de prisonniers syriens détenus dans les cellules voisines. Chaque soir, les coups commençaient à pleuvoir dans la salle dans laquelle j'avais moi-même été interrogé". "La torture durait toute la nuit, jusqu'à la prière de l'aube. Aux hurlements des prisonniers répondaient parfois des glapissements en français", ajoute-t-il.

"Quand Nemmouche ne chantait pas, il torturait", écrit le journaliste, dont le récit évoque selon Le Point un geôlier "égocentrique et affabulateur pour qui le djihad n'est finalement qu'un prétexte pour assouvir sa soif maladive de notoriété. Un jeune homme paumé et pervers".

Marie-Laure Ingouf, avocate de Nicolas Hénin, a confirmé à l'AFP que "Nemmouche était un de ses geôliers". "Tous les otages le confirment. Ils ont vécu avec lui pendant plusieurs mois," a-t-elle dit.

Le tueur présumé du musée juif de Bruxelles s'est "occupé" du journaliste entre juillet et décembre 2013, selon Le Point. Peu après la libération des quatre journalistes français, le ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius avait indiqué que certains de leurs geôliers s'exprimaient en français. En France, une enquête préliminaire a été ouverte par le parquet de Paris, en 2013, pour "enlèvement et séquestration en relation avec une entreprise terroriste" suite à l'enlèvement des journalistes français en Syrie. Une autre l'a été après l'arrestation de Mehdi Nemmouche pour "assassinat, tentative d'assassinat, détention et transport d'arme en lien avec une entreprise terroriste".