Correspondant au Royaume-Uni

Nulle trace dans la presse anglaise, dans les discours des dirigeants syndicaux ou les programmes des partis nationaux, de la moindre opposition à l’augmentation de l’âge de la pension. Simple. Si les Anglais et les Anglaises veulent, dans leur écrasante majorité, passer plus d’années dans les bureaux et les ateliers, c’est qu’ils "ne peuvent pas se permettre de faire autrement". Les sondages d’opinion sont d’accord. Plus de la moitié des Britanniques, âgés de plus de 55 ans, disent vouloir continuer à travailler, passés les 65 ans qui traditionnellement signalaient le départ pour la pension.

L’armée des "pensionnés au travail" a grossi l’an dernier de 100 000 nouvelles recrues. Les experts calculent que près d’un million et demi d’Anglais et d’Anglaises travaillent au-delà de l’âge de la retraite. La chute des prix de l’immobilier et de la livre sterling, le peu d’intérêt versé aux épargnants, les problèmes financiers des nouvelles générations ont forcé cette remise en cause de l’âge de la retraite.

Pour Simon Lough, directeur de Heartwood Wealth Management, "les gens sont forcés de travailler plus longtemps parce qu’ils n’ont pas les moyens de faire autrement". Et M. Lough de donner des exemples : un placement de 50000 livres dans une caisse d’épargne rapportait 160 livres à l’été de 2006 mais n’en rapporte plus que 40 livres cette année. La chute de la livre sterling a compliqué les calculs des pensionnés et pensionnées de la Costa del Sol, qui vivaient de leurs pensions ou de loyers perçus en Angleterre.

Que dire enfin des jeunes, qui vivent de plus en plus longtemps chez leurs parents : un jeune homme sur trois, une jeune femme sur cinq, âgés de 20 à 34 ans. Voila pourquoi le moment n’est pas encore venu de partir en croisière. La récession a mis fin aux dernières espérances. Il y a deux ans, 44 pc seulement des personnes âgées de plus de 55 ans, envisageaient, selon une étude du Chartered Institute of Personnel and Development (CIPD) de travailler au-delà de l’âge de la pension.

Aujourd’hui, ils sont plus de 70 pc à vouloir continuer à s’occuper à temps partiel ou à temps plein au-delà des 65 ans. Selon le TUC (Trade Unions Congress) regroupant les associations professionnelles britanniques, la majorité des pensionnés du Royaume ne gagnent pas plus de 5000 livres par an (quelque 5550 euros). Peut-on reprocher aux Anglais de militer, non pas pour le maintien des "avantages acquis" et la protection de l’âge de la retraite, mais pour l’obtention du droit de continuer à travailler aussi longtemps qu’ils le pourront ?

C’est sur ce terrain que se jouent désormais les affrontements politiques. Les employeurs souhaiteraient volontiers pouvoir s’alléger de leurs employés ayant atteint l’âge de la retraite mais le gouvernement travailliste affirme que son but est de reléguer "aux oubliettes de l’histoire l’âge de la retraite obligatoire à 65 ans". Des consultations ont été entamées dans ce sens avec le patronat. La redoutable Commission pour l’Egalité et les Droits de l’Homme (EHRC) veille au grain.

"Âgisme" est maintenant entré dans le vocabulaire politique au côté de "sexisme" et de "racisme". Pour la baronne Margaret Prosser, vice-présidente de l’EHRC, "il est temps d’abandonner un système mis en place quand les gens mouraient peu de temps après avoir atteint l’âge de la pension". "La Grande-Bretagne a déjà fait la mauvaise expérience d’une perte de main-d’œuvre qualifiée pendant la récession et maintenant que l’économie est convalescente, nous faisons face à la menace d’une pénurie de main-d’œuvre - un problème exacerbé par le départ à la retraite de nombreux ouvriers et employés ayant atteint les 65 ans".

Et plaçant le problème dans un contexte plus large, la baronne Prosser ajoutait : "le maintien de la santé publique profite aussi à l’économie en réduisant les frais de santé et augmentant le pouvoir d’achat. Nos recherches montrent que pour satisfaire aux besoins de la main-d’œuvre plus âgée, il faut que l’abolition de l’âge de la retraite aille de paire avec un effort concerté des gouvernements, des employeurs et des groupes concernés. C’est de plus de flexibilité que nous avons besoin".