Belgique

QUE NAPOLÉON AIT PERDU à Waterloo, qu’il ait dû fuir face à l’ennemi, il n’y a pas l’ombre d’un doute. Mais que, comme le raconte Blücher et l’évoquent de nombreux tableaux, il ait juste eu le temps de quitter son landau par la porte de gauche alors qu’un officier prussien ouvrait la porte de droite, ce n’est que pure légende.

En réalité, ayant quitté le champ de bataille presque contraint et forcé par son état-major, Napoléon rejoignit son quartier général où il pensait pouvoir embarquer dans sa berline (en fait, sa dormeuse) et rentrer à Paris. Mais, au moment où l’Empereur arriva au Caillou, sa voiture et celles de sa suite n’y étaient plus. Elles avaient été parquées plus au Nord, près de la Belle-Alliance, à proximité des combats. Napoléon prit donc, à cheval, la direction de Genappe où il trouva, presque par hasard, un landau de sa cour que, fatigué, il s’empressa de faire atteler. Mais, retardé par la déroute de ses troupes et l’impossibilité de traverser, en voiture, le goulot de Genappe, il ne put aller bien loin.

Voyant les Prussiens approcher, l’Empereur remonta à cheval, traversa la Dyle et rejoignit, non sans mal, les Quatre-Bras. Selon des témoins, il devait approximativement être une heure du matin. Escorté par un escadron de chasseurs à cheval, Napoléon put ensuite poursuivre son chemin, traversant la Sambre à Charleroi et arrivant à Philippeville, à l’auberge du Lion d’Or, vers les 9 heures du matin. Bien loin des Prussiens…


Les pérégrinations des voitures de l’Empereur

S’il est un fait établi, c’est bien la capture par des Prussiens d’un certain nombre de berlines de l’Empereur. Mais leur destin reste une véritable bouteille à l’encre.

L’HISTOIRE A RETENU le nom du major Heinrich Eugen von Keller comme étant l’officier prussien à avoir mis la main sur le landau de l’Empereur. C’est tout à fait exact, l’homme ayant même envoyé sa "prise" vers son domicile, à Dusseldorf, où elle arriva le 25 juin 1815. Mais von Keller s’empara aussi du landau abandonné par l’Empereur à Vieux-Genappe. Il présenta cette deuxième prise à Blücher, en veillant toutefois à ne pas évoquer le sort de la première berline. Le vieux feld-maréchal était tellement ravi de ce cadeau qu’il écrivit sa joie à sa femme et s’empressa d’envoyer le landau dans la propriété familiale de Radun où il resta jusqu’en 1973, date à laquelle la famille Blücher l’offrit à la Malmaison.

Pas un seul instant, Blücher ne s’imagina qu’un de ses officiers s’était joué de lui. Car la véritable berline, la "dormeuse" de l’Empereur, von Keller, voulant sans doute se donner bonne conscience, va l’offrir au Prince-Régent. Mais le futur Georges IV, qui détestait Napoléon et se souciait peu de posséder un tel souvenir, s’empressa de revendre son cadeau, pour la coquette somme de 2 500 livres, à un certain William Bullock, propriétaire de "L’Egyptian Gallery", un musée privé londonien, spécialisé dans l’organisation d’expositions thématiques.

C’est ainsi que, en 1816, plus de 200 000 personnes payèrent un shilling pour venir admirer un certain nombre de reliques napoléoniennes, dont la "berline de Waterloo" et le cheval Marengo. L’exposition eut un tel succès que son initiateur la fit voyager dans toute l’Angleterre. Pour l’animer, il avait même recruté un certain Hornn, qui affirmait avoir été le dernier postillon de l’Empereur. Encore une légende. À la mort de Bullock, la berline fut cédée, en règlement d’une dette, à un voiturier qui ne tarda pas à la revendre à la Maison Tussaud qui avait aménagé une salle "Napoléon" avec des objets récupérés en France, en Italie et même à Sainte-Hélène. C’est là qu’elle disparut à jamais, le 18 mars 1925, date à laquelle le musée fut dévasté par un violent incendie. Seul subsiste un essieu calciné de cette relique, devenu la propriété, lui aussi, de la Malmaison.