"Il faut modifier la loi contre l'antisémitisme", demande Joël Rubinfeld, le président de la Ligue belge contre l'antisémitisme (LBCA), un an après la tuerie perpétrée au Musée Juif de Belgique. Pour lui, les législations qui répriment le racisme et le négationnisme ne sont pas adaptées à "l'antisémitisme contemporain, c'est-à-dire l'antisionisme". Il attend une solution "à long terme" afin de redonner confiance aux Juifs de Belgique, dont environ 250 ont émigré en Israël l'an dernier. Après l'attentat au Musée Juif, les autorités ont placé sous vigilance renforcée les sites liés à la communauté juive (synagogues, écoles, ...) et mobilisé l'armée pour assurer leur protection. "Le gouvernement a pris au sérieux la menace, n'en déplaise à certaines ONG qui demandent le retrait des militaires", commente Joël Rubinfeld.

Pour autant, "à long terme, ce n'est pas une solution. Il faut aller au coeur du problème", dit-il depuis Israël, où il assiste à une conférence internationale sur l'antisémitisme. "Il faut identifier et nommer l'antisémitisme contemporain. La loi permet de lutter contre sa forme traditionnelle. Mais celle qui tue aujourd'hui, c'est l'antisionisme, qui substitue l'Etat juif à l'individu juif et fait 'collaborateurs' les Juifs de la Diaspora."

L'ex-président du Comité de coordination des organisations juives de Belgique (CCOJB) considère comme antisioniste quiconque nie à Israël le droit d'exister. "Critiquer la politique d'Israël est un droit démocratique. Mais vouloir rayer ce pays de la carte, c'est vouloir tuer des millions de Juifs. Comme il n'est plus de bon ton de cibler les Juifs, on parle de sionistes. Mais on sait bien que ce sont les Juifs qui sont visés", justifie M. Rubinfeld.

Pour distinguer ce qui relève de la critique légitime de l'antisionisme antisémite, il se réfère aux trois critères développés par Natan Sharansky, le président de l'Agence juive pour Israël: la diabolisation d'Israël, sa délégitimation et le recours à des doubles standards.

Cette nouvelle forme d'antisémitisme se développe partout en Europe occidentale, estime-t-il. En réaction au conflit israélo-palestinien? "J'espère que demain Palestiniens et Israéliens vivront main dans la main. Mais on ne peut être tributaires d'un conflit qui se passe à 4.000 km de chez nous. Les Chinois qui vivent ici sont-ils inquiétés à cause du Tibet? Les Turcs à cause du génocide arménien? Le conflit israélo-palestinien n'est qu'un prétexte", répond le co-fondateur de la LBCA.

"Il faut se réveiller aujourd'hui avant qu'il ne soit trop tard. Pour tout le monde, et pas seulement les Juifs. Après le nazisme, l'Europe fait face à un nouveau totalitarisme: l'islamisme", poursuit celui qui fut un temps vice-président du Parti populaire.

"A Bruxelles, Yvan Mayeur (le bourgmestre PS, NDLR) ne réagit pas quand on crie 'mort aux Juifs' lors de manifestations anti-israéliennes. J'ai l'impression que la prise de conscience est plus forte en Flandre, même si je reste prudent", ajoute-t-il, en référence à la politique du bourgmestre d'Anvers Bart De Wever (N-VA).

En 2014, le Centre interfédéral pour l'égalité des chances a enregistré 130 signalements faisant mention de l'antisémitisme et/ou du négationnisme, contre 85 en 2013.

Quelque 250 Juifs de Belgique ont émigré en Israël l'an dernier et ils sont 52 à être partis depuis janvier, selon les chiffres de l'Agence juive pour Israël. L'organisation, qui facilite les installations dans l'Etat hébreu, constate une hausse de la fréquentation de ses salons dédiés à l'Alyah ("montée vers Israël") depuis la fusillade au Musée juif. Les départs, eux, sont en augmentation depuis près de cinq ans. L'attaque perpétrée à Bruxelles l'an dernier n'a jusqu'à présent pas accéléré cette évolution, selon l'Agence.