Paul Magnette président, Elio Di Rupo, Premier ?

La désignation de Paul Magnette, en tant que tête de liste au Sénat, a fait dire à certains hommes politiques et à certains commentateurs qu’en le choisissant, Elio Di Rupo, avait promu son dauphin, son successeur au PS, son prince royal. Di Rupo se voyant, lui, futur Premier ministre ? C’est sans doute aller un peu vite en besogne. Voyons cela. Gérard Deprez prêt à remonter sur la scène politique belge Magnette: l'accord GDF-Suez ne s'impose pas au futur gouvernement Suivez les débats de la Chambre en direct vidéo dès 14h15

Francis Van de Woestyne
Paul Magnette président, Elio Di Rupo, Premier ?
©Alexis Haulot

Analyse

La désignation de Paul Magnette, en tant que tête de liste au Sénat, a fait dire à certains hommes politiques et à certains commentateurs qu’en le choisissant, Elio Di Rupo, avait promu son dauphin, son successeur au PS, son prince royal. Di Rupo se voyant, lui, futur Premier ministre ? C’est sans doute aller un peu vite en besogne. Voyons cela.

1 Pourquoi Paul Magnette conduit-il la liste au Sénat ? Les raisons sont nombreuses. Elio Di Rupo affirme, depuis des années, que la rénovation du PS est en marche, qu’elle est enfin entrée dans les faits. Jusqu’il y a peu, cette assertion était sans cesse contredite par les fantômes du passé. Il y avait toujours une "Daerdennerie" dans un programme télévisé ou sur l’une ou l’autre page glacée d’un magazine. Ou encore une petite inculpation dans un coin oublié de la Wallonie. Autant de faits qui venaient rappeler, à intervalles réguliers, que le PS avait beaucoup de mal à tirer un trait sur le passé, sur cette époque maudite où le parti était plus souvent cité dans la rubrique "justice" que "politique".

Michel Daerden s’est calmé. Le dernier zombie, Van Cau, a été inculpé dans la quasi-indifférence générale. Le Parti socialiste cache plutôt bien ses dernières petites querelles internes. La pacification et la rénovation, version Di Rupo, ont progressé. Il fallait le montrer en installant à la tête de la liste emblématique, celle qui porte la "president’s touch", un homme incontestablement nouveau, celui qui a fait le ménage dans une Fédération qui symbolisait tous les maux du PS. Paul Magnette s’est vite imposé comme une tête de liste possible au Sénat : ses origines wallonne et bruxelloise (en tant que professeur à l’ULB) font de lui le candidat incontesté pour le Parti socialiste. Faut-il s’attendre à ce qu’Elio Di Rupo, soucieux de renforcer et de pimenter la liste, glisse parmi ses candidats sa petite surprise, son candidat provenant de la société civile, celui que l’on n’attendait pas ? Qui ça ? L’audiovisuel a été écumé lors des derniers scrutins (surtout par le MR et le CDH). Pas de trace donc, d’un Siegfried Barcke francophone. Et chez nous, les artistes ou les intellectuels se mouillent peu. Resteraient donc des gens de l’associatif Et bien non. Il se confirme que, cette fois, vu le timing très serré, la liste PS du Sénat sera assez conventionnelle.

Paul Magnette est donc là, tête de liste, bien installé. Est-ce l’antichambre du Boulevard de l’Empereur ?

2 Magnette futur président du PS ? Oui et non. Oui, parce qu’il faut rappeler que, de tous les candidats présidentiables, Paul Magnette est sans doute celui qui, ces derniers temps, semblait avoir le plus de chances pour un jour détenir le sceptre tant convoité. Laurette Onkelinx et Rudy Demotte se sont en quelque sorte neutralisés. Laurette Onkelinx deviendra vice-présidente du PS en prenant la succession de Philippe Moureaux à la présidence de la fédération bruxelloise du PS. Quand cela ? "A la mort de Moureaux", dit-on. Et l’avenir de Rudy Demotte, désormais bien installé à Tournai, est identifié à celui de la Région wallonne. Donc oui, les actions de Paul Magnette sont plutôt au zénith.

Mais encore faudrait-il que la place soit vacante Car il est loin le temps où, en pleine tourmente des affaires, certains socialistes disaient, à mots à peine couverts, qu’Elio Di Rupo devait faire "un pas de côté". Sentant les vents contraires se lever, Elio Di Rupo avait anticipé sa réélection, et face à Anne-Marie Lizin et Jean-Pierre De Clercq, il n’avait eu aucune peine à s’imposer.

Aux régionales de 2009, tout le monde s’attendait à une lourde défaite du PS. Comme elle fut légère, il fut facile pour l’état-major du PS, de la transformer en une victoire, d’autant que c’est sans doute grâce à Elio Di Rupo (et à l’annonce médiatisée de son refus de gouverner avec Didier Reynders) que les pertes furent limitées. Depuis lors, Elio Di Rupo distille ses sorties médiatiques et joue au père des francophones. Soufflant tantôt ses préférences pour l’Olivier, tantôt pour un gouvernement d’union nationale.

Tout semble donc indiquer que le successeur d’Elio Di Rupo, sera Elio Di Rupo. Il le dit, comme pour plaisanter, mais il doit bien le penser : son modèle, c’est Emile Vandervelde, lui qui resta président du PS pendant 40 ans. Certains avaient coutume de dire que sa carrière serait semblable à celle du Pape : Elio mourrait chef de socialistes comme le pape meurt chef des catholiques. Mais au PS, on évite désormais cette comparaison

3 Di Rupo, Premier ministre ? Récemment, la presse flamande en a fait - déjà, ou encore - le futur Premier ministre du pays. Cela ne correspond sans doute plus à son envie première, à sa volonté de vivre un peu plus cool, détaché des exigences politiques quotidiennes. Des événements familiaux récents, la mort de sa sœur notamment, l’ont beaucoup affecté. Donc, président de parti et bourgmestre de Mons, cela semble suffire à son bonheur actuel.

Évidemment, face à la balkanisation politique en Flandre, le PS pourrait être, si l’on en croit les sondages, le premier parti en Belgique, en nombre de sièges au Parlement. Héritera-t-il à nouveau d’un rôle d’informateur ? Et sera-t-il en mesure d’être le prochain Premier ministre ? On a coutume de dire que les francophones payeraient bien trop cher, en termes d’avancées institutionnelles, ce retour au "16" rue de la Loi. Mais, rétorquent certains socialistes, puisque de toute façon, tous les francophones se disent partisans d’une "grande" réforme de l’Etat, "autant y aller, maintenant !"

On n’en est pas là. Car rien ne dit que ce destin de Premier sera un jour prochain à portée de mains d’un francophone, d’un Di Rupo en particulier, puisque la chance de Didier Reynders semble passée. Le Seize risque donc de rester pour un temps, long encore, "De Zestien".