L’histoire bégaye-t-elle pour l’enseignement en Communauté française, où personne n’a oublié les grandes grèves des années nonante ? On n’en est pas encore là, mais, selon certains, les prémices y ressemblent furieusement. Deux semaines à peine après la rentrée scolaire, les écoles ont en effet vécu jeudi une journée perturbée par la mobilisation enseignante contre les mesures d’économies envisagées par la nouvelle ministre de l’Enseignement.

La mobilisation fut un grand succès, dit-on tant à la CSC qu’à la CGSP, qui avaient appelé à un arrêt de travail de cinquante minutes dans les écoles de tous les réseaux et de tous les niveaux. Même si l’un ou l’autre prof auront choisi de ne pas abandonner leurs élèves, c’est dans le secondaire que la consigne a été la mieux respectée. Sans surprise : ce sont les profs de ce niveau qui seraient touchés par l’augmentation de la plage horaire ; et c’est à ce niveau qu’il est le plus aisé d’arrêter le travail, vu la possibilité de confier momentanément les élèves à une équipe d’éducateurs.

Dans le fondamental, des arrêts de travail ont également eu lieu, mais il semble que, bien souvent, l’action des enseignants se soit déroulée sur le temps de midi, sans que cela ne perturbe les enfants.

Dans le supérieur, enfin, on a certes relevé quelques arrêts de travail dans une implantation ou l’autre, mais la période, avant ou en pleine rentrée, n’était guère propice à la mobilisation.

Mais que s’est-il passé durant ces arrêts de travail ? Il s’agissait d’abord, pour les délégués syndicaux, d’informer les enseignants sur les propositions d’économies de la ministre Simonet. Il semble cependant que ce sont surtout les enseignants qui ont pris la parole. Pour dire non aux mesures gouvernementales, bien entendu. "Je ne peux pas prendre une heure de plus, dira ainsi une enseignante chevronnée. Je vais déjà dormir à dix heures tous les jours à la suite des corrections et des préparations. Je suis sur les genoux." Surtout, les profs ont crié leur ras-le-bol d’être si mal considérés. "On est traîné dans la boue !" ; "il faut rétablir la vérité sur nos prestations chaque semaine !" ; autant de témoignages que l’on a souvent entendu dans les rangs syndicaux.

"Davantage encore qu’une réaction aux propositions de la ministre, analyse Pascal Chardome, président de la CGSP-Enseignement, les profs ont réagi à l’image négative que l’on donne d’eux."

De nombreux témoignages émanant du terrain proposent d’ailleurs de mener des actions de sensibilisation auprès des parents, des élèves, des médias pour redorer le blason de la profession. Côté syndical, où l’on fera le bilan de cette journéee à tête reposée, ce vendredi, on dit percevoir en tout cas une volonté de ne pas en rester là, voire de partir en grève s’il le faut.

Les syndicats se retrouveront prochainement en front commun pour analyser la situation. Soit début octobre, c’est-à-dire juste avant le conclave budgétaire, soit avant, si l’on sent que la base le réclame. Mais quelle forme prendra la suite de la mobilisation ? Il est trop tôt pour le dire. A la CGSP, on se demande si les éventuelles prochaines actions ne devraient pas être co-organisées avec d’autres secteurs (culture, organismes d’intérêt public ) qui seront eux aussi touchés par les mesures d’économies. "Il ne devrait plus y avoir d’action d’ici le conclave, si ce n’est vis-à-vis du public", pense pascal Chardome. Son collègue de la CSC-Enseignement, Prosper Boulangé, n’est pas si catégorique. "Les choses risquent d’aller plus vite que cela. Et la nouvelle note qui circule à propos des pistes d’économies (lire page 12) et qui évoque l’arrêt des DPPR (forme de préretraite, NdlR) à 55 ans dès 2010, alors qu’un accord sectoriel les garantit jusque fin 2011, constitue un brûlot supplémentaire."

"Cela ne va pas calmer les enseignants", confirme M. Chardome.