Elio Di Rupo: l’homme des solutions

L’ascendant personnel du président du PS en Flandre - deuxième en notoriété/popularité derrière Bart de Wever - est l’élément inédit et décoiffant du baromètre automnal de "La Libre" (nos éditions de lundi). L’expertise d’un politologue flamand, Lieven De Winter, qui professe à l’UCL et à la HUB (Hogeschool Universiteit Brussel, ex-KUB).

Paul Piret

L’ascendant personnel du président du PS en Flandre - deuxième en notoriété/popularité derrière Bart de Wever - est l’élément inédit et décoiffant du baromètre automnal de "La Libre" (nos éditions de lundi). L’expertise d’un politologue flamand, Lieven De Winter, qui professe à l’UCL et à la HUB (Hogeschool Universiteit Brussel, ex-KUB).

Comment expliquer cette performance ?

Il y a d’abord un effet d’exposition : Di Rupo comme De Wever sont présents partout, tout le temps. Et le parti que chacun préside doit jouer un rôle important. Je trouve plus étonnant qu’en Wallonie, toutes les autres personnalités soient en baisse, à l’exception, et encore, de Louis Michel et Didier Reynders.

Le choix de Di Rupo ne doit pas être d’ordre idéologique, quand on voit les intentions de vote pour le SP.A ou Groen…

Sûrement : la gauche flamande est la plus faible d’Europe ! Mais même si de nombreux Flamands n’aiment pas les socialistes ou les francophones, il est normal qu’ils se disent qu’aucune réforme n’est possible sans le PS. C’est un choix radical, pour résoudre les problèmes : il faut que le PS s’engage. Dès lors, il est clair que Di Rupo est l’homme de toute solution.

En dépit de son néerlandais…

Un Magnette, un Demotte, sont impeccables, supérieurs à Di Rupo. Sa communication en néerlandais n’est pas spontanée et il lui sera difficile de trouver le bon ton dans des débats plus techniques. Mais on voit qu’il fait des efforts, pas faciles pour lui.

Son profil séduit, aussi ?

Il est gentil, raffiné, souriant, diplomatique. Très différent d’un De Wever. Chaque fois que la N-VA a posé un nouveau problème, on l’a vu essayer d’accommoder les solutions. Tandis que De Wever cherche à tirer le maximum, lui, y met plus de bonne volonté. La révolution copernicienne qu’il a entreprise me paraît d’ailleurs déjà aller trop loin pour une partie des francophones.

Vous voulez dire qu’il ferait trop de concessions aux nationalistes flamands ?

Citez-moi un point sur lequel, jusqu’ici, les francophones seraient gagnants ! Sur BHV, c’est le pire deal jamais proposé. La loi de financement, les francophones ne voulaient pas qu’on y touche. Les trois bourgmestres, ce sera peut-être en 2012. Les transferts de compétences, on n’en voulait pas vraiment. Sauf peut-être au PS, qui s’en trouvera renforcé en Wallonie. Mais ce ne sera pas un gain pour qui croit en une meilleure gouvernance : ils nécessiteront cinq ou dix ans de chaos dans les normes, transferts de fonctionnaires, etc.

A vous suivre, Di Rupo et le PS devraient perdre du terrain à Bruxelles et en Wallonie.

La popularité de Di Rupo côté francophone m’étonne. Dans votre sondage paru samedi, un francophone sur deux se dit favorable au retour à une Belgique unitaire. Les négociations cherchent un accord sur une réforme de l’Etat que, donc, les francophones ne veulent ou ne voudraient pas, mais sont prêts à accepter pour éviter le chantage de la scission. Un paradoxe existe aussi en Flandre. Pas plus de 16 % se disent pour une scission du pays alors qu’ils voteraient à 32 % pour la N-VA, sans parler du Vlaams Belang et de la LDD avec lesquels on s’approche des 50 %. Ce décalage entre préférences et programmes est énorme et bizarre. Sans doute des Flamands se disent-ils : secouons le cocotier pour arriver à un fédéralisme plus poussé; la meilleure manière d’y arriver est de passer par un parti en poupe même si, pour lui, la réforme sera un minimum.