Reportage

Alui seul, Alain Mathot justifie ce constat péremptoire posé autrefois par Bart De Wever : "Les Wallons aiment bien donner des bisous" . C’est qu’en matière d’embrassades, d’accolades, de bisous, voire de tapes amicales, Alain Mathot, tête de liste pour le PS à Liège, n’a de leçon à recevoir de personne. Il est 13h30, ce jeudi, et le bourgmestre de Seraing est sur ses terres : salle Guy Mathot où l’Amicale des pensionnés socialistes organise un "déjeûner-dansant". Trois cents retraités, donc, et Alain Mathot qui s’en va les embrasser un à un, entre le potage et le lapin aux pruneaux. " Alain !, pas de sel dans le potage, c’est mauvais pour ton cœur !" , lui intime d’ailleurs une pensionnée bien en chair.

Et voilà Mathot Jr qui prend le micro, acclamé par ces centaines de seniors endimanchés. Un air de country est joué au synthétiseur et Alain attaque sur le thème des retraites, fustige l’Ecolo Javaux, puis enfourche son cheval de bataille : la fraude fiscale. "Il y a entre 20 et 30 milliards d’euros à récupérer en Belgique !", s’enflamme-t-il. Le discours est rodé, deux guest-stars sont à ses côtés et opinent du chef : Guy Coëme et Gaston Onkelinx. Voilà donc Gaston (NdlR, oui, le papa de Laurette) qui monte aux barricades : "Tout ceci, camarades, c’est la faute du fiston De Croo ! Vous devez aller voter, il faut préserver nos retraites et la sécurité sociale, nous devons être les plus forts pour contrer les libéraux !". Puis les baffles se remettent à crachoter l’air country.

Tôt dans la matinée, Alain Mathot était à Bruxelles. Passage sur les ondes de Bel-RTL et à Twizz radio. A l’inénarrable Pascal Vrebos qui l’interroge sur l’animal dans lequel il aimerait se réincarner (sic), Mathot, du tac-au-tac : "En tigre ! D’ailleurs, j’ai toujours trouvé cela très triste, les tigres en cage" Passage par le boulevard de l’Empereur, le siège du Parti socialiste, pour l’enregistrement d’une capsule vidéo qui sera diffusée sur Internet. L’affaire est rapidement dans le sac, le discours sur la fraude fiscale est rôdé. Alors, stressé d’être tête de liste dans un bastion socialiste tel que la province de Liège ? Et puis, qu’est-ce que cela fait d’avoir relégué le poids lourd Michel - "Papa" - Daerden en dernière place sur la liste ? "Je ne suis pas d’un naturel stressé, les autres stressent pour moi, dit-il. Il n’y a pas de pression particulière d’être tête de liste, bon, on sent vraiment tout le monde qui se fédère derrière soi. Moi, je sais qu’il faut que je fasse campagne sur toute la province et qu’on maintienne au moins le nombre de six députés liégeois"

Il est tiré à quatre épingle; chemise noire, veste noire. Allez, il est 10h, le compas est mis sur Herstal, le fief de Frédéric Daerden. On croise le bus Mathot qui sillonne les rues de la province de Liège, et on cale sur la place communale de Herstal. C’est jeudi, c’est jour de marché, et il y a de l’ambiance. Alain s’enfile une gaufre aux fruits, achète quelques cuberdons et des cerises. Et il fait soif. Première halte au "Romantic". Ici, c’est un peu la "All stars team" du PS liégeois qui se retrouve autour d’une mousse, d’un vin blanc ou d’un ballon de rouge. Dans l’arrière-salle, près du kicker, "Papa" Daerden distribue les accolades. Et embrasse Alain Mathot. Une paix des braves en terres liégeoises, donc. Christophe Collignon et Frédéric Daerden sont là aussi. Alain Mathot fait partager ses trucs et astuces : "Ne jamais vider tes verres quand tu es en campagne sinon tu es caisse (NDLR : saoul) très rapidement", souffle-t-il avec un fort accent du crû Allez, on remet ça deux cent mètres plus loin, au Tchantchès, une brocante couverte. Pas d’agressivité : "Il faut surtout éviter d’entrer dans la sphère privée, chacun a une zone personnelle où il ne veut pas voir entrer un intrus, il faut respecter cela quand on aborde les gens si on distribue des tracts". Marche arrière, on croise le CDH Jean-Denis Lejeune, et on parcourt le marché dans l’autre sens. Un homme l’aborde : "Si je vote pour toi !, je t’aurai à l’œil, hein !", glisse-t-il à Mathot avec un sourire. Il signe quelques autographes sur ses tracts à des jeunes filles, passe machinalement la main dans ses cheveux. Un charmeur, ce Mathot-là. Mais voilà déjà la troisième halte : le Postillon. Face à la maison communale de Herstal, une effigie en carton de Michel Daerden trône à côté du zinc. On boit un coup. Et on met le cap sur Seraing pour le déjeuner dansant de l’Amicale des retraités.

Il est 15h, et Alain Mathot est en retard. RDV a été pris à Grâce-Hollogne pour le goûter de l’amicale des retraités. A la salle Berleur, "c’est plein de souvenir ici, glisse Guy Cöeme, notamment en compagnie d’André Cools". Entre le café et les gosettes, un petit pekêt glace. Roulez jeunesse, une tombola est organisée par l’Amicale, après le tirage au sort, speech commun de Cöeme, Mathot et de Linda Musin. Cöeme : "Je vous le dis, camarades, ne vous abstenez pas !, il faut se rendre aux urnes car les flamingants, eux, iront voter ! Nous n’avons pas le choix si nous voulons préserver ce pays. Au combat !". Alain Mathot embraye : "la sécurité sociale, cela passe par le Parti socialiste, des soins de santé moins chers et accessibles à tous, cela passe par le parti socialiste !" Les 3x20, les 4x20 sont conquis. Mais Alain ne danse pas "Mon père m’a toujours dit ne pas danse avec l’une sinon tu dois danser avec toutes", sourit-il. Et il marche dans les pas de son père.

On l’interroge sur la perquisition dont il a fait l’objet la semaine dernière. Il se dit "perplexe" par rapport à l’agenda judiciaire : "C’est n’importe quoi, à quelques jours des élections". "De toute façon, ça ne mènera à rien, souffle Alain Mathot, je suis complètement clean". Et il ajoute : "je suis quelqu’un de fataliste : c’est que ça devait arriver cette perquisition".

17h, voilà Alain Mathot qui arrive dans le centre de Liège là où le PS a installé son GQ de campagne. A deux pas de la cathédrale Saint-Paul. Un DJ est aux platines pour l’inauguration de ce local - où une permanence des candidats socialistes est assurée. Sur la tracklist, les Jacksons Five par exemple, et les décibels montent. Les plateaux de vin rouge, et les ballons de blanc sont acheminés depuis l’établissement voisin : "On essaye de travailler avec les commerçants du coin, c’est toujours plus sympa", glisse la collaboratrice d’Alain Mathot. C’est une "after work" socialiste, quelques cadres de Ethias ont fait le déplacement depuis l’immeuble voisin, dénotent avec leur cravate. Arrive le camarade Jean-Claude Marcourt. On s’embrasse, évidemment.