L’an dernier, la veille du 11 juillet, la Nieuw-Vlaamse Alliantie avait organisé un colloque à la Chambre sur l’actualité de la monarchie. Une matinée fort intéressante car les nationalistes flamands avaient été suffisamment subtils pour y inviter aussi des experts qu’on ne pouvait identifier à leur propre cause et qui donnèrent donc une vraie dimension scientifique à leur initiative.

Trois cent soixante-cinq jours plus tard, la monarchie est, évidemment plus que jamais au cœur de l’actualité avec le changement royal annoncé mais la N-VA entendait occuper le terrain de manière beaucoup plus offensive.

En présentant son projet d’une monarchie strictement protocolaire qui doit passer notamment par la révision de quelque quarante articles de la Constitution, la N-VA en a donc profité pour planter de nouvelles banderilles.

Comme l’a reconnu son député le plus expert en la matière, Theo Francken, un fameux bout de chemin a été accompli en un an puisque les partis qui ont négocié l’accord institutionnel ont adopté une réforme des dotations "qui va dans le bon sens, c’est-à-dire dans celui du programme de (son) parti" . Il s’imposait donc d’aller un peu plus loin. Aussi en marge des propositions présentées mardi dans nos colonnes, les élus séparatistes républicains ont suggéré de diminuer tous les ans de 20 % les dotations de la princesse Astrid et du prince Laurent. Pas besoin d’avoir la bosse des maths pour conclure que, dans un lustre, la sœur et le frère du futur Roi les verraient réduites à zéro…

Mais la N-VA a aussi réagi mercredi à la suggestion du ministre-Président flamand Kris Peeters de voir les responsables des entités fédérées reçus également en audience par le chef de l’Etat.

Pour le parti nationaliste nordiste, c’est clairement non ! Le chef de file N-VA au Vlaams Parlement Matthias Diependaele a été on ne peut plus péremptoire : "Il ne doit y avoir aucun lien institutionnel entre les régions et le Roi ou la monarchie. Ce lien n’existe pas aujourd’hui. Le Roi ne joue aucun rôle, et c’est heureux, dans la formation du gouvernement flamand, dans la promulgation des décrets ou dans la désignation des ministres. Cela ne doit pas changer" a clamé M. Diependaele (qui n’a évidemment pas rappelé que le chef de l’Etat en sa qualité de Roi des Belges assistait à la prestation des premiers ministres régionaux et communautaires face au Premier ministre fédéral, indice d’une vraie loyauté fédérale.

Kris Peeters (CD&V) n’a cependant pas tardé à répondre à Matthias Diependaele : "je n’ai jamais plaidé pour un nouveau lien institutionnel avec la monarchie. Ceux qui l’affirment n’ont rien compris, a-t-il dit. Il s’agit surtout d’attirer l’attention du Roi sur l’importance des Régions..."

La N-VA, enfin, aurait encore pu monter au créneau contre la signature officielle du roi Philippe qui, déclaré voici cinquante-trois ans sous son prénom francophone, ne pourrait pas signer autrement les lois qu’il sera appelé à sanctionner et à promulguer. Mais ici le gouvernement lui a coupé l’herbe sous le pied : le "kern" est arrivé à un compromis qui passera par une modification de la loi sur l’emploi des langues de mai 1961 en matière administrative. En clair, le futur Roi pourra les signer en version originale et en néerlandais. Oui mais lesquelles ?