Reynders: "La première fraude est la fraude sociale"

On finira par ne plus compter les déjeuners partagés par Bart De Wever et Didier Reynders. Mardi, le vice-Premier ministre libéral était l’invité d’honneur d’un repas-conférence organisé à l’adresse du monde de l’entreprise flamande par l’International Club of Flanders, à Gand.

M. Co.
Reynders: "La première fraude est la fraude sociale"
©BELGA

On finira par ne plus compter les déjeuners partagés par Bart De Wever et Didier Reynders. Mardi, le vice-Premier ministre libéral était l’invité d’honneur d’un repas-conférence organisé à l’adresse du monde de l’entreprise flamande par l’International Club of Flanders, à Gand. C’est le président de la N-VA qui s’est chargé d’introduire l’ex-président du MR. Dans une chaleur étouffante, l’ambiance fut bon enfant, détendue. Pas de trace visible des dernières passes d’armes entre les deux formations politiques suite aux accusations de négationnisme proférées par Olivier Maingain à l’encontre de Bart De Wever. Une fois l’entrée avalée, Didier Reynders est donc tranquillement monté sur l’estrade pour exposer sa vision de l’avenir de la Belgique. En néerlandais, cela va de soit, le Liégeois a mis la barre à droite toute, maître dans l’art de caresser dans le sens du poil les chefs d’entreprises venus l’écouter. Sur le plan institutionnel, toutefois, les divergences entre la N-VA et le MR restent patentes.

Fidèle à ses habitudes, Didier Reynders a lourdement appuyé sur les réussites du gouvernement actuel en affaires courantes et les résultats économiques plutôt encourageants de la Belgique. Il a pu mener des réformes (DLU, intérêts notionnels) avec tous les partis, y compris le SP.A a-t-il lancé à Bart De Wever, plutôt enclin, c’est connu, à se débarrasser des socialistes flamands.

Mais ce sont surtout ses recettes pour faire revenir le budget de l’Etat à l’équilibre d’ici 2015 que l’on attendait dans la salle. "C’est le challenge du formateur" , a indiqué Reynders avant de proposer, pêle-mêle, la possibilité de continuer à travailler à offrir au plus de 65 ans, une remise en cause de l’indexation des salaires, mais uniquement sur les bas et moyens revenus, une dégressivité dans le temps des allocations de chômage. En outre, pour le ministre des Finances, la première fraude fiscale en Belgique, "c’est la fraude sociale" . Didier Reynders vise notamment le travail au noir. Il plaide aussi pour un renforcement de l’accompagnement des chômeurs par les organismes régionaux (le Forem, Actiris et le VDAB) visant à mettre plus de gens au travail.

Rien de bien neuf sous le soleil libéral mais un discours qui a de quoi séduire chez les nationalistes. Bart De Wever a d’ailleurs une nouvelle fois souligné la proximité idéologique des deux partis sur le plan socio-économique. Par contre, sur le volet institutionnel, ce n’est pas encore tout à fait cela. "Nous avons besoin d’aller plus loin, les francophones doivent prendre leur destin en main", a toutefois entamé Didier Reynders. Pourquoi avoir peur de plus d’autonomie puisque les belles performances économiques de la Wallonie s’étalent dans les journaux ? "Il va falloir vite se renforcer sinon, on finira par payer pour les Flamands" , a encore ironisé Didier Reynders. Gloussements de Bart De Wever, hilarité contenue dans la salle.

Sur la réforme de l’Etat, le libéral francophone poursuit avec une vision de la Belgique de demain basée sur trois régions. Avec une région bruxelloise élargie aux Brabant flamand et wallon. Peu d’enthousiasme dans la salle, c’est peu de le dire. Didier Reynders a également regretté brièvement la non-nommination des bourgmestres de la périphérie, tout en " ne comprenant pas" l’insistance de la Flandre pour scinder BHV. "On peut trouver un bric à brac mais je plaide pour une solution définitive", a-t-il lancé avant de dire qu’il fallait être attentif à l’économie dans Bruxelles et autour de Bruxelles.

Il était déjà temps d’attaquer le chateaubriand béarnaise proposé en plat principal. Ensuite, au jeu des questions, Didier Reynders s’est directement fait interpeller sur le cas "Maingain". Le président du FDF n’a pas pour autant plané sur les débats. Bart De Wever n’a pas, par exemple, réitéré sa demande au MR de se distancier ouvertement des propos du président du FDF. Il s’est contenté de pointer les prochaines élections communales pour expliquer la théorie selon laquelle Olivier Maingain ne souhaite plus d’accord.

La violence des propos des uns et des autres n’a donc manifestement pas brisé les liens qui existent entre le MR et la N-VA. Ceux-ci ont souvent soufflé le chaud et le froid depuis les dernières élections fédérales. Ce repas gantois ne fut sans doute pas le dernier entre les deux forces politiques de droite.