Entretien

Avant le sommet de Copenhague, le ministre de la Coopération, Charles Michel (MR), nous livre son sentiment.

Au niveau politique belge, comment se prépare le sommet de Copenhague ?

Je voudrais tout d’abord rappeler que ce sont les pays en voie de développement, les plus pauvres, qui risquent d’être plus pauvres encore, à cause des changements climatiques. Les 7 % de la population mondiale la plus riche génèrent 50 % de la production de CO2. Inversement, dans les pays en développement, 13 % de la population qui habitent dans les régions côtières seront directement touchées par le réchauffement climatique. C’est ce qui va provoquer une vague de réfugiés climatiques.

Sur le constat, tout le monde semble d’accord. Quant aux moyens… ?

Nous faisons des efforts importants en termes de coopération : la Belgique a porté le budget de la Coopération à 0,7 % du PIB. Seuls 5 pays de l’Union européenne y sont arrivés. Il est donc fondamental, pour maintenir ce niveau, que les moyens qui seront mobilisés pour faire face aux changements climatiques vers les pays en développement touchés par ces modifications, soient des moyens additionnels aux 0,7 %.

Tout le monde n’est pas d’accord ?

Je sens la tentation de quelques-uns de recycler les moyens pour la Coopération au développement en disant : carpe, je te baptise lapin C’était de l’argent pour la Coopération au développement, demain, cela s’appellera aussi des moyens pour lutter contre les changements climatiques. Cette notion de moyens additionnels est capitale pour moi. Je plaide pour que telle soit bien la position du gouvernement belge et de l’Europe.

La Conférence va s’ouvrir. Quand la Belgique va-t-elle arrêter sa position ?

Cette question n’est pas tranchée. Or il me semble qu’il est grand temps. Nous avons sollicité des concertations. Nous avons demandé que le Conseil des ministres prenne attitude et que chacun puisse exposer son point de vue. J’attends. Dès lors que ce sont principalement les pays en voie de développement qui seront touchés par les changements climatiques, dès lors que les pays occidentaux vont subir une série d’impacts économiques importants, il faudra bien que les moyens pour lutter contre ces changements soient des moyens additionnels par rapport au budget de la Coopération.

Si ce n’est pas le cas…

Eh bien, le Sommet risque d’être un colloque d’annonces qui péchera par un manque de sincérité.

Et les autres pays ?

Dans les pays qui n’ont même pas porté le budget de leur Coopération au développement à 0,7 %, on manque d’ambition. J’entends dire ici et là que Copenhague ne coûtera pas grand-chose puisque certains s’apprêtent à recycler des moyens déjà promis à la Coopération. Cela ne va pas.

Avez-vous sensibilisé le ministre du Climat, Paul Magnette (PS), à ce danger ?

Bien sûr, je lui en ai parlé. Je suis persuadé qu’il ne peut que partager mon point de vue. C’est une question de bon sens et de volontarisme. Il est urgent que le gouvernement belge prenne position pour que le message porté et défendu soit cohérent. J’ai déposé une note sur le sujet. La discussion a été reportée. Cela me dérange. Si quelques-uns pensent pouvoir recycler quelques dizaines de millions d’euros de la Coopération vers le soutien à la politique des changements climatiques dans les pays en voie de développement ce sera non !

Donc, votre message c’est : pas de hold-up sur la Coopération…

Mon message est : les moyens pour lutter contre le réchauffement climatique dans les pays en voie de développement doivent s’ajouter au budget de la Coopération au développement. S’il s’agit d’une priorité forte de la Communauté internationale, on ne peut pas simplement détourner des moyens déjà affectés. Copenhague sera un test de sincérité : c’est un véritable rendez-vous avec l’Histoire. Je parie sur le succès de la Conférence mais je mets en garde contre une dérive qui guette certains qui veulent agir en catimini.

Vous irez à Copenhague ?

Non. Je n’y vais pas. Je ne pense pas qu’il soit utile que la Belgique soit représentée par de nombreux ministres. J’envoie un collaborateur. Pendant ce temps-là, je serai présent au Sénégal pour visiter un projet où l’accent est mis, précisément, sur les conséquences en Afrique de l’Ouest des changements climatiques dans certaines villes côtières qui éprouvent déjà des difficultés. Plusieurs villages sont déjà touchés. Cela provoque un exode des populations vers les centres urbains. On constate aussi des perturbations considérables de la pluviométrie. Avec pour conséquence des difficultés de programmation de la politique agricole et de la politique d’élevage. On constate ci et là des guerres locales entre peuples nomades pour s’approprier des points d’eau. C’est le cas dans le Nord du Niger ou du Mali.

Dans un autre registre, la Belgique va-t-elle accroître sa présence en Afghanistan ?

Au moment où je parle, il n’y a pas de demande formellement exprimée. Il y a des concertations. On combattra les Talibans avec des moyens militaires déjà présents. Mais on luttera surtout contre les extrémismes en construisant des écoles, des hôpitaux, en luttant contre l’extrême pauvreté. Pour cela, il faudra renforcer l’efficacité de l’aide humanitaire. Or cette efficacité est faible, trop fragile, trop théorique parce qu’il y a trop peu de coordination entre les Nations unies et les ONG. Donc j’estime qu’il ne faut pas consacrer de nouveaux moyens civils aussi longtemps que l’on n’a pas entendu les propositions concrètes du gouvernement afghan pour lutter de manière très opérationnelle contre l’extrême corruption. Et pour renforcer la capacité de l’autorité afghane d’assumer les fonctions régaliennes sur son territoire.