Et dire qu’il y a deux Ostende ! En Argentine, à 340 km au sud de Buenos Aires, deux Belges un peu fous, Fernand Robette et Auguste Polli, bientôt aidés par un Français, décidèrent en 1909 de créer sur la Côte une ville nouvelle qu’ils appelèrent Ostende. C’était juste avant Mar del Plata qui avait aussi été construite par des entrepreneurs du pays Basque. La nouvelle Ostende ne fut pas l’Héliopolis du baron Empain (entamée en 1906), d’autant que sable pour sable, celui de l’Argentine ne cessa d’envahir les bâtiments construits comme les armées allemandes envahirent notre pays en 1914. La guerre interrompit ce fantasque projet. Mais il paraît que quelques demeures de cette époque subsistent et, donnant sur la place de la Rotonde, on s’y promène sur le boulevard Anspach.

Et de notre Ostende à nous, que reste-t-il des temps anciens depuis que le béton a envahi les espaces et dressa en front de mer une ligne Maginot, rempart de fortune face aux éléments déchaînés ?

Presque rien à dire vrai. La "bruxellisation", chacun connaît. "L’ostendisation" a, aussi, fait ses preuves, terrible saccage d’un patrimoine gracieux qui en faisait la reine des plages. Ostende glorieuse, avec ses maisons de maître, Ostende royale avec ses promenades et villa, ses hôtels, le Palace, le Continental et celui de l’Océan, Ostende chic avec son "Kursaal" extravagant digne du "West Pier" de Brighton, et son curieux musée Stracké. La guerre de 1914-1918 est évidemment passée par là, mais pas seulement.

Ostende se souvient derrière sa barrière de béton et de verre que Léopold Ier (1790-1865) fit ses premiers pas sur le sol belge venant de Londres, en ayant débarqué à Calais. Il passa par La Panne puis Ostende, avant de gagner Laeken. Il était veuf depuis 1817 de la princesse Charlotte de Grande-Bretagne, décédée en couches à 21 ans. Léopold ne s’en remit jamais. Il aurait dû être prince consort. Il resta à Londres avant de devenir roi.

La ville garde le souvenir de ce passage fugace par une statue équestre, exécutée par Jacques de Lalaing, plus vivante que celle d’Anvers. Elle était placée jadis sur la place Léopold, bordée de maisons enduites de style néoclassique et de bâtiments éclectiques.

Dans la Langestraat (rue Longue), la cité conserve ce qui fut la demeure de la seconde épouse de notre roi, Louise-Marie de Bourbon-Orléans, née en 1812, fille du roi des Français Louis-Philippe. Elle rendit ici, le 11 octobre 1850, son dernier soupir. Les appartements de la souveraine sont en partie conservés; c’est émouvant d’imaginer cette fin précoce, justifiée sans doute par les décès familiaux, sa sœur Wurtemberg qui était une fameuse sculptrice, son frère qui aurait dû monter sur le trône, son père ensuite qui venait de perdre le sien et qui était mort en août 1850. Tous ces malheurs firent que la princesse largua ici les amarres d’une vie triste, point aimée de son époux. Du clocheton de sa demeure, la reine aimait regarder la mer, évasions ultimes avant de recevoir la couronne de la paix et de la bonté des mains d’un ange blanc, face à une Ostende éplorée.

Le monument en marbre de Fraikin, haut de trois mètres, livré en 1859, se trouve dans l’église Saints-Pierre-et-Paul. Elle fut construite entre 1901 et 1905 par l’architecte Louis de la Censerie. Il a réemployé des éléments de l’ancienne église baroque dont on admire le clocher et un portail juste derrière le chœur où se trouve une étonnante chapelle mariale néogothique.

Ostende c’est aussi James Ensor, le plus flamand des peintres britanniques. Sa maison est devenue un musée. Ostende c’est aussi le port, où jadis on proposait des huîtres de Colchester, nées de l’autre côté de la Manche mais élevées dans des bassins ostendais; elles étaient réputées jusqu’à Paris. Ostende ce sont aussi ses restaurants et sa minque. C’est encore le Mercator, gloire de notre Ecole de Marine et d’autres lieux importants comme le Fort Napoléon, récemment restauré pour évoquer le passé militaire de cette cité agréable à vivre où l’on joue au golf dans l’enceinte de l’hippodrome.