La prison de Forest hébergeait la semaine dernière 658 détenus, pour une capacité d’accueil de 405 places. Un taux de surpopulation intenable dans un tel établissement pénitentiaire, vétuste et délabré. On a d’ailleurs appris que le bourgmestre de Forest, Marc-Jean Ghyssels (PS), se rendrait sur place ce mardi, pour constater lui-même la gravité de la situation.

En juin dernier, face à un problème semblable (plus de 650 détenus), le bourgmestre avait pris un arrêté visant au respect de la capacité d’accueil de la prison. Les détenus entrants étaient systématiquement refoulés - exception faite des individus dangereux - après un contrôle dans la cour de la prison, par mesure de sécurité. La mesure avait été levée huit jours plus tard, quand le nombre de détenus était retombé sous la barre des 600, nombre au-delà duquel la prison n’est plus gérable.

Avec plus de 650 détenus, la cote d’alerte est aujourd’hui de nouveau largement dépassée. Le bourgmestre Ghyssels prendra-t-il une nouvelle décision pour refuser les nouveaux entrants ? On verra ce mardi…

"On n’y mettrait pas des chiens"

Toujours est-il qu’entre les murs de l’établissement pénitentiaire, la situation est (re)devenue infernale, comme en témoigne l’ex-sénatrice CDH Clotilde Nyssens, membre de la commission de surveillance de la prison de Forest. Cet organe de contrôle externe à la prison, composé de bénévoles, est chargé de vérifier les conditions de détention derrière les barreaux. Commissaire chargée de cette mission en novembre, Mme Nyssens est ressortie de son tour "plus impressionnée encore que d’habitude" .

Dans 117 cellules, les détenus sont en trio - entendez à trois sur 9 m². Un exemple : la cellule 1241. "Il y a un lit superposé, un matelas par terre le long de la fenêtre, recroquevillé sur les deux bouts. Les murs sont tout abîmés, pleins d’humidité avec la peinture qui s’écaille et le radiateur qui ne fonctionne pas. Les draps de lit sont noirs parce qu’on ne les change qu’une fois par mois et les détenus ont été privés de papier de toilette parce qu’il en manquait toute la semaine dernière , décrit Mme Nyssens. C’est une vie quotidienne inhumaine et dégradante : on ne mettrait pas des chiens dans ces cellules et tout homme normalement constitué ne résisterait pas plus de 24 heures sans péter un câble." D’autant que les détenus y restent confinés vingt-trois heures sur vingt-quatre.

Vexations

Sauf si on "oublie" de les appeler ou préau… Auquel cas, ils restent toute la journée en cellule. Si la majorité des agents pénitentiaires, qui travaillent aussi dans des conditions épouvantables, font bien leur métier, qu’ils apprennent souvent sur le tas, et ont le sens des relations humaines, il y a quelques matons, en particulier à l’aile D, qui multiplient les vexations, les insultes, voire les agressions physiques. "J’insiste : cela provient de certains agents seulement."

Qu’il est pourtant difficile d’identifier. Par peur de représailles, les gardiens de prison refusent de porter un badge d’identification. Ils craignent que des "amis" de détenus les retrouvent et leur tombent dessus à l’extérieur. De leur côté, les détenus ont aussi peur de dénoncer des actes de violence, marginaux, "mais qui existent" .

Au cachot

Cela étant, malgré les conditions d’insalubrité de la prison de Forest, directeur et personnel parviennent encore à assumer jusqu’à 600 personnes, indique Clotilde Nyssens.

Au-delà, c’est tout simplement impossible, ingérable. "Plusieurs détenus en trio me disent ne plus supporter la présence des deux autres. Régulièrement, ils se retrouvent au cachot pour bagarres entre codétenus. Le nombre de mises au cachot est directement proportionnel au nombre de détenus. Même si l’état des cachots est odieux, certains préfèrent s’y retrouver parce qu’au moins ils y sont seuls !"

On ne peut pas laisser la situation en l’état, alerte encore Clotilde Nyssens : "Je ne peux pas rentrer tranquillement chez moi en sortant de la prison de Forest. Je me sens obligée de faire savoir ce qui s’y passe."