Ce samedi 25 septembre marque la Journée mondiale des sourds. "Une "Journée" de plus", penseront certains. N’empêche ! Elle est l’occasion de braquer les projecteurs sur une problématique qui touche des citoyens à part entière : la pénurie d’interprètes en langue des signes.

Avec une dizaine d’interprètes en langue des signes salariés pour le secteur des services (sans compter les interprètes indépendants), la Communauté française n’est pas en mesure de répondre à toutes les demandes des personnes sourdes. Or, "une demande émanant d’une personne sourde et qui n’est pas satisfaite est un droit bafoué", estime Bénédicte Roberfroid, présidente de l’Association belge des interprètes en langue des signes (Abils).

Avoir un rendez-vous chez le médecin, rencontrer un avocat, assister à une pièce de théâtre, etc., la présence d’un interprète relève avant tout pour les personnes sourdes d’"un droit à l’information", souligne Mme Roberfroid. Mais, face à la pénurie d’interprètes, "les personnes sourdes ont tendance à renoncer à leurs droits et à reprendre des mauvais réflexes, comme demander à l’un de leurs proches qui connaît la langue des signes de les accompagner", relève-t-elle. Conséquence ? "La pénurie fait restriction puisque les personnes sourdes savent que leurs demandes pour un interprète sont loin d’être satisfaites" , constate pour sa part Joëlle Sutera, directrice du Service d’interprétation des sourds de Wallonie (SISW).

Quelles sont les causes de cette pénurie ? Primo : il manque une formation qualifiante en interprétation en langue des signes. Pour l’heure, l’une des pistes sur la table est celle d’un "master en interprétariat en langue des signes". Menée en collaboration avec l’enseignement de promotion sociale et l’université de Lille, cette formation s’adresserait aux titulaires d’un baccalauréat ou de son équivalent (candidature ou graduat) qui attestent d’une connaissance de base en langue des signes. "Nous avons bon espoir que ce master puisse démarrer en septembre 2011" , indique Joëlle Sutera. André du Bus (CDH) interpellera d’ailleurs le ministre Marcourt (PS), en charge de l’Enseignement supérieur, pour qu’il rassemble les moyens nécessaires à la mise en place d’un master d’interprétariat en langue des signes qui aurait la même valeur et le même attrait qu’un master en interprétariat dans une autre langue.

Secundo : "le nombre d’interprètes disponibles sur le marché est beaucoup plus important que le nombre d’interprètes qui s’investissent dans l’interprétation" , rapporte Bénédicte Roberfroid. Pour elle, il y a donc lieu "d’exploiter au mieux le potentiel humain". Comment ? En organisant, notamment, dans un cadre formel, un tutorat des personnes qui ont acquis des compétences en langue des signes.

Car, plus que tout, insiste Joëlle Sutera, "il faut une reconnaissance du statut d’interprète", gage du professionnalisme de celui ou celle qui se doit d’interpréter sans trahir la parole des locuteurs.