Selon un rapport de la Cour des Comptes daté de ce 30 mai, l'attribution du marché de consultance externe pour aider la Fédération Wallonie-Bruxelles à diagnostiquer et améliorer l'état de son enseignement dans le cadre du Pacte d'excellence s'est déroulée de manière trop peu transparente. 

Sollicité par le Parlement de la Fédération à la demande expresse de l'opposition écologiste il y a plus d'un an, ce rapport épingle le choix du gouvernement de la Fédération, et plus particulièrement de l'ancienne ministre de l'Education Joëlle Milquet (CDH), de recourir au bureau de conseil McKinsey, et ce malgré deux avis négatifs de l'Inspection des finances.

La Cour des Comptes montre que le cahier des charges rédigé par le gouvernement pour l'attribution du marché public de conseil fut largement inspiré par un mémorandum sur l'enseignement que lui avait adressé McKinsey lui-même quelques mois plus tôt.

Quatre soumissionnaires ont pris part à cet appel d'offres à l'issue duquel McKinsey fut sélectionné, celui-ci se révélant nettement moins cher.

La raison est simple: McKinsey a convenu de financer la toute grande partie de ses travaux (1,3 million d'euros au total) sur fonds propres ou avec l'appui de plusieurs mécènes de la société civile belge, ce qui permet de ramener la facture pour la Fédération à 120 000 euros seulement.

Pointant le "caractère inédit" de ce recours au mécenat qui permet à un soumissionnaire de prester "à moindre coût", la Cour dénonce le fait que les trois autres soumissionnaires ne furent nullement informés de cette donnée par le gouvernement, faussant ainsi les règles de mise en concurrence

La Cour pointe aussi les "imprécisions" dans les conventions signées entre le gouvernement et un bureau de conseil agissant à titre gratuit, une situation qui "n'offre pas à la Communauté française toutes les garanties d'autonomie et d'indépendance vis-à-vis de son contractant dans une matière aussi sensible puisque touchant à l'élaboration de sa politique d'enseignement", selon elle.

A l'initiative de ce rapport, l'opposition écologiste estime mercredi que celui-ci confirme et dépasse même les craintes qu'elle avait déjà exprimées il y a deux ans, "alors que nous n'avions pas tous ces éléments!", commente le député Christos Doulkeridis.

"A plusieurs endroits, le rapport montre que la transparence est totalement défaillante, que le jeu de la concurrence n'a pas été respecté, que les règles de protection des politiques publiques ont été bafouées. Et tout cela a été approuvé non seulement par Mme Milquet, mais par le gouvernement!"

Ecolo compte en conséquence demander la présentation orale du rapport en commission du Parlement, ainsi que l'audition du ministre du Budget André Flahaut et de l'actuelle ministre de l'Education, Marie-Martine Schyns (CDH).

La ministre assume et prend acte du rapport

Le cabinet de la ministre Schyns a quant à lui expliqué à 'La Libre' que la ministre "prenait acte du rapport". Mais il souligne aussi que la Fédération Wallonie-Bruxelles bénéficie au final d'un travail de consultance qui vaut plusieurs millions d'euros et qui aura coûté beaucoup moins à la Fédération. Il insiste aussi pour dire que McKinsey n'a bénéficié d'aucune contrepartie, et n'a jamais été impliqué dans les décisions relatives au Pacte d'excellence. "La ministre Schyns prend donc acte des aspects soulignés par le rapport et qui sont à améliorer, mais elle assume également la plus value obtenue grâce au travail de consultance réalisé par McKinsey", conclut le cabinet.