Les libéraux arrivent sur la pointe des pieds

On devrait connaître aujourd’hui le nom de la personne que le Roi chargera d’une mission pour relancer les négociations politiques. S’agira-t-il d’une seule personne ? D’un tandem ? Plusieurs rumeurs circulaient mardi soir sur l’identité des futurs démineurs.

V.d.W, M. Co. et M. Bu.
Les libéraux arrivent sur la pointe des pieds
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On devrait connaître aujourd’hui le nom de la personne que le Roi chargera d’une mission pour relancer les négociations politiques. S’agira-t-il d’une seule personne ? D’un tandem ? Plusieurs rumeurs circulaient mardi soir sur l’identité des futurs démineurs. Disons tout de suite que le nom Didier Reynders était le plus souvent cité. Avec Yves leterme? Le CD&V ne semblait pas le vouloir. Voyons cela.

Comment pourrait-on en arriver à ce total revirement? Procédons par élimination. Les francophones, PS, CDH et Ecolo, n’avaient ni vraie préférence ni totale exclusive. Un souhait peut-être : que le CD&V se mouille enfin. C’est le parti qui a sans doute le plus bloqué les négociations et qui, depuis 8 mois, refuse d’assumer la moindre responsabilité. Dans toutes les langues, quelle que soit la situation, le discours des démocrates chrétiens est toujours le même : ce sont les deux grands vainqueurs des élections du 13 juin, la N-VA et le PS, qui doivent prendre leurs responsabilités. Nous, on suivra. Une attitude qui irrite passablement les francophones qui jugent l’attitude du CD&V très "pleutre". Celle-ci serait même "Inacceptable" si l’on comprend bien le sens de la note manuscrite d’Elio Di Rupo dans le "message au roi", une note volée par un photographe de l’agence Belga à son entrée au palais de Laeken. Le CD&V a donc mauvaise presse, au point que certains vont même jusqu’à imaginer un scénario sans lui puisque ces derniers temps, avec de nouvelles exigences sur Bruxelles, c’est plutôt ce parti là qui a mis le feu aux poudres. Mais la N-VA n’abandonnera jamais le CD&V. Et vice et versa.

Donc, ce ne sera pas quelqu’un du CD&V. A moins nous glisse-t-on dans ce parti décidément très compliqué, qu’Yves Leterme ne veuille y aller... contre l’avis de son parti. On verra. Bon, au suivant.

Bart De Wever, qui s’est également entretenu avec le Souverain ce mardi, n’aurait pas dit non à une nouvelle mission de déminage. Mais le PS n’en aurait pas voulu. Les autres francophones n’étaient pas très chauds non plus même s’il y avait certaines voix, ici et là, pour estimer qu’il appartenait au président de la N-VA de montrer qu’il voulait bien un accord.

Un PS alors ? Et qui d’autre alors que le président, Elio Di Rupo ? Pour reprendre la note de l’été dernier ? Il n’y avait pas unanimité sur cette proposition. Au PS comme ailleurs.

Qui alors ? Sans tirer à la courte paille, plusieurs en sont venus à la déduction qu’il fallait, après 8 mois de blocages à 7, proposer une figure libérale. Qui ? On l’a dit : Guy Verhofstadt aurait plu. Mais, curieusement, surtout à des francophones. Car en Flandre, on ne veut pas voir revenir celui qui a rangé les problèmes institutionnels au frigo pendant 8 ans. Ce qu’il dément, mais bon.

Donc, petit coup d’œil du côté francophone : n’avons-nous pas là, disponible, sous la main, prêt à bondir, un vice-Premier ministre, parfait bilingue, et de surcroît ministre des Réformes institutionnelles? Didier Reynders, pardi. Par ailleurs chef de file gouvernemental de son parti. Non pas en titre mais en fonction.

De plus, l’homme a un grand passé de négociateur. Pendant 5 mois, il y a 3 ans, avec Yves Leterme, il a sué sang et eau pour faire aboutir la fameuse équipe orange-bleue. Il a aussi de bons contacts avec le président de la N-VA, Bart De Wever, depuis un certain déjeuner chez Bruneau, le 28 août dernier. D’ailleurs il se dit, ci et là, que Bart De Wever soutient, c’est peu dire, la désignation de Didier Reynders. Au MR, pacification et unité obligent, sa nomination à une quelconque mission devrait être applaudie des deux mains.

