Maggie De Block et le VLD sous le feu de la N-VA

Avec l’Open VLD, on allait voir ce qu’on allait voir. Après des années de gestion du dossier par les partis francophones jugés trop laxistes, les libéraux flamands s’étaient jurés de rendre un peu plus étanches les frontières.

V.R.
Maggie De Block et le VLD sous le feu de la N-VA
©Photonews

Avec l’Open VLD, on allait voir ce qu’on allait voir. Après des années de gestion du dossier par les partis francophones jugés trop laxistes, les libéraux flamands s’étaient jurés de rendre un peu plus étanches les frontières. Maggie De Block apprend aujourd’hui, à ses dépens, qu’il est plus facile de réclamer une politique d’immigration stricte que de l’appliquer sur le terrain.

On ne peut pas le nier : depuis que le département a été confié à Maggie De Block, des accents plus mâles ont été donnés à la politique migratoire de la Belgique. Le hic, c’est qu’on trouve toujours plus mâle que soi. En l’occurrence, la N-VA, qui a bien compris le profit qu’elle pouvait tirer d’un dossier toujours extrêmement embarrassant pour les majorités en place.

Ainsi, la secrétaire d’Etat à l’Asile et l’Immigration est régulièrement matraquée en Commission de la Chambre par deux fines lames du parti nationaliste flamand, Sarah Smeyers et Theo Francken. Mercredi, en Commission de l’Intérieur, Maggie De Block a de nouveau subi un feu nourri de questions posées par les deux députés N-VA. Des questions portant sur l’octroi d’un titre de séjour à des étrangers qui en ont fait la demande mais qui ont séjourné en prison. Un sujet forcément embarrassant. La N-VA s’en délecte. A l’envi.

Il y a quinze jours, la secrétaire d’Etat avait déjà été mise à l’examen sur le même thème. Elle avait alors avoué que 81 étrangers régularisés au cours des six dernières années l’avaient été alors qu’ils avaient effectué un séjour en prison. Mercredi, la N-VA est revenue sur ce chiffre. Pour des précisions. Maggie De Block a dû corriger un peu sa première version. Ce n’est pas au cours des six dernières années que ces 81 ex-détenus ont été régularisés, a-t-elle fait savoir. Mais entre avril 2009 et fin 2011. Il n’y a donc pas eu, en moyenne, 14 présumés délinquants régularisés par an. Il y en a eu 40. Fameuse différence.

Mais ce n’était déjà plus là l’essentiel. Au cours de la même séance, Maggie De Block a aussi reconnu que 7 ex-détenus étrangers ont reçu un titre de séjour depuis le début de l’année. C’est-à-dire depuis qu’elle est en fonction. Ce qui est plus gênant. Pire même. Parmi ces 7 ex-détenus, 3 ont été régularisés depuis le mois de mars. Or, en mars, Maggie De Block avait décidé de serrer la vis. Elle a en effet ordonné à l’Office des étrangers de refuser désormais la régularisation des étrangers "ayant commis un délit punissable d’une peine de prison de six mois".

La secrétaire d’Etat a expliqué que, parmi ces personnes, l’un est le père d’un enfant belge et l’autre avait été placé en détention préventive sans avoir été condamné. Mais la N-VA s’est est gaussé. "En avril, s’est exclamé Sarah Smeyers, une personne qui a commis une agression homophobe a été condamnée à 2 mois de prison et un dealer à 4. Peut-on accorder des papiers à des personnes qui ont commis ce genre de délit ?" Pour le député N-VA Theo Francken, c’est dès lors une évidence : "L’Open VLD régularise activement des criminels".

Dans le contexte politique tendu en Flandre, le coup est rude. Et prête à la surenchère. Toujours en commission, Maggie De Block a plaidé pour que l’Office des étrangers puisse dorénavant accéder à la banque de données générale de la police. Cela permettrait de débusquer, par exemple, "les individus qui ont un casier judiciaire vierge au moment de la décision relative à leur titre de séjour, mais encourent une condamnation peu de temps après".

Une proposition qui est cependant vue d’un œil circonspect par la Ligue des droits de l’homme. "C’est dangereux, confie Alexis Deswaef, président de la Ligue. On le voit avec les nationalisations. Parfois, on refuse un dossier parce que le demandeur fait l’objet d’une notice dans le fichier de la police. Mais cette notion ne dit pas tout. Il arrive que la personne est une victime et pas l’auteur d’un délit. Du reste, il y a quand même la présomption d’innocence. C’est franchement une fausse bonne idée. Et ce n’est pas la première de la secrétaire d’Etat."