Dix-sept condamnations au total. Et à chaque fois pour des vols dans des églises : ce n’est pas seulement son grand âge (72 ans) qui distingue Walter Bossuyt. "Walterke", comme il est connu auprès des policiers spécialisés dans le vol d’œuvres d’art, est la terreur des bedeaux et des sacristains de Flandre occidentale.

Libre depuis moins d’un mois après une peine de cinq ans, cet homme a, à nouveau, été appréhendé vendredi pour un vol dans une église. Il a tenté de négocier deux calices et une statuette de Marie auprès d’un antiquaire brugeois. Intrigué par le prix ridiculement bas, l’antiquaire a eu la puce à l’oreille et a reconnu cet homme qui était déjà venu chez lui vendre des pièces volées il y a une dizaine d’années.

Les premières condamnations de Walter Bossuyt, menuisier retraité, remontent aux années 70. Un avocat qui l’a défendu en correctionnelle dans le passé avait invoqué comme mobile "une certaine haine contre l’Eglise". "S’il voit à l’intérieur des richesses, il joue alors le rôle de Robin des Bois", avait-il relevé. Son parcours est tout aussi étonnant : il ne se déplace qu’en vélo ou en bus pour rejoindre les églises des petits villages. Il n’a pas d’adresse fixe, raison pour laquelle il est difficile, dit-on au parquet de Bruges, d’être au courant de ses allées et venues. Avec le bénéfice de ses larcins, il loue des chambres d’hôtel. "C’est un homme libre dans le sens le plus large du terme. Ses peines de prison n’ont pu empêcher qu’il ne retombe", dit le procureur du roi de Bruges. Lorsqu’il est en prison, les vols dans les églises de Flandre diminuent.

Ce que l’on confirme à la police fédérale. "Les vols dans les églises augmentent fortement quand certaines personnes ne sont plus détenues", indique ainsi Lucas Verhaegen, enquêteur à la section vol organisé d’œuvres d’art à la direction centrale de la police judiciaire fédérale. C’est, en effet, une spécialité de quelques personnes ou familles, en Flandre comme en Wallonie, relève-t-il. Le fait qu’ils soient en prison influe fortement sur les statistiques de vol.

Ce type de criminalité est en baisse depuis quelques années. Cette tendance se retrouve dans toute l’Europe. "Nos collègues français nous avaient dit que c’était parce que ces voleurs se repliaient sur les vols de métaux quand les cours augmentent, dit M. Verhaegen. Et nous l’avons vérifié fin 2010 : des voleurs de métaux étaient connus comme voleurs dans les églises ou d’œuvres d’art dans les maisons", ajoute-t-il.

Selon les données de la police, on est passé d’une moyenne de 60-65 vols par an dans les églises à une trentaine : des chiffres qui peuvent doubler quand les "spécialistes" comme "Walterke" sont en liberté. Quand il y a une augmentation particulière dans une région, les services de police vérifient si tel voleur connu est actuellement libre.

L’IRPA (Institut royal du patrimoine artistique) peut aussi être mobilisé car il dispose de photos d’un million d’œuvres d’art. "Nous sommes sollicités plusieurs dizaines de fois par an", dit Catherine Bourguignon (IRPA), soit pour diffuser une photo d’œuvre disparue, soit, moins fréquemment, pour identifier une œuvre retrouvée.

Ces voleurs s’en prennent particulièrement aux statuettes car c’est ce qui rapporte le plus. Les tableaux, souvent encombrants, sont rarement emportés, d’autant que cela se remarque immédiatement. Ce que n’aiment pas les voleurs car ils peuvent être plus facilement identifiés. Le plus souvent, il s’agit de vols simples, sans effraction, dans des églises ouvertes sans surveillance. Actuellement, on vole pas mal de candélabres, de burettes et de calices, principalement des calices en argent car les cours sont élevés. "C’est très difficile à retracer. Ils les fondent et les vendent au poids auprès de ferrailleurs ou des négociants en métaux précieux", indique M. Verhaegen.

Pour des pièces uniques, il est possible d’avoir un peu plus que le prix du gramme de métal. Mais, il faut alors être connaisseur. On ne peut cependant généralement pas parler de commandes. "Mais les voleurs savent souvent d’avance où ils peuvent revendre leurs pièces : pour des statuettes, ils iront chez un tel, pour des calices, chez un autre", dit M. Verhaegen. Certains antiquaires sont par ailleurs quelque peu laxistes.

Plus rares sont les vols spectaculaires, avec violence, comme celui de la Croix byzantine, dérobée par des hommes armés, à la cathédrale de Tournai, en 2008. Façonnée en Orient au premier millénaire avec des fragments de la croix du Christ, la pièce est invendable. Même démontée, on ne pourrait en obtenir que quelques centaines d’euros pour les pierres semi-précieuses et l’or. Vu sa valeur cultuelle et historique, elle vaut des centaines de milliers d’euros. Tellement connue, elle n’est pas négociable. Cela pourrait être de l’artnapping, une tendance récente dans le vol d’œuvres : il s’agit d’un vol suivi d’une rançon, un phénomène constaté le mois dernier avec la restitution, contre paiement, d’un Magritte volé à Jette.