En 1999, en Turquie, une élue du "Parti de la vertu", parti islamiste, prétend pénétrer au Parlement en portant le voile. Elle sera déchue de son mandat. La Turquie est le seul pays musulman à avoir organisé la séparation de la religion et de l’Etat, l’héritage de Mustafa Kemal Atatürk.

Faut-il, à Bruxelles, en 2009, se montrer moins sévère que la Turquie à l’égard des élu(e)s qui entendent afficher dans l’hémicycle des signes distinctifs quant à leurs opinions religieuses ?

Bruxelles n’est pas Ankara. Et nos traditions démocratiques ne sont pas celles de la Turquie. Pas plus que celles de l’Arabie Saoudite ou de l’Iran, pays qui appliquent, avec une rigueur qui exclut toute tolérance à l’égard de ceux qui ne partagent pas leurs convictions, la "charia", qui codifie à la fois les aspects publics et privés de la vie d’un musulman. Sous des modes différents, des espèces de régimes de droit divin, comme l’Europe en a connu jusqu’à la Révolution française.

Précisément, depuis deux siècles, les Etats occidentaux séparent, à juste titre, le pouvoir spirituel du pouvoir temporel. Et garantissent aussi, parallèlement, la liberté d’expression, y compris religieuse et laïque.

Et c’est parce que ces valeurs démocratiques sont fortes qu’il ne faut pas craindre que, dans l’enceinte parlementaire, ou peuvent et doivent s’exprimer librement toutes les opinions, y compris religieuses ou laïques, une députée affiche son appartenance.

Le contraire serait comme une révocation de l’Edit de Nantes !