Une politique d'emploi dopée par l’urgence

Tous les partis font de l’emploi leur grande priorité. Grâce à des mesures anti-crise, la catastrophe a pu être évitée. Pour l’heure. Pour les partis, c’est la "priorité absolue". Et pour cause. L’année qui vient s’annonce à nouveau catastrophique.

Vincent Rocour
Une politique d'emploi dopée par l’urgence
©Photonews

L’emploi. Pour les partis, c’est la "priorité absolue". Et pour cause. L’année qui vient s’annonce à nouveau catastrophique. Après avoir perdu 23 200 postes de travail en 2009, la Belgique en perdra sans doute 38 800 autres en 2010 selon les estimations du Bureau du plan. Pour 2011, les prévisions sont plus encourageantes : on évoque la création nette de 7 400 emplois. Mais ces estimations ont été effectuées avant que les bourses européennes ne soient à nouveau dans l’œil du cyclone. Une éventuelle contagion de la crise grecque à toute la zone euro plombera à nouveau l’horizon social. Qui n’a vraiment pas besoin de cela.

Il faut cependant reconnaître que l’emploi, c’est peut-être le secteur où l’équipe sortante s’est le mieux débrouillée. Les débuts de la ministre en charge du dossier, Joëlle Milquet (CDH), sont plutôt difficiles. A peine installée, elle se retrouve confrontée à une opposition des partis et surtout du gouvernement flamands. Sa réforme de l’activation des chômeurs est rembarrée sèchement. La Flandre n’a pas avalé l’échec des négociations institutionnelles durant la tentative orange-bleue. Elle le fait payer à "Madame Non".

Puis la crise économique se déclenche. Brutale. Elle change la donne. La Flandre est sévèrement touchée. Plus sévèrement que les autres régions : son économie est davantage exposée aux retournements de la conjoncture internationale. Elle a désormais besoin du fédéral, qui dispose, pour l’heure, toujours des principaux leviers en matière d’emploi.

La ministre de l’Emploi a bien compris qu’il y avait une chance unique à saisir : montrer que le fédéral peut se révéler très utile à la Flandre en cas de coups durs. Et on lui laisse désormais les coudées franches. Joëlle Milquet orchestre une nouvelle baisse de charges sur le travail de nuit et en équipe, qui bénéficie largement aux grands constructeurs automobiles établis en Flandre. Elle appuie le projet d’accord interprofessionnel, qui combine réduction de coût salarial et hausse du pouvoir d’achat des travailleurs. En 2009, elle fait adopter un arsenal de mesures anti-crise : on y trouve notamment l’introduction du chômage temporaire des employés malgré les réticences des syndicats.

En 2010, elle obtient des moyens pour financer une nouvelle baisse de charges patronales pour l’embauche de jeunes travailleurs et de travailleurs âgés. Le ministre flamand de l’Emploi, le N-VA Philippe Muyters, menace dans un premier temps de déclencher un conflit d’intérêt jugeant que ce plan - le plan Win-Win - défavorise la Flandre. Mais le Premier ministre Yves Leterme (CD&V) joue les intermédiaires. Une réunion est organisée : elle permet d’éviter le conflit d’intérêt tout en maintenant dans leur intégralité les mesures préconisées.

Nul doute que ces mesures ont permis d’éviter la catastrophe. En deux ans, le taux de chômage n’a augmenté que de 1 % en Belgique alors que, dans le même temps, il grimpait de 2,5 % en moyenne dans l’ensemble des pays de la zone euro. Joëlle Milquet est même finalement parvenue à obtenir un accord au sein du gouvernement, et en concertation avec les Régions, sur une réforme de l’activation des chômeurs. La crise - communautaire - est cependant tombée trop tôt. Cette réforme, Joëlle Milquet n’a pu la mettre en œuvre concrètement. Et il y a fort à parier que sous la prochaine législature, l’activation du chômage sera en tout ou en partie régionalisé.