De Wever veut "régler la question de Bruxelles"

Dans une longue interview réalisée par la revue française "Politique internationale", Bart De Wever a accepté de se livrer. "La Libre" publie quelques extraits de cet entretien, dans lequel De Wever souhaite "régler la question de Bruxelles".

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Dans une longue interview réalisée par la revue française "Politique internationale", Bart De Wever a accepté de se livrer. "La Libre" publie quelques extraits de cet entretien, dans lequel De Wever souhaite "régler la question de Bruxelles".

Quelles sont les lignes rouges sur lesquelles votre parti ne transigera jamais ?

Je pense qu’il faut mettre un terme aux derniers reliquats de querelle culturelle dans la périphérie bruxelloise. Il faut donc régler la question de Bruxelles et il faut que les francophones cessent de réclamer des communes flamandes de la périphérie bruxelloise. C’est donc la première ligne rouge. Les francophones doivent finalement accepter que nous n’accepterons jamais de donner une suite favorable à de telles demandes. Les grandes cultures ont toujours tendance à se montrer expansionnistes, c’est normal. Et les petites cultures doivent toujours se défendre, sinon elles risquent d’être rayées de la carte. C’est un constat, pas un reproche. La petite culture pensera toujours en termes de droit du sol et de défense de son territoire tandis que la grande culture, elle, prônera le droit des gens. Nous sommes vraiment en présence, ici, d’un "clash des cultures". Il faut un accord de pacification qui règle ce problème. Les francophones qui vivent en Flandre ont des soucis, disent-ils. Fort bien. Dans ce cas, il faut un accord qui prenne leurs doléances en compte, mais une chose est intangible : le respect du territoire de la Flandre. C’est crucial. C’est ce que j’appelle la fin de la lutte culturelle.

Pensez-vous que la Belgique ait encore un avenir ?

Comme beaucoup l’ont déjà souligné avant moi, ce pays a manqué de nombreuses occasions d’assurer son avenir. C’est une vérité. Edmond Burke a dit au XVIIIe siècle : "Un pays qui n’a pas les moyens de changer n’a certainement pas les moyens de rester un pays." Nous avons toujours parlé d’"évolution". Or l’évolution, c’est un processus lent. Il est difficile de prévoir quelles seront les étapes intermédiaires. Personnellement, j’ai toujours été un modéré sur ce plan. Si j’étais francophone, je garderais en tête cette vérité d’Edmond Burke. Si l’on veut tout avoir, on va tout perdre ! Et beaucoup plus vite encore que certains l’imaginent

Vous sentez-vous davantage flamand, anversois, belge ou européen ?

Pour vous répondre, il faut d’abord savoir ce que signifie l’identité. Pour moi, l’identité, c’est avant tout un processus d’identification qui repose sur un ensemble de données objectives : une langue, un réseau culturel, un territoire, des habitudes. Mais aussi sur la volonté, le choix de vivre ensemble. On doit s’identifier à une communauté. L’identité n’est donc pas un sujet fixe. C’est quelque chose de subjectif et d’évolutif. Quand on regarde la Belgique et son histoire, on constate que l’identité flamande s’est construite à côté de l’identité belge. Il y a un dédoublement. Aujourd’hui, la situation est très compliquée. Quelle est l’identité d’un Flamand en 2011 ? Si l’on demande aux Flamands : "Voulez-vous encore de la Belgique ?", je pense que la plupart répondront par l’affirmative. Mais si on leur demande : "Est-ce que cette identité belge est encore importante pour vous ?", alors la majorité répondra non. Mais regardons les données objectives : est-ce que la Belgique est encore une démocratie ? Non, il y en a deux : une francophone et une flamande. Est-ce que la Belgique a encore une élite commune ? Non, il y en a deux. Les étrangers ne comprennent jamais pourquoi il est si difficile de former un gouvernement en Belgique. Mais nous ne sommes pas comme le Royaume-Uni, nous ne sommes pas comme l’Espagne et certainement pas comme la nation la plus efficace de l’Europe qui est la France. La France est une et indivisible. Il reste encore un peu de folklore à la périphérie du pays, mais l’identité française a été diffusée depuis Paris, la baïonnette au fusil. On a créé une identité française et on l’a imposée. La Belgique, elle, constitue le plus grand échec du continent. Un Etat-nation qui ne peut même pas porter une démocratie

Je me permets d’insister : finalement, quelle est votre identité ?

L’identité est une question de choix et le mien est fait. Je suis un patriote flamand. Dans le futur, selon moi, c’est la démocratie flamande qui importera - et la démocratie européenne à plus grande échelle. Ce sont les deux identités que j’ai choisies.


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