Me Modrikamen arpente les marchés avec sa petite famille

Interdiction de stationner sur le périmètre de la place le jour du marché de 6 h à 15 h." Si les voitures ont délaissé la place Saint-Job, au cœur d’Uccle, des cohortes de politiques en campagne ont envahi les lieux.

Annick Hovine
Me Modrikamen arpente les marchés avec sa petite famille
©photonews

Reportage

Interdiction de stationner sur le périmètre de la place le jour du marché de 6 h à 15 h." Si les voitures ont délaissé la place Saint-Job, au cœur d’Uccle, des cohortes de politiques en campagne ont envahi les lieux. A Bruxelles, un lundi de Pentecôte, il n’y a pas 36 endroits où se montrer. Certains maraîchers râlent sec de voir les allées encombrées, empêchant les chalands de faire tranquillement leur choix. Mais d’autres en tirent parti pour renouveler leur boniment. "Choisissez le parti de la fraise ! Pas mal non plus, celui de l’abricot !", goûteux arguments à l’appui.

L’équipe du Parti Populaire a pris ses quartiers devant un marchand de fruits et légumes bio. Les militants ont tous revêtu un tee-shirt mauve qui appelle "Aux urnes, citoyens !". Ils attendent leur président avant d’entamer la tournée. Dans l’intervalle, ils distribuent déjà leur "appel populaire" qui précise les "10 raisons de voter PP" et le numéro (22) de la liste. Les tracts proprement dits, avec les noms des candidats, sont encore à l’imprimerie.

Assis dans sa poussette, le petit Sacha, deux ans et trois mois, benjamin de la famille Modrikamen, patiente gentiment. Il fait campagne à son petit niveau, arborant ses super-héros sur son tee-shirt blanc : "Spiderman, Superman, Batman et mon papa !". Yasmine, la femme de Mischaël Modrikamen, est là aussi. "C’est en famille, chez nous", dit-elle. Voilà précisément son mari qui arrive à grandes enjambées. Blazer marine, col ouvert, allure décontractée. Il embrasse les militants, veut démarrer tout de suite. "Bonjour, vous connaissez le PP ?" Il n’a pas le temps de finir sa phrase. "De toute façon, on va voter pour vous", l’interrompt un homme. " Mes parents aussi. On a déjà essayé tous les autres." Père et mère opinent. Me Modrikamen sourit : "On va essayer de faire bouger les choses". Le directeur de campagne, Benoît Coquelet, mitraille.

Croisement - inévitable - d’un militant CDH. Echange d’amabilités. "L’union fait la force ? Chez vous, ce n’est qu’un slogan. C’est plutôt : le non fait la force". L’orange : "Vous cherchez des clients ? Que ferez-vous quand vous serez Premier ministre ?" Modrikamen : "Rétablir la sécurité, simplifier la Belgique." Il ne s’attarde pas. "Tu dois avoir un caleçon mauve : vous êtes tous en mauve, sauf toi !" On rigole, on s’embrasse. "Vous voyez, on a placé des figurants sur tout le parcours", ironise le président du PP. "Je le connais depuis des années", lance l’autre. "Chapeau, c’est courageux ce qu’il fait."

Dans la foule qui piétine dans les allées, une septuagénaire s’arrête net, tire le coude de son mari. "Regarde le bonhomme là. C’est l’avocat " Le bonhomme en question est déjà happé par un autre tête-à-tête. Les militants continuent leur distribution. Un papa qui pousse deux gamins : "Non, quand je dis non, c’est non. Oui, je vous connais et c’est bien pour ça que c’est non".

Mischaël Modrikamen poursuit son chemin, mains croisées dans le dos. Aime-t-il cet exercice de contact direct avec le citoyen lambda ? "J’apprends tout ça. C’est un nouveau métier. Ce n’est pas dans mes habitudes. Ce n’est pas évident la première fois."

Devant la dégustation d’huîtres (1 euro la creuse, 2 euros la plate), Corinne De Permentier, candidate MR, distribue ses sourires. Elle a glissé sa Smart siglée à son nom entre deux camions de maraîchers. Trois bises sonores et trébuchantes. "Mon premier marché, c’était avant-hier : elle m’a montré comment faire. Il n’y aurait eu que des Corinne au MR, il n’y aurait pas eu de PP." La bleue rosit du compliment. "Un petit blanc tout à l’heure ? Chiche !" On oublie : après le marché, maître Modrikamen doit filer à Nivelles, à la Foire agricole.

Une femme interpelle le patron du PP. "Vous êtes courageux. Bravo ! Bonne chance !" Modrikamen boit du petit lait. "On est tout le contraire des populistes : on appelle à l’effort de tous et partout, en travaillant plus et plus longtemps. On n’est pas le parti du ya qu’à ou du demain, on rase gratis". Il semble galavanisé par son propre discours. A ses militants : "Allez, les affreux populistes, on avance."

Devant le château gonflable, Sacha somnole dans sa poussette. Bref arrêt. L’avocat se penche vers son fils : "Vive le ?" PP, répond le petit garçon. Homme pressé, il repart. "Me Modrikamen, je vous reconnais", l’arrête une dame. "On veut faire bouger les choses et donner un coup de pied dans la fourmilière." La dame acquiesce : "Faites-le surtout. J’en ai marre de voter pour rien. Vous savez, j’ai 54 ans, Je viens de me faire virer de mon boulot, j’ai deux grands ados. Si on vote, ce sera pour le PP".

Le président sortant du Sénat devise avec des administrés, un verre à la main. "Bonjour Armand (Dedecker)". La poignée de mains est courte. On n’est pas sûr que le bourgmestre MR d’Uccle est ravi de voir Modrikamen déambuler dans son fief.

"Je peux vous poser une question, disons vilaine", l’interpelle une femme, BCBG. "Donaldson, ça me perturbe très fort. J’allais voter pour vous " L’avocat, inculpé fin mars pour faux, usage de faux et complicité de blanchiment dans le cadre du dossier de la société Donaldson, faillie en 2008, se raidit. Il répond, démonte, explique l’argent en transit sur son compte, où "pas un euro n’est resté". Plaide : "Le dossier était encore sous scellés quand le juge d’instruction m’a inculpé. Vous croyez que je suis dupe sur la façon dont ça se passe ? Ce dossier est vide. Je ne serais pas étonné que demain, d’autres dossiers s’ouvrent." La dame écoute, semble convaincue.

Dernière ligne droite du marché. Un couple, enthousiaste, fait la promotion du PP : "C’est ça qu’il faut pour ce pays : sortir du marasme, avoir un projet. On n’a pas tous la chance d’avoir un avion qui tombe avec la moitié du gouvernement." Modrikamen, ravi : "On nomme les problèmes et on va les régler, avec détermination, sans langue de bois. Le PP, c’est un sursaut, un réveil citoyen. On va essayer."