"Il faut donner un destin aux francophones"
Oui, il y a toujours un gouvernement démissionnaire mais qui travaille. Mercredi, il a décidé de prolonger les mesures anticrise (voir p. 10). Peut-il aller plus loin ? Tour d’horizon politique avec Sabine Laruelle, ministre de l’Agriculture et des Classes moyennes (MR).MR: être de tous les gouvernements ou aucun
Publié le 16-09-2010 à 04h15 - Mis à jour le 16-09-2010 à 07h06
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Entretien
Oui, il y a toujours un gouvernement démissionnaire mais qui travaille. Mercredi, il a décidé de prolonger les mesures anticrise (voir p. 10). Peut-il aller plus loin ? Tour d’horizon politique avec Sabine Laruelle, ministre de l’Agriculture et des Classes moyennes (MR).
Si les affaires courantes perdurent, faudra-t-il un gouvernement Leterme III ?
Si les affaires courantes venaient à se prolonger, il faudra donner d’autres capacités d’action au gouvernement en place. On peut prendre des décisions : on a prolongé les mesures anticrise, on a augmenté les pensions des indépendants en août, les allocations sociales vont augmenter de 2 % parce que l’indice pivot est dépassé. En matière d’asile et d’immigration, on doit aussi décider certaines choses et hier, nous avons également discuté de la Justice et de la problématique des faits de pédophilie dans l’Eglise. Faudra-t-il adapter les affaires courantes avec un appui du Parlement ? En 2007, Guy Verhofstadt a formé un gouvernement pour trois mois, fin décembre. On verra. La question ne se pose pas encore. Aujourd’hui, la situation budgétaire reste dans "les clous". S’il y a dérapage, il faudra que l’on puisse intervenir.
Quelles sont vos idées à vous pour réaliser les 22 milliards d’économie ?
Il faudra évidemment "un peu de tout". Au MR, on ne souhaite pas qu’on accroisse la charge, fiscale ou sociale, sur les ménages et notamment ceux qui travaillent. Ce qui ne veut pas dire qu’il faut alourdir les charges sur les chômeurs. Il ne faudrait pas hypothéquer les capacités de relance. Ce qu’il faut, c’est restaurer la confiance de manière à ce que les ménages dépensent. Il ne faut pas entraver la relance de la consommation. On sait bien que ce n’est pas tellement l’argent qui manque : il n’y a jamais eu autant d’épargne. C’est la confiance qui manque.
Voilà donc ce qu’il ne faut pas faire. Que faudra-t-il faire ?
Pour trouver ces 22 milliards d’économie, tout le monde devra participer à l’effort : pas seulement l’Etat fédéral, aussi les Régions et les Communautés.
La N-VA souhaite limiter les allocations de chômage dans le temps ou les rendre dégressives… D’accord ?
On n’a jamais demandé la limitation des allocations de chômage dans le temps, même si cela fait sympa dans les meetings. Mais nous n’y sommes pas favorables parce que la personne qui perd son chômage passe au CPAS. Donc in fine, cela change quoi ? Par contre, la dégressivité Notre idée est celle-ci : la personne qui travaille, qui tombe au chômage, subit une grosse perte de pouvoir d’achat. Pourquoi ne fait-on pas du chômage, un réel revenu de remplacement pour limiter le choc, au début, de la perte de revenus ? Augmentons donc l’allocation de chômage au début et rendons-la dégressive, plus rapidement qu’aujourd’hui.
Regrettez-vous que le MR ne soit pas associé aux négociations ?
J’entends certains, certaines plutôt, dire : faut quand même bien tenir compte du résultat des élections. Quand cela vient de Laurette Onkelinx ça va Le PS a réellement gagné. Quand cela vient de partis ( NdlR CDH et Ecolo ) qui, à deux, font moins que nous, le respect du choix de l’électeur, je ne sais pas très bien où il est. L’argument est un peu rigolo et ridicule.
Si vous étiez à la table…
Je trouve dommage que les négociateurs du PS, du CDH, d’Ecolo n’aient pas une vision un peu plus dynamique et positive du destin des francophones. On n’est quand même pas tous des idiots : on peut aussi se prendre en mains et assumer un certain nombre de choses. C’est vrai que la gestion serait plus simple si les compétences étaient homogènes. Il faut une vision francophone des choses. Les francophones doivent être moins sur la défense. Ne faudrait-il pas changer de méthode de négociation et définir avant tout ce que francophones et Flamands veulent encore bien gérer ensemble ? Car, oui, nous pensons qu’il y a encore un destin commun.
Quel est l’avenir du pays ?
Il faut donner un destin aux francophones et il faut aussi déterminer comment financer les politiques qu’on reçoit. Force est de constater que ce sont les Régions qui ont les leviers. Mais il faut aussi beaucoup plus de collaboration entre Bruxelles et la Wallonie. Nous souhaitons un gouvernement commun Communauté/Régions, en respectant l’indépendance de chacun. Mais cela s’appuie sur des Régions fortes.
Préparez-vous aussi le “plan B” ?
Ce n’est pas parce que M. Di Rupo a échoué que le chaos est là. Je crois qu’il a déployé toute son énergie, toute son intelligence pour essayer d’y parvenir. Bart et lui vont peut-être se rabibocher. Mais cela ne sert à rien d’agiter le fanion rouge. Il ne faut pas faire peur aux gens. Nous préférons réfléchir au destin francophone.
Didier Reynders a-t-il bien fait d’aller déjeuner avec Bart De Wever ?
Je croyais très franchement qu’on vivait dans une démocratie ! Je me suis visiblement trompée J’ai toujours cru qu’on pouvait aller manger avec qui on voulait, quand on voulait. J’ai dû me tromper De plus, Didier Reynders n’a jamais fait d’offre de service. Vous savez, en 2007, certains téléphonaient toutes les trois minutes à Elio Di Rupo qui n’était pas, au début, parmi les négociateurs
Autre argument avancé par les négociateurs francophones pour écarter le MR : les libéraux n’ont pas été invités à la table parce que le mouvement est soumis à de profondes divergences internes…
Il est clair qu’on n’a pas connu que des moments calmes et agréables. Depuis, il y a eu un travail de pacification et de dialogue. Qu’il y ait des explications, quoi de plus normal. Il y en a dans tous les partis.
Cette paix des braves s’est faite sur le dos du FDF…
Pas du tout. Il n’y a pas de divergence de vues entre le FDF et le MR. Chez nous, il n’y a pas de Gestapo qui interdit quiconque de parler.
Serez-vous candidate à la présidence du MR, le moment venu…
Tout cela est beaucoup trop prématuré. Je suis ministre en affaires courantes. J’ai un emploi du temps très chargé avec la présidence européenne. C’est cela qui m’occupe l’esprit aujourd’hui. Demain, on verra bien ce qui se passera. Est-ce qu’Elio et Bart vont réussir et s’adorer ? Admettons qu’ils réussissent à 7. A ce moment-là, il sera temps de voir.
EpingléLe ministre des Finances , Didier Reynders (MR) a confié mercredi dans "L’Echo" qu’il souhaitait rendre définitive la réduction à 6 % de la TVA pour les travaux de rénovation concernant les bâtiments de 5 à 15 ans. Il précise qu’une telle décision n’aurait aucun impact budgétaire immédiat puisque cette réduction a été intégrée directement dans le budget 2010-2011. Pour rappel, cette réduction de TVA, temporaire au départ, n’est d’application que pour les logements privés ou les parties de bâtiments à usage privé. Autres conditions assorties à la réduction : l’obligation de faire appel à un entrepreneur agréé et la facturation directe des travaux à l’utilisateur final, soit le locataire ou le propriétaire. Pour Didier Reynders, cette réduction de TVA est désormais entrée dans les mœurs en Belgique. Il annonce qu’un groupe de travail est actuellement à l’œuvre en vue de prolonger cette disposition au-delà du 31 décembre 2010. Reste un obstacle à surmonter : le fait que le gouvernement fédéral est toujours en affaires en affaires courantes. "Si une majorité parlementaire soutient la prolongation, affaires courantes ou pas, nous pourrons avancer", estime le libéral. La réduction de la TVA à 6 % pour les bâtiments de 5 à 15 ans est appliquée depuis 10 ans en Belgique. M.Co.




