Cela fait 18 jours que Salah Abdeslam est l’homme le plus recherché d’Europe. Et malgré les avis de recherche et la diffusion quotidienne de son portrait par les chaînes de télévision, il n’a pu être intercepté. Serait-il caché chez des proches en Région bruxelloise ? Aurait-il trouvé refuge ailleurs dans le pays ? Ne serait-il pas au Maroc, où il a de la famille ? A moins qu’il n’ait rejoint l’Etat islamique ?

Les services de police et de renseignement reçoivent des informations, pas toujours sérieuses comme on a pu le voir dimanche soir. La police s’est alors ruée à deux adresses de Molenbeek-Saint-Jean livrées par un homme qui sera entendu - avant d’être relaxé - car il pouvait s’agir d’un mauvais plaisant.

En Syrie

Et le moulin à informations non confirmées tourne à plein régime. CNN affirmait ainsi, citant des sources au sein des services de renseignement, qui jugent cette hypothèse comme la plus vraisemblable, qu’il aurait rejoint la Syrie.

C’est évidemment une possibilité. Mais l’expérience montre que, s’il était en Syrie, l’Etat islamique veillerait à le faire savoir. Salah Abdeslam apparaîtrait dans une vidéo ou dans une publication de l’Etat islamique pour montrer que les polices, malgré tous leurs efforts, n’ont pas réussi à l’intercepter.

C’est ainsi qu’après le démantèlement de la cellule de Verviers, "Dabiq", le magazine de l’Etat islamique, avait publié une interview du cerveau présumé de la cellule, Abdelhamid Abaaoud que l’on avait cru un temps caché en Grèce.

Pas sûr toutefois que Salah Abdeslam soit - ou se sente - véritablement le bienvenu en Syrie. Une hypothèse, appuyée notamment par la découverte de ce qui serait sa ceinture d’explosifs à Montrouge, serait qu’il ait renoncé quasiment au dernier moment à se faire exploser comme le fera, entre autres, son frère Brahim.

Les "vieux amis"

Si l’on poursuit le raisonnement, Salah Abdeslam pourrait vouloir rester en terrain connu à Bruxelles ou en Belgique. Que ce soit pour éventuellement "terminer le travail", ce dont témoignerait le relèvement du niveau de menace.

Ou alors parce qu’il peut compter sur des personnes disposées à l’aider, malgré qu’il soit signalé. On peut imaginer sans peine que tous ses proches sont surveillés. Mais on a pu constater comment plusieurs inculpés n’ont pas prévenu la police quand ils ont été appelés par Salah Abdeslam. Ainsi de Hamza Attouh et Mohammed Amri, qui sont allés le rechercher dans la nuit des attentats à Paris. Salah Abdeslam ne leur a pas expliqué et ils n’étaient pas au courant de l’attentat, ont-ils indiqué.

Hamza Attouh a déposé Salah Abdeslam à la station Bockstael et a contacté Ali Oulkadi, qui viendra le chercher pour l’emmener à Schaerbeek, d’où la trace de Salah Abdeslam a été perdue.

Là aussi, on peut s’interroger sur l’attitude d‘Oulkadi qui est également derrière les barreaux. Selon son avocat, il a relaté aux enquêteurs que Salah Abdeslam lui avait expliqué qu’il ne verrait plus Brahim qui s’était fait exploser à Paris.

Salah Abdeslam était particulièrement intéressé par le nombre de victimes tombées dans les attentats de Paris. Et lorsqu’il prendra congé d’Ali Oulkadi, il lui dira : "Arrête-toi et attends cinq minutes (avant de redémarrer), jusqu’à ce que je sois parti. Tu ne me reverras plus." Sa trace est perdue. Comme celle de Mohamed Abrini qui a convoyé Salah Abdeslam à Paris dans la Clio avant les attentats.