La ministre de la Justice, Laurette Onkelinx (PS), a insisté lundi sur la nécessité de refédéraliser la politique de l'aide à la jeunesse. Ce secteur manque cruellement de moyens et, selon elle, les finances de la Communauté française ne permettent pas de les lui fournir.

"La Communauté française est réellement de bonne volonté mais elle est dans l'incapacité financière d'investir massivement dans le secteur de l'aide à la jeunesse. Et les intervenants de terrain, juges ou travailleurs sociaux, continueront à parler de bricolage parce que c'est leur quotidien", a-t-elle expliqué à l'occasion de la fête du 1er mai à Bruxelles.

Cette refédéralisation permettrait en outre au gouvernement de disposer de suffisamment d'instruments pour répondre aux inquiétudes qui se sont exprimées la semaine passée dans les rues de la capitale. "Lorsqu'il s'est agi de répondre à une inquiétude profonde de la population, il aurait été mieux de pouvoir jouer sur tout le clavier et de ne pas devoir, en partie, amputer le dispositif mis en oeuvre du volet concernant la prévention et l'aide aux jeunes en danger ou en difficulté", a-t-elle ajouté.

Aux yeux de la ministre, cette question institutionnelle "a du sens". Il n'en va pas de même des revendications qui s'expriment au nord du pays, particulièrement au CD&V. Elle a d'ailleurs mis en garde les politiques flamands contre la façon dont se dérouleront les prochaines négociations communautaires. Soit il s'agira de voir comment faire mieux fonctionner l'Etat pour améliorer la vie des citoyens, soit il s'agira d'un dialogue de sourds fait de "revendications insensées".

"Si c'est dans cette voie que s'engagent nos amis flamands, ils doivent savoir que les temps ont changé, que leur agressivité use notre patience et que, s'ils nous méprisent, nous sommes déterminés, quant à nous, à dessiner sereinement notre propre avenir. Voilà notre choix: ce sera avec eux mais pas pour le meilleur et pour le pire. S'ils devaient s'échiner à choisir le pire d'eux-mêmes, ils doivent savoir que, pour nous aussi, il existe d'autres voies...", a-t-elle averti.

Les allusions communautaires ont également émaillé les interventions du ministre-président bruxellois, Charles Picqué, et du président de la fédération bruxelloise du PS, Philippe Moureaux, particulièrement irrités par la récente sortie du ministre-président flamand, Yves Leterme (CD&V).

Le premier a dit "la nausée" qui était la sienne face aux critiques incessantes dont Bruxelles faisait l'objet à tous niveaux. A ses yeux, la capitale souffre avant tout d'un manque de moyens. "Les difficultés que nous connaissons ne sont pas le fait d'une mauvaise gestion de la Région ou des communes. Ca, c'est de la propagande pure et simple", a-t-il lancé. Le second a reconnu que le système institutionnel bruxellois était complexe mais, c'est en raison des garanties demandées par les Flamands, a-t-il rappelé. Selon lui, les propos tenus au nord s'apparentent donc à "un manque de pudeur".

La Flandre n'a pour autant pas constitué sa seule cible. M. Moureaux a aussi dit ses craintes face à certains discours francophones: les MR Alain Destexhe et François-Xavier de Donnea, qu'il accuse de complaisance à l'égard du flamingantisme, et la présidente du cdH, Joëlle Milquet, qui verrait bien les Régions s'effacer au profit de la Communauté française. "Nos Régions ont toute leur place, la Wallonie comme Bruxelles. Mme Milquet est une personne de bonne volonté mais qui ne connaît pas très bien les terrains sur lesquels elle s'aventure. Je ne lui en veux pas. C'est quelqu'un qui se prend un peu les pieds dans le tapis mais c'est une bonne olive", a-t-il dit, faisant référence à la coalition olivier (PS, cdH, Ecolo) qui gouverne la Région bruxelloise du côté francophone.

La sécurité était au menu des discours des socialistes bruxellois. Mme Onkelinx a dit ressentir la "peur au quotidien" qui montait dans la population. "Je ne veux pas d'une société où nous avons peur de voir nos enfants en liberté, dans la ville ou sur les routes. Je ne veux pas d'une société où le dialogue entre les êtres devient virtuel et où les cafés enfumés du passé laissent la place à des écrans lisses et lumineux", a-t-elle souligné. Elle a évoqué le travail qu'il fallait réaliser en amont (la prévention) pour combattre l'insécurité et en aval par une répression intelligente et adaptée. "Ici, il ne peut être question de karcher ou de racailles".