De plus, en quelques jours, le discours a changé au PS. Depuis la démission de Johan Vande Lanotte, les portes sont grandes ouvertes aux libéraux. "Pendant 8 mois, on a essayé sans eux, maintenant, on est dans une autre configuration", explique un socialiste. Donc, maintenant, il faut associer les libéraux. D’autant qu’Elio Di Rupo a prévenu : pas question d’installer l’instabilité là où règne la stabilité. Autrement dit : l’arrivée des libéraux dans la négociation fédérale ne doit en aucune manière être conditionnée à l’entrée du MR dans les majorités régionales et communautaires. A moins, évidemment, que les négociations ne débouchent un jour sur un grand accord institutionnel au terme duquel les libéraux entreraient dans un gouvernement de plein exercice. Mais on est encore loin du compte.

L’idée, donc, de confier à Didier Reynders une mission était dans l’air, mardi soir. Avec l’accord de tous les partis ? Oui et non. Curieusement, le Liégeois aurait rencontré certaines réticences à l’intérieur même de sa formation politique. Pas auprès du futur président, Charles Michel, prêt à soutenir son président qui sera bientôt son ministre. Mais surtout, semble-t-il, auprès du FDF qui n’apprécie guère que le volet BHV soit dissocié du reste de la négociation institutionnelle, comme le suggère Elio Di Rupo. Bernard Clerfayt, assurait hier matin sur les ondes de Twizz radio qu’il faudra repartir de zéro. Pas question donc de se baser sur un quelconque texte sur BHV proposé par Johan Vande Lanotte. Ce même texte que les partis flamands ont accueilli avec plaisir et que les francophones s’apprêtaient à amender dans les grandes largeurs. Mais il faudra analyser cet aspect du problème à la lumière des deux tâches qui attendent la formule que choisira le Roi pour déminer la situation. Tout dépendra, on le voit, des contours de la mission royale.

La première serait de veiller à ce que le gouvernement démissionnaire prenne bien à bras-le-corps les dossiers économiques, sociaux et budgétaires. Avec qui autour de la table ? On l’a dit, les partenaires actuels. Ou alors, selon la formule "vient qui veut", énoncée par le PS, d’autres pourraient rejoindre l’équipage actuel. Le SP.A ? Pas sûr. Ecolo ? Certainement pas. Parallèlement à cela, on lancerait donc une grande négociation institutionnelle qui associerait, cette fois, tous les partis démocratiques. Sauf bien sûr, ceux qui ne souhaitent pas s’y frotter.

Mais, il y a un mais, pour éviter un deuxième enterrement de première classe des dossiers institutionnels - comme en 2007-2008 - les partis s’engageraient à régler, sans tarder et dans le cadre d’un "premier paquet", un double dossier: la scission de BHV et le refinancement de Bruxelles. Un procédé de négociation avancé par Elio Di Rupo (à côté de son gouvernement d’union nationale) qui ne convient pas à tous les francophones. On l’a dit: le FDF refuse. Pour le parti d’Olivier Maingain, il est impossible de régler BHV sans l’inscrire dans une négociation institutionnelle globale. Et il est impossible de régler le refinancement de Bruxelles sans parler de la loi de financement.

Cette mission éventuellement confiée à Didier Reynders est une mission à hauts risques: "C’est même un piège" considère un libéral. Faut-il dès lors décliner? Non évidemment. D’autant que le ministre des Finances a déjà démontré qu’il pouvait négocier avec succès des problèmes délicats. Au PS, en tout cas, plusieurs négociateurs de premier plan estiment largement que ce serait-là une très bonne idée: "Ne regrette-t-il pas depuis le mois de juin que les libéraux ne soient associés ni de près ni de loin aux discussions institutionnelles". Un consensus relatif semble donc se constituer autour de sa personne. Encore faut-il s’entendre sur la nature de la mission. On imagine mal en effet le PS mettre Didier Reynders sur orbite et le propulser au "16"...


"S’il existe une volonté politique pour aller vers le confédéralisme, alors un accord devrait être possible dans un délai normal. S’il s’avère qu’on n’est pas prêt à faire de grands pas dans cette direction, alors ce sera sans nous." Bart De Wever Ainsi s’exprimait le président de la N-VA le 8 juin 2010, soit cinq jours avant les élections. Il tenait ainsi à rassurer la presse internationale qui découvrait sa personnalité et ses velléités séparatistes à la faveur des sondages qui le donnaient largement en tête.

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