Belgique

Un nouvel incident a retardé, lundi, le procès de l’ancien député régional flamand Christian Van Eyken et de son épouse Sylvia B. poursuivis pour l’assassinat de Marc Dellea, 45 ans, qui était l’ancien compagnon de cette dernière. Le malheureux avait été retrouvé abattu d’une balle derrière l’oreille, le 8 juillet 2014, dans l’appartement qu'ils partageaient à Laeken.

Ce procès, qui se déroule depuis deux semaines dans une ambiance très tendue, a dû être suspendu jusqu’à jeudi. La raison? La défense avant annoncé, vendredi par mail, le dépôt d’une nouvelle pièce censée mettre à mal la thèse du ministère public... qui devait plaider ce lundi après-midi.

Ce matin, à l’entame de l’audience, ce document n’avait toujours pas été tansmis aux parties. Après une courte interruption, le tribunal a décidé de suspendre le procès jusqu’à jeudi, le temps que la pièce soit portée à la connaissance de tous. Il s’agit en fait d’un rapport d’expertise, demandé par la défense, sur le téléphone de Marc Dellea.

Le GSM de la victime

Dans ce dossier d’assassinat, on n’a jamais retrouvé l’arme qui a tué Marc Dellea. On n’a pas non plus pu remettre la main sur son téléphone portable. Entendu la semaine dernière, un enquêteur a affirmé que le GSM n’avait plus été activé au cours de la période litigieuse entourant la mort. Une pièce du dossier montre pourtant que le téléphone “borne” à 2h17, sans qu’on puisse dire que cette activation est manuelle ou automatique) dans le quartier de Laeken, sans que l’on puisse définir s’il était toujours dans l’appartement de la rue Mutsaerd, où Marc Dellea a été tué, ou dans les rues alentour. Or les caméras de surveillance montrent que les deux suspects sont sortis de l’appartement à 1h20.

La thèse qui voudrait que Christian Van Eyken et Sylvia B. aient emporté le GSM de Marc Dellea après avoir commis leur forfait ne tiendrait donc pas, selon la défense. “Le téléphone n’a pas suivi les prévenus”, assène Me Laurent Kennes.

Considérant qu’il s’agit d’un élément nouveau qui devait être pris en considération avant les plaidoiries, le tribunal a suspendu le procès jusqu’à jeudi. Le délai sera mis à profit pour que l’enquêteur entendu la semaine dernière prenne connaissance du rapport de l’expert de la défense et rende à son tour un rapport écrit.

Le procès reprendra -en principe- jeudi matin avec les plaidoiries des parties civiles, avant le ministère public l’après-midi. Sauf nouvel incident.

Énorme enjeu pour les prévenus

Le procès de Christian Van Eyken et de Sylvia B., qui se tient dans une ambiance nerveuse et tendue, avait déjà été reporté à plusieurs reprises, avant son démarrage, le 3 juin dernier. Le dossier avait été correctionnalisé, comme beaucoup d’autres entre 2016 et 2018, avant que la loi "Pot pourri" (qui autorise la soustraction d’une affaire criminelle à la cour d’assises) soit déclarée anticonstitutionnelle.

Si l’assassinat de Marc Dellea est le dernier crime à être jugé par un tribunal correctionnel, les débats prennent souvent l’allure d’un procès d’assises.

Les témoins sont "cuisinés" par les avocats ; certains commentaires sont des plaidoiries avant l’heure ; les échanges sont souvent fébriles entre la défense, d’un côté, les représentants des victimes et le ministère public, de l’autre.

Pour Christian Van Eyken et Sylvia B., son ancienne collaboratrice parlementaire, l’enjeu est de taille. Si la prévention d’assassinat est retenue, ils risquent trente ans de prison.