Nous, nous n’avons rien à voir avec cette crise et ce scandale. Rien. Nos œufs sont certifiés bio. Mais comme tout le monde met l’ensemble du secteur dans le même panier, nous devons désormais tout certifier et tout justifier. Cela demande un travail considérable."

Avec un peu plus d’un million d’œufs produits par an, la Ferme Censier, à Doische, ne subit pas directement les conséquences de la crise liée au Fipronil. Son propriétaire, Jean-Luc Censier, regrette cependant un scandale qui affaiblit tout le secteur.

Deux poids, deux mesures

Philippe Duvivier, président de la Fugea (la Fédération unie de groupements d’éleveurs et d’agriculteurs), fait le même constat. Mais il se montre également très sévère vis-à-vis de l’Afsca (l’Agence fédérale pour la sécurité de la chaîne alimentaire).

"Cette crise prouve qu’il y a deux poids deux mesures dans le traitement des dossiers que réalise l’Afsca. Nous sommes, en effet, très étonnés d’apprendre que l’agence était au courant des risques liés au Fipronil depuis début juin, et qu’elle n’a pas bougé. En effet, dès que l’Afsca a un doute sur la production d’un petit producteur, elle demande l’arrêt immédiat de toute la production au nom du principe de précaution. On remarque donc, une fois de plus, que l’Afsca se montre beaucoup plus souple avec l’agro-industrie et ses entreprises qui bénéficient d’un poids financier conséquent", explique Philippe Duvivier. Stéphanie Delhaye, coordinatrice du Map, le Mouvement d’action paysanne, fait exactement le même constat.

Le règne de l’Afsca

Pour Philippe Duvivier, si les règles imposées par l’Afsca sont identiques partout, les répercussions et les sanctions sont inégales en fonction des entreprises. Cette accusation vient s’ajouter aux interrogations émises par le ministre wallon de l’Agriculture, le CDH Carlo Di Antonio, mais aussi par le secteur agricole belge depuis des années.

"A la Fugea, cela fait dix ans que nous alertons le pouvoir politique et que nous dénonçons le fait que l’Afsca règne en maître absolu sur l’empire agroalimentaire. Nous dénonçons aussi le fait que ses règles, très strictes, obligent de nombreux petits producteurs à mettre fin à leur activité. La politique de l’Afsca fragilise, appauvrit et standardise le monde agricole. Si, désormais, on apprend que l’agence manque de transparence, nous demandons avec insistance au monde politique qu’il revoie son fonctionnement", insiste Philippe Duvivier.

L’Afsca reconnaît qu’elle doit se montrer aussi intransigeante, quelle que soit la taille de l’exploitation. Mais elle n’admet pas qu’on puisse l’acuser de favoritisme. "Au contraire, on fait davantage pour les petites structures afin de les aider à répondre aux exigences légales, insiste Jean-Sébastien Wahlin, le porte-parole de l’agence. Nous avons mis en place une structure pour les accompagner. Par ailleurs, plus de 9 petits producteurs sur 10 reçoivent toujours un avis favorable après nos inspections." Autour de l’Afsca, ses pratiques et les règles nécessaires à appliquer, les ressentis et débats restent donc vifs.