Bart De Wever, le nouveau lion des Flandres

Dames en heren, dit is Bart De Wever. Le président de la N-VA est l’homme de cette campagne électorale, l’homme de ce 13 juin, l’homme des semaines, l’homme des mois à venir. Un homme (een man) au sujet duquel circulent les anecdotes et vérités à la pelle. Alors, suivez le guide. Retrouvez 46 pages spéciales élections dans La Libre de ce lundi E. Van Rompuy: le "non" des francophones a coûté cher au CD&V De Standaard: "Trop simpliste d'attribuer la victoire de la N-VA au seul De Wever" Bart De Wever loupe de justesse le record de Leterme en 2007

Bart De Wever, le nouveau lion des Flandres
©Reporters
PORTRAIT MARTIN BUXANT

Dames en heren, dit is Bart De Wever. Le président de la N-VA est l’homme de cette campagne électorale, l’homme de ce 13 juin, l’homme des semaines, l’homme des mois à venir. Un homme (een man) au sujet duquel circulent les anecdotes et vérités à la pelle. Alors, suivez le guide.

Cet homme-là connaît la Wallonie. Il aime ressasser cette anecdote : il visite une maison du Peuple à Frameries, dans le Hainaut, où il est pris à partie, violemment. “Sale flamand, rentre chez toi !”, lui crie-t-on; il réplique en français, et il en est fier : “Monsieur, si vous venez à la mer du Nord (Vlaamse Kust), on vous parlera en français par courtoisie, alors pourriez-vous me parler en néerlandais ? Non, ah bon, eh bien taisez-vous alors...” Sans doute a-t-il l’assurance que confèrent certains esprits rapides; il a la bosse des langues, il parle mieux l’allemand que le français, mais a appris à ne pas trop insister là-dessus. “Ça passe très mal en Wallonie quand on dit qu’on apprécie la culture allemande”, souffle-t-il avec cet air faussement naïf.

Cet homme-là est bien portant, très bien portant, trop bien portant, mais il l’assume avec bonhomie, sans trop de problèmes. “Je dois vraiment faire attention, je ne peux plus fermer mes cols de chemise”, souffle-t-il parfois. Il a une épouse hollandaise (Veerle), quatre enfants (tous blonds), il aime la Bavière et se moque des quolibets que cela peut lui attirer en Wallonie. Il a un papa cheminot, il l’a d’ailleurs dit au roi Albert la seule et unique fois – jusqu’ici – où le Souverain l’a convié à Laeken. Il est historien de formation, il aime Jules César et raffole de l’époque romaine. Il aurait voulu terminer son doctorat à la KUL, mais a été happé par le virus de la politique. “Trop tard, se désole-t-il, mais j’essayerai de terminer ça un jour.” Il a un frère (historien), il a une soeur “immigrée” en Wallonie, dans le Luxembourg. Et il déteste qu’on se moque de sa sœur et de sa situation précaire. “Elle n’a jamais demandé à être sous les projecteurs”, fulmine-t-il. Il a un meilleur ami francophone, mais refuse de le nommer – “ça lui créerait des ennuis énormes, dit-il, et je ne veux pas que notre amitié devienne un poids et un handicap pour lui”.

Cet homme-là a une conscience politique façonnée au berceau, construite au gré des discussions familiales, il a la Flandre chevillée au corps, il a la mémoire des humiliations infligées depuis 1830 au peuple flamand. Il est né avec une carte de membre de la Volksunie entre les mains, aime-t-il raconter après un ou deux verres de vin italien. Papa l’a fait membre du parti nationaliste flamand à la naissance (décembre 1970). Donc, je règle mon pas sur celui de mon père, Bart veut sa place dans l’histoire (flamande), il s’implique dans la VU, puis est de l’aventure N-VA en 2001 lors de l’éclatement de la Volksunie. Il est persuadé que l’avènement de la Flandre viendra, en se délestant de la Wallonie – il ne parle pas ou peu de Bruxelles, c’est une scorie, d’ailleurs supprimons-la, partageons-la entre francophones et Flamands.

Cet homme-là a fait déraper les pneus de son monospace bleu dans les graviers jaunâtres du château de Val Duchesse durant l’été 2007, il a monté un cartel, une sorte de Meccano, avec les démocrates-chrétiens flamands du CD&V en 2004 et ne leur a laissé que la peau sur les os. Les voici nus, ou presque, six ans plus tard. Il est sans pitié pour son compère de l’époque, un certain Yves Leterme : “Il a traversé la vallée de la honte”, dit-il en se moquant du Yprois, qui n’a rien réalisé en matière de réforme de l’Etat. Il a (aussi) appris à connaître l’égérie humaniste, il n’est certainement pas étranger au surnom de “Madame Non” dont on affuble désormais Joëlle Milquet, il a cotoyé Olivier Maingain, mais demande, AUB !, qu’on évite de le comparer au bourgmestre woluwéen, car moi, dit-il, “je ne demande pas le territoire des francophones, je ne demande aucun territoire”.

Cet homme-là est anversois jusqu’au bout des ongles, rien de tel d’ailleurs que de placer un bon tacle au bourgmestre socialiste de la métropole, le socialiste Patrick Janssens, lors des conseils communaux. Il n’a jamais avoué ouvertement son ambition de prendre la maison communale d’Anvers, mais c’est le secret le moins bien gardé de Flandre. Il a la rancune tenace, aime prendre la pose de la victime, est doté d’un sens politique hors pair. Il a l’humour carnassier, il n’est jamais le dernier à rire aux dépens d’un tiers, il n’oublie pas les coups de poignard reçus, rend coup pour coup, et possède une collection de copyrights – La RTBF est “Radio-Mille Collines”, “Le Soir” est la “Pravda”, etc. – dont il est relativement fier. “Je ne suis pas insensible à l’image de monstre que l’on fait de moi, assure-t-il, ma façon de survivre en politique est de traiter tout cela avec beaucoup d’humour et de cynisme.”

Cet homme-là aime faire bombance, il se damnerait pour un lunch dans un restaurant trois étoiles, la cuisine italienne est son pêché mignon, et il ne dit jamais non à un dessert. “Ma santé n’est pas très bonne, avoue-t-il, je suis très sensible aux empoisonnements alimentaires.” Autant le savoir. Il a fait exploser le baromètre de sa popularité l’an dernier en participant à l’émission de la chaîne publique flamande “Slimste mens ter wereld” et en arrivant jusqu’à la finale de ce quiz de culture générale flamando-flamande. Indécrochable qu’il était – jusqu’à embarrasser la VRT en pleine période électorale – alignant les bons mots et les bonnes réponses, croisant le fer avec Rik Torfs devant 1,5 million de spectateurs.

Et puis, cet homme-là a serré la main du frontiste Jean-Marie Le Pen. En 1996, lors d’un passage du leader d’extrême droite français en Belgique. “Je venais de finir mes études et je pensais que c’était une bonne occasion de l’entendre”, dit-il aujourd’hui. Et puis, cet homme-là a assisté en 2007 aux funérailles de Karel Dillen, père fondateur du Vlaams Blok. Cet homme-là a torpillé Patrick Janssens lorsque celui-ci a présenté des excuses à la communauté juive anversoise. C’est qu’il pêche – parfois – dans les eaux boueuses du Belang, c’est qu’il affronte l’extrême droite flamande de si près qu’il donne parfois l’impression d’avoir basculé du côté brun. Il dit pourtant “détester l’extrême droite et ses idées”, il dit encore être catholique, mais ne pas aller à la messe. Et il dit détester l’image de monstre qu’on lui fait parfois dans les médias.

Dames en heren, dit is Bart De Wever.

© La Libre Belgique 2010


Sénat: De Wever obtient 764.904 voix de préférence Tous les votes pour le Sénat ont été comptabilisés. Le président de la N-VA Bart De Wever atteint le score de 764.904 voix de préférence, soit un peu moins que le score d'Yves Leterme en 2007 (796.521). Bart De Wever a écrasé la concurrence. La présidente du CD&V Marianne Thyssen est deuxième avec 314.850 voix. Le podium est complété par Alexander De Croo. Le président de l'Open Vld a obtenu 288.850 voix de préférence. Le premier francophone se trouve à la quatrième place. Il s'agit de la tête de liste PS Paul Magnette, qui a obtenu 264.167 voix. Suivent Filip Dewinter (VB) avec 194.107 voix et les deux membres du sp.a Johan Vande Lanotte (179.867) et Frank Vandenbroucke (167.932). Le top 10 au Sénat est complété par Armand De Decker (MR), avec 148.673 voix, Rik Torfs (CD&V), avec 140.729 voix et Louis Michel (MR), qui a obtenu 127.878 voix.

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