Belgique

On parle beaucoup de liberté sexuelle. On parle beaucoup d’intégration des personnes handicapées. Mais dès qu’on met en lien sexe et handicap, il y a comme une gêne, un léger silence, voire un vrai malaise. "Comme tout le monde, les personnes handicapées ont besoin de sexe. Mais pour réaliser leurs désirs, elles ont besoin d’une aide. En Belgique, cela reste encore un des tabous les plus coriaces. En Suisse, aux Pays-Bas ou en Allemagne, ils ont résolu le problème par l’existence d’une profession très particulière : assistant sexuel" , expose François Marien, enthousiaste président de l’ASBL "Pas de bras pas de chocolat", qui souhaite, comme d’autres associations, implanter ce métier dans notre pays.

Pour défendre ce droit au sexe, "auquel s’opposent les culs coincés car ils l’assimilent à de la prostitution" , "Pas de bras pas de chocolat" distribuait mardi, jour de la Saint-Valentin, des préservatifs barrés d’un logo et d’un slogan explicite : "On a tous le droit de prendre son pied." Un petit événement qui a pris place dans les locaux du Parlement de la Communauté française, avec le soutien du député fédéral Franco Seminara (PS) et le député wallon Matthieu Daele (Ecolo), signataires chacun à leur niveau d’une proposition de résolution sur la vie sexuelle et affective des personnes handicapées.

Valides et non-valides bénéficient aujourd’hui, sur papier en tout cas, quasi des mêmes droits. Ils ont accès au travail, aux loisirs, aux sports. Mais pas au sexe. Un tétraplégique, incapable de seulement toucher ses organes génitaux, est lavé, nourri, soigné, changé. Tout le corps est pris en main, sauf la zone sexuelle, poursuit l’association. Et si, au cours de la toilette, il a une érection ? La sexualité des personnes handicapées n’est qu’une plaie devant laquelle la plupart des soignants et éducateurs ferment les yeux ou détournent le regard, constate l’ASBL. "Et ce n’est d’ailleurs pas leur boulot que de prendre cela en charge" , précise-t-elle immédiatement.

Dans certains cas, la famille ou l’entourage intervient pour aider la personne à vivre sa sexualité. Dans les résidences qui les hébergent, cela se passe (ou pas) au cas par cas et souvent dans le non-dit. Dans le cas de couples où les deux partenaires souffrent de handicap physique, toutes les personnes concernées en témoignent : avoir enfin accès à la sexualité transforme et valorise une image d’eux-mêmes trop souvent dégradée.

Face aux handicapés mentaux, la tâche est sans doute encore plus délicate : difficile de décrypter les besoins de quelqu’un qui n’a pas forcément, ou très peu, accès au langage.

Les désirs d’un déficient mental profond pouvant être très spécifiques, on peut utiliser des poupées dotées d’attributs génitaux, masculins comme féminins : on les montre à la personne et elle décrit ce qu’elle aimerait faire ou qu’on lui fasse, explique-t-on à l’association. Et de citer le cas de cet autiste qui voulait seulement regarder les seins d’une femme. "On lui a permis de le faire, et après, il a dit : maintenant, je suis un homme. Par la suite, il est devenu beaucoup plus calme."

Le travail d’assistant sexuel nécessite une véritable formation, insiste "Pas de bras pas de chocolat". Mais aux yeux de la loi belge, ce "métier" pose problème : l’intermédiaire qui établit le contact avec la personne handicapée peut tomber sous le coup de la loi contre le proxénétisme. Pour contourner l’écueil, "il suffirait" , comme le dit l’association, "d’ une légère modification du code pénal".

Au niveau parlementaire, on n’en est pas encore à déposer une proposition de loi en ce sens. Mais le débat politique avance, se félicite Franco Seminara (PS), auteur du premier texte fédéral relatif à la vie affective et sexuelle des personnes handicapées - une résolution déposée au Sénat en février 2010. "Elle a été abordée en commission des Affaires sociales, juste avant que le gouvernement tombe, en juin 2010 : toutes les formations politiques ont dit OK." En septembre 2010, devenu député, M. Seminara a redéposé le texte à la Chambre.

Du côté wallon aussi, le dossier bouge. Un récent colloque de l’Awiph (Agence wallonne pour l’intégration des personnes handicapées) a évoqué le sujet, plus large que l’assistant sexuel, précise Matthieu Daele. Dans la résolution qu’il a déposée en septembre dernier au Parlement wallon, l’Ecolo plaide pour la mise en place d’un comité de référence, qui aurait pour objectif de formuler des avis concernant les aspects relatifs à l’intervention d’un tiers dans la vie relationnelle, affective et sexuelle des personnes handicapées. Il demande par ailleurs la mise sur pied d’un centre de ressources qui permettrait d’aider les professionnels dans les situations concernant la vie intime de ces personnes.