Comme on aimerait parler d'autre chose que de BHV... On n'est pas les seuls. Deux députés flamands ont demandé au ministre des Affaires étrangères de tout faire pour obtenir la canonisation du Père Damien, histoire d'améliorer l'image de la Belgique à l'étranger. D'autres proposent d'inscrire le surréalisme politique belge au patrimoine culturel et immatériel de l'Humanité.

En effet, tous les ingrédients politiques sont rassemblés pour le scénario du pire, avec, à droite, des Flamands voulant mettre la scission de l'arrondissement de Bruxelles-Hal-Vilvorde à l'ordre du jour de la Chambre de ce jeudi et, à gauche, des francophones assurant que ce geste sera une rupture dans le contrat et entraînera des représailles de taille comme la mise au frigo des réformes institutionnelles.

Que peut-il se passer ce jeudi dans l'hypothèse, probable, où le Premier, Yves Leterme, n'a pu déminer le terrain, miné - un comble !- par son propre parti ?

Voici comment pourrait se dérouler la séance de la Chambre.

Acte I : en début de séance, le Premier ministre demande, au président de la Chambre, Herman Van Rompuy (CD&V), l'inscription à l'ordre du jour de la loi-programme et du budget.

Acte II : un membre, flamand évidemment (pas exclu que ce soit un CD & V...) demande l'inscription à l'ordre du jour de la proposition de loi scindant BHV. Là, la majorité vole en éclats : les Flamands (y compris Vlaams Belang, Lijst Dedecker, SP.A et Groen!) votent pour; les francophones votent contre.

Acte III: la discussion commence quand, aussitôt, un député, francophone, dépose une série d'amendements à cette proposition de loi. Amendements qui doivent être envoyés au Conseil d'Etat. Ce qui empêche les votes mais ne suspend pas la discussion générale sur le sujet.

Acte IV: cris, brouhaha, chahut.... Là, il faut s'attendre à une certaine dramatisation. "Il ne faut quand même pas que les Flamands croient que les choses s'arrêteront là", s'insurge un négociateur francophone. Car si les Flamands poussent la plaisanterie jusque-là, les francophones considéreront cela comme une rupture totale de loyauté et un nouvel acte d'agression à leur égard. Ils le diront haut et fort : pas question de poursuivre dans ce climat-là et avec un Premier ministre qui ne respecte pas les accords. Accords qui prévoyaient une solution "négociée" sur BHV. Alors, est-ce la chute? Non, évidemment. Chacun joue un peu à se faire peur et à affaiblir l'autre.

Acte V: le lendemain matin, la Cocof (la Commission communautaire française qui réunit les membres francophones du Parlement bruxellois) enclenche une procédure de conflit d'intérêt. Ce qui renvoie la proposition dans la nature (comité de concertation, etc...) pendant 120 jours et laisse le temps à Yves Leterme de négocier son fameux deuxième paquet de réformes, attendu le 15 juillet.

Plan B

Il y a un plan B. Il n'est pas exclu qu'Yves Leterme, touché par la grâce, modifie ce scénario dès l'acte III. Pour peu qu'il obtienne les garanties de son cartel (CD& V et N-VA), il se pourrait qu'Yves Leterme monte à la tribune et lise une courte déclaration dans laquelle lui et son gouvernement s'engagent à déposer, au plus tard le 15 juillet, un ensemble de réformes prévoyant la résolution du conflit BHV mais aussi de nouveaux transferts de compétences dans différentes matières: emploi, fiscalité, sécurité sociale. Mais ce scénario est fragile: qui dit qu'un député flamand, en quête de popularité rapide, ne demandera quand même pas l'inscription de BHV à l'ordre du jour? De toute façon, personne ne sortira grandi... Dans le meilleur des cas, le gouvernement confiera la réflexion institutionnelle à un groupe des Sages et s'occupera, enfin, de la gestion quotidienne de l'Etat. Mais plus rien ne sera jamais comme avant.

Et la semaine prochaine, Yves Leterme pourra s'en aller au Pérou. Que ses fans se rassurent: le périple ne durera que 4 jours.