Modrikamen: "Je n’ai pas peur du confédéralisme"

Pour Mischaël Modrikamen, tête de liste PP à Bruxelles, la Flandre perdra automatiquement Bruxelles en cas d’indépendance. Il préconise une cure d’austérité pour l’Etat belge. Me Modrikamen arpente les marchés avec sa petite famille Relisez le chat de jeudi avec M. Modrikamen

Mathieu Colleyn et Francis Van de Woestyne
Modrikamen: "Je n’ai pas peur du confédéralisme"
©Christophe Bortels

Entretien

A l’interview, Mischaël Modrikamen, président du Parti Populaire et tête de liste à Bruxelles pour la Chambre.

Votre parti est national. Est-ce que ce n’est pas une utopie quand on voit l’état des relations entre les Flamands et les francophones. Comment réglez-vous cette question au PP ?

Notre parti a une vision globale pour le pays, pour le Nord comme pour le Sud. Evidemment, dans la réalité des faits, nous ne présentons des listes qu’à Bruxelles et en Wallonie, faute de temps.

Quelle est-elle cette vision ?

C’est celle d’un véritable fédéralisme renouvelé où l’on tente de briser ces forces centrifuges. Avec des choses très concrètes comme la circonscription fédérale qui permet de résoudre le problème BHV. Tout devient différent lorsqu’un homme politique doit solliciter des votes à la fois dans sa propre communauté et dans celle de ses voisins. On évite la surenchère, de voir les partis suivre les autres comme c’est le cas au VLD ou au CD&V par rapport à la NVA. Notre vision apaisée est partagée par beaucoup de francophones et de Flamands. Nous recevons énormément de coups de téléphone de Flamands qui nous demandent "vous n’êtes pas là, pour qui devons-nous voter ?".

Et qu’est-ce que vous leur dites ?

Le CD&V ou le VLD, par défaut. En tant que moins mauvaise solution par rapport à notre projet économique et nos propositions sur la sécurité.

Les derniers sondages donnent 26 % d’intention de vote à la N-VA, avec les autres partis radicaux, on arrive presque à 50 %. Vous n’avez pas le sentiment que les Flamands sont dans une autre logique ?

Il est évident que dans trois ou quatre mois, une autre Belgique sortira. Pour moi, il y a 40 % de chances d’avoir un fédéralisme renouvelé, 40 % de chances d’avoir le confédéralisme et 10 à 20 % de chances d’aboutir à la séparation. Les sondages inquiètent. Mais je ne suis pas dans l’état d’esprit francophone du moment. Je n’ai pas peur du confédéraliste ou de l’indépendance. Il faut dire aux Flamands une bonne fois pour toutes que si on entre dans cette logique, Bruxelles déclarera son indépendance. Cela implique que les Flamands perdront la périphérie. Un Etat flamand indépendant ne sera pas reconnu si on ne respecte pas - le niveau européen y veillera - le droit d’une série de gens à l’autodétermination. J’ajoute que dans ce cas de figure, les institutions flamandes auront deux, trois ou quatre mois pour quitter Bruxelles.

Lors du chat organisé hier par “La Libre” vous avez déclaré ne pas être hostile à l’entrée du PP dans un gouvernement avec la N-VA ou la Liste Dedecker. Vous confirmez ?

Il est clair que nous n’avons pas la même vision sur l’avenir institutionnel du pays. Mais nous ne faisons pas d’exclusive. S’il est possible de trouver un compromis sur les réformes drastiques que nous voulons mettre en œuvre, pourquoi pas ? Nous sommes proches sur le plan programmatique avec la N-VA, la LDD ou le VLD mais sur le plan institutionnel, on est loin du compte.

Pour en revenir à vos projets, est-il possible d’instaurer de la rigueur, voire de l’austérité sans toucher au pouvoir d’achat de la population ?

Potentiellement, nous sommes la Grèce de demain. La spéculation qui s’attaque à la Grèce n’est pas la cause de la crise, ce n’est que la sanction de trente années de mauvaises pratiques. La Grèce une économie publique hypertrophiée, 52 % du PIB, on est à 49 % en Belgique. Nous n’en sommes pas loin, et il faut absolument réduire les déficits.

Comment ?

En sabrant dans les dépenses. Une étude de l’OCDE estime qu’avec 30 % de dépenses en moins on arriverait à un service public aussi performant. Avec nous, ça sera la rigueur !

Faut-il augmenter les impôts pour faire rentrer l’argent dans les caisses ?

Au contraire, il faut les baisser pour relancer la machine économique. Surtout pour les bas salaires. Il faut donner des incitants aux gens qui veulent travailler. Nous proposons donc trois taux d’imposition : jusqu’à 12500 euros, pas d’impôt. De 12500 euros à 50000 euros, un taux de 19 %. Et au-delà, 29 %. Mais il s’agit bien d’un impôt sur des revenus globalisés.

Patrimoniaux aussi ? Il faut donc établir un cadastre des fortunes et lever le secret bancaire… ?

On peut en discuter. Mais notre proposition touche d’abord, non pas le patrimoine, mais bien les revenus. On met dans un pot commun tout ce qui rentre, les salaires, les revenus mobiliers et immobiliers. Et on taxe l’ensemble à 29 % pour tout ce qui dépasse 50000 euros. C’est le système fiscal le plus juste. À côté de cela, nous sommes prêts à réduire toute une série de niches fiscales. Tout ce qui permet d’échapper à l’impôt on supprime !

Les intérêts notionnels aussi ?

Oui. Nous voulons les supprimer. L’impôt des sociétés est officiellement de 33 %. Mais les 50 plus grandes entreprises belges payent en moyenne 7 % d’impôt. C’est profondément injuste. Il vaut mieux avoir un impôt des sociétés à 20 %, mais pour tout le monde. Cette fiscalité doit aussi permettre de lutter contre le travail au noir.

Vous voulez limiter dans le temps les allocations de chômage…

Nous voulons d’abord relever les allocations de chômage la première année. Mais nous mettons fin au chômage au-delà de 36 mois. Sauf si la personne preste une activité en faveur de la collectivité. Pour nous, il n’y a pas de droit sans devoir.

Admettons que vous arriviez un jour au pouvoir, quelles sont les trois premières mesures que vous décidez ?

Il faut tout d’abord montrer aux citoyens que le volontarisme est de retour. Il faut aussi, d’urgence, restaurer la sécurité. Et pour cela, on mobilisera, s’il le faut, l’armée pour donner un coup de main.

Vous effrayez beaucoup de monde avec vos tanks dans les rues…

Il ne s’agit évidemment pas de cela, pas de tanks, mais d’hommes. Si j’effraye les gens, je le fais exprès pour montrer où est le volontarisme. Pour restaurer la sécurité, il faut des hommes. Aujourd’hui, 42 % des tâches des policiers sont d’ordre administratif. Il faut mettre les policiers dans la rue. S’il faut trouver 4000 hommes pour renforcer la sécurité, on peut les trouver dans l’armée pour garder les ambassades, les aéroports ainsi les policiers se chargeront de la sécurité des citoyens. Deuxièmement, nous supprimons toute une série d’institutions au premier rang desquelles les Communautés et les provinces. Troisième décision : mettre fin au chômage à durée indéterminée.

Quelle est votre ambition, pour le 13 juin ?

Notre parti n’a que 6 mois. Beaucoup de gens ne connaissent pas encore le PP. Mais il y a un enthousiasme réel. Des sections sont en train de se créer dans les universités.

Vous avez plusieurs fois annoncé que des sections entières de partis concurrents étaient prêtes à passer au PP : où sont-elles ?

On a énormément de mandataires locaux de plusieurs partis qui nous ont rejoints. Des MR, des CDH, des PS.

Ah ! Qui cela ?

Une jeune socialiste, qui était la plus jeune élue sur une liste communale au Pays des Collines, nous a rejoints. Étudiante en Sciences Po. à l’ULB.

Le PP reste le parti d’un homme, de Mischaël Modrikamen. C’est dangereux…

Je suis un peu le liant. Mais le PP n’est pas né parce qu’un jour Mischaël Modrikamen a rêvé et puis a rencontré Rudy Aernoudt. Le PP est né d’un vide, d’un besoin. D’autres auraient pu le faire à ma place.

Il y a eu quelques départs parmi les cadres…

Il y a une trentaine de cadres. J’en ai mis un à la porte, parce qu’il s’est avéré être un intrigant